Matteo Salvini, soutenu par un politicien lié à la mafia?

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The Guardian

La victoire électorale de Matteo Salvini dans la région de Calabre, dans le sud de l’Italie, lors des élections générales, cette année, a été alimentée par un ancien politicien qui, affirment les autorités, entretiendrait d’étroits liens avec la ‘Ndrangheta, l’organisation criminelle qui contrôle la majeure partie du trafic de cocaïne en Europe.

Ce ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue du Nord (extrême droite), qui apparaît de facto comme le premier ministre, a remporté son siège au Sénat dans la région avec l’appui de l’ancien maire de Reggio Calabria, Giuseppe Scopelliti, avec qui M. Salvini avait conclu une alliance politique, et qui a été arrêté quelques semaines après les élections de mars pour avoir créé de faux documents lorsqu’il était maire.

Lors d’une précédente affaire liée à la mafia dans le cadre de laquelle il n’a pas été accusé, M. Scopelliti a été décrit par des documents judiciaires comme étant « sponsorisé » par l’un des clans responsables de la ‘Ndrangheta. Des procureurs ont également allégué, dans des documents consultés par The Guardian, que les clans criminels les plus puissants dans la région ont joué un « rôle crucial » dans la carrière politique de M. Scopelliti.

Aucune allégation n’évoque de liens directs entre M. Salvini et l’organisation criminelle. Mais le Guardian a examiné les relations entre M. Salvini et des individus qui auraient des liens avec la ‘Ndrangheta, puisqu’en temps que ministre de l’Intérieur, le chef de la Ligue est responsables des services policiers et de la sécurité nationale.

Le ministre est également engagé dans une dispute publique avec l’un des militants anti-mafia les plus connus d’Italie, Roberto Saviano.

La semaine dernière, M. Salvini a menacé de retirer la protection policière de M. Saviano, même si ce dernier est menacé par la Camorra depuis qu’il a publié Gomorrah, son livre choc sur la mafia à Naples, en 2006.

Giovanni Tizian, un journaliste de Calabre travaillant pour le quotidien L’Espresso, et qui vit sous protection policière depuis 2011 après avoir été menacé par la ‘Ndrangheta, a confié au Guardian que les gains électoraux de M. Salvini dans la région – alors qu’il ne disposait virtuellement d’aucun appui il y a cinq ans – « reposent sur l’appui d’hommes au passé trouble et aux sombres machinations politiques ».

« La priorité consistait à obtenir le plus de vote possible. En ce sens, M. Scopelliti représentait une opportunité salutaire pour M. Salvini. Peu importe si M. Scopelliti a été précédemment élu grâce à l’appui des clans, comme l’ont révélé des enquêtes. L’ex-maire était populaire et pouvait compter sur l’aide de milliers de partisans », mentionne M. Tizian.

Une porte-parole du ministre Salvini n’a pas voulu commenter.

Ascension politique

M. Scopelliti est devenu une personne importante dans l’orbite politique du futur ministre en décembre dernier, lorsque l’ancien maire – quelques mois avant son arrestation – a déclaré lors d’un rassemblement politique qu’il soutiendrait Matteo Salvini et que, « côte à côte », les deux hommes construiraient ensemble l’avenir. Même s’il n’avait pas été accusé d’aucun crime, M. Scopelliti était déjà connu comme ayant des liens avec la mafia.

La police a effectuée une descente au domicile de M. Scopelliti en 2016, à la suite d’une enquête ayant révélé l’existence d’une association secrète entre parrains de la ‘Ndranghetta et des politiciens qui a permis de prendre des décisions en Calabre et d’influencer le vote des électeurs. Selon des enquêteurs des carabiniers, la police militaire qui a mené l’opération, l’implication de M. Scopelliti en politique semble découler des « décisions prises en fonction des intérêts commerciaux de la mafia ».

Un mois après l’annonce de l’appui de M. Scopelliti, M. Salvini – qui est originaire de Milan – a profité d’une disposition de la nouvelle loi électorale italienne et décidé de se porter candidat en Calabre, malgré qu’il ait grandi dans le nord du pays. Le geste a été considéré, à l’époque, comme faisant partie de sa stratégie visant à réaliser des gains dans le sud de l’Italie, malgré le long historique de la Ligue en tant que parti sécessionniste du Nord.

Le geste était audacieux. En 2013, l’année où M. Salvini est devenu chef de la Ligne, son parti n’a obtenu que quatre votes à Rosarno, la ville qui est aussi l’un des châteaux forts de la ‘Ndrangheta.

Matteo Salvini avait des raisons d’être prudent. En 2017, 12 gouvernements locaux de la Calabre ont été dissous en raison d’une infiltration de la part de la mafia. Peu de temps après que le futur ministre eut annoncé sa candidature, il a accepté une alliance politique avec le parti de M. Scopelliti, le Movimento Nazionale per la Sovranità.

Contre toute attente, en raison de l’historique de son parti, M. Salvini a été élu en Calabre lors des législatives du 4 mars. Il est maintenant un sénateur représentant la région, ayant obtenu environ 50 000 votes. Le Mouvement 5-Étoiles, le parti populiste, a remporté une majorité de sièges dans la région, dans le cadre de son balayage du sud de l’Italie.

Le 17 mars, M. Salvini a participé à un rassemblement à Rosarno pour célébrer sa victoire. Selon La Repubblica, d’importants membres de divers clans de la ‘Ndrangheta ont assisté à ce rassemblement, y compris des membres du clan Bellocco, l’une des familles mafieuses les plus puissantes de Calabre.

Un mois plus tard, M. Scopelliti était arrêté et reconnu coupable d’avoir créé de faux documents officiels lorsqu’il était maire. Il purge maintenant une peine de cinq ans de prison. M. Scopelliti a nié avoir quoi que ce soit à voir avec le crime organisé.

Il n’existe aucune preuve que MM. Scopelliti et Salvini étaient proches. Les liens entre la Ligue et l’ex-maire étaient supposément gérés par le coordonnateur régional du parti en Calabre, Domenico Furgiuele, dont le beau-père, un promoteur hôtelier, a été précédemment reconnu coupable de crimes liés à la mafia.

M. Furgieele a lui-même attiré l’attention de la police. Selon des documents judiciaires, il aurait demandé à son beau-père, en 2012, de réserver des chambres dans son hôtel pour deux hommes qui, a-t-on appris par la suite, avait commis un meurtre au bénéfice de la mafia à Vibo Valentia. M. Furgiuele n’a jamais été accusé d’avoir mal agi, mais a été interrogé par la police, selon La Repubblica.

« Je n’avais aucune idée qu’ils avaient tué un homme. Je suis victime d’une méprise. Un homme m’a demandé une faveur, s’il y avait de la place à l’hôtel pour deux de ses amis. Je ne les connaissais pas », a-t-il confié au journal.

Lorsque interrogé à propos de liens entre la Ligue et la ‘Ndrangheta, M. Salvini a confié aux journalistes qu’il était uniquement intéressé par les campagnes contre la mafia.

Depuis qu’il est devenu ministre de l’Intérieur, il a soutenu que la lutte contre la mafia était l’une de ses priorités. Mais il a également présenté deux projets de politiques qui pourraient avantager les individus impliqués dans le crime organisé: éliminer la limite sur les transactions en argent comptant, ce qui aide à réduire le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale, et offrir un vaste pardon aux individus sous enquête pour fraude fiscale – sous un certain montant – dans le cadre d’un plan pour atteindre la « paix fiscale ». Ce plan a été annulé par le Mouvement 5-Étoiles.


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