Des rhinocéros en éprouvettes pour ramener une espèce d’entre les morts

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The Guardian

Les premiers embryons de rhinocéros ont été créés en laboratoire, et pourraient aider à sauver les rhinocéros blancs du Nord, une espèce essentiellement disparue.

On ne compte plus que deux femelles vivantes de cette espèce. Le dernier mâle, appelé Sudan, est mort en mars au Kenya, ce qui signifie que cette sous-espèce est condamnée à disparaître, à moins que les nouvelles techniques de fécondation in vitro ne donnent les résultats espérés.

Il existe encore 21 000 rhinocéros blancs du Sud, et ceux-ci serviront de mères porteuses. Les chercheurs espèrent que le premier nouveau rhinocéros du Nord naîtra d’ici trois ans.

Il n’y a que quelques ovules de la sous-espèce menacée qui ont été congelés, alors les scientifiques ont commencé par fertiliser des ovules des bêtes du Sud avec du sperme de rhinocéros du Nord pour créer des embryons hybrides, et ainsi démontrer que la technique fonctionne. La prochaine étape, qui s’avère essentielle, consiste à prendre des ovules des deux dernières femelles du Nord et à produire des embryons purs.

Mais même si l’implantation de ces embryons purs mène à la naissance de jeunes rhinocéros d’ici quelques années, la sous-espèce devra surmonter un autre défi: l’absence des variations génétiques nécessaires pour faire croître une population saine.

Il existe toutefois une dizaine de sections de peau provenant de différents rhinocéros du Nord, et celles-ci sont gardées en vie grâce à des cultures cellulaires. La technologie des cellules souches pourrait permettre de transformer ces cellules en ovules et en spermatozoïdes, ce qui servirait ensuite à créer des embryons génétiquement diversifiés, bien que ces efforts nécessiteront probablement une décennie de travaux. Les scientifiques ont toutefois déjà réussi à créer des cellules souches de rhinocéros à l’aide d’embryons d’animaux du Sud.

Au dire du professeur Thomas Hildebrandts, du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research à Berlin, en Allemagne, qui a dirigé les travaux publiés dans Nature Communications, les embryons produits in vitro « ont de très fortes chances de mener à une grossesse une fois qu’ils seront implantés dans une mère porteuse ».

Le projet a été conçu en 2008, lorsqu’il est devenu clair que les jours des rhinocéros du Nord étaient comptés, en raison du braconnage servant à utiliser leur corne, de la guerre civile embrasant la région contenant leurs habitats, et des suites de la destruction de leurs enclaves traditionnelles; tous ces événements ont fait plonger leur nombre, passant de 2000 individus dans les années 1960 à seulement deux aujourd’hui. Les rhinocéros peuvent se reproduire en captivité, mais seulement très lentement.

« Nous estimons maintenant que nous avons l’obligation morale de non seulement aider le rhinocéros du Nord à survivre en captivité, mais ensuite de les aider à retrouver leurs terres d’origine et faire en sorte qu’ils redeviennent des animaux sauvages », affirme Jan Stejskal, du parc zoologique Dvu r Kralové, en République tchèque, et qui fait lui aussi partie de l’équipe de recherche.

Les chercheurs espèrent obtenir la permission de prélever des ovules des deux dernières femelles de la sous-espèce auprès des autorités kenyanes au cours des prochains mois. La procédure est toutefois risquée: un appareil doit être inséré dans le rectum des animaux, et nécessite une anesthésie générale pendant deux heures.

Utiliser la fécondation in vitro pour sauver des espèces de l’extinction fait l’objet de discussions scientifiques depuis les années 1970, lorsque la méthode a commencé à être employée chez l’humain et pour le bétail. Mais jusqu’à maintenant, on ne compte que peu de réussites, et même la technique plus simple de l’insémination artificielle n’a seulement aidée que trois mammifères menacés: le panda géant, l’éléphant d’Asie et le putois à pieds noirs.

« Des résultats impressionnants dans une boîte de Petri ne se transposent pas aisément en une horde en bonne santé », mettent en garde Terri Roth et William Swanson, tous deux du Zoo de Cincinnati, aux États-Unis, et auteurs d’un commentaire publié dans Nature Communications à propos de la nouvelle étude.

Selon eux, les technologies de fécondation in vitro sont vues comme le dernier espoir pour certaines espèces et peuvent s’avérer être un puissant outil de protection, mais seulement s’il existe des mesures de préservation solides pour aider les animaux sauvages.


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