L’épineux dossier de Jérusalem plonge l’Eurovision en eaux troubles

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Associated Press

Lorsque les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, les Israéliens ont espéré que d’autres pays emboîteraient le pas. La décision a plutôt provoqué une levée de boucliers. Le plus récent problème lié à ce dossier menace les espoirs de la ville sainte d’héberger l’édition 2019 du concours de chant Eurovision – un sujet qui est devenu une obsession nationale.

La reconnaissance de Jérusalem, chaleureusement accueillie par Israël, semble avoir provoqué une série de fiascos diplomatiques inattendus.

Plus tôt ce mois-ci, l’Argentine a annulé sa présence à un match de soccer amical avec Israël après que le gouvernement hébreu eut déplacé la partie à Jérusalem. Le prince William du Royaume-Uni, qui devait visiter le pays la semaine prochaine, a classé la vieille ville de Jérusalem comme faisant partie des « Territoires palestiniens occupés » sur son emploi du temps.

Et maintenant, les espoirs d’y tenir l’Eurovision semble fondre comme neige au soleil.

« Cette année, on craint beaucoup plus les répercussions politiques en lien avec l’Eurovision », estime William Lee Adams, qui alimente un blogue populaire portant sur le concours de musique. « Plusieurs amateurs de l’Eurovision planifient leur année entière autour d’un voyage vers le lieu où sera tenu le concours, et en raison de ce qui se passe, leurs espoirs sont ternis. »

Israël a gagné l’Eurovision le mois dernier avec une chanson appelée Toy, interprétée par la chanteuse charismatique Netta Barzilai, qui a étonné les spectateurs avec ses paroles féministes, son apparence non-conventionnelle et sa danse fortement reconnaissable. Sa victoire, le 12 mai, a permis à Israël d’être l’hôte de la prochaine édition du concours.

Mais les célébrations ont été assombries par la poursuite des offensives meurtrières d’Israël contre les Palestiniens à la frontière de la Bande de Gaza, ainsi que par la décision controversée consistant à déménager l’ambassade américaine à Jérusalem, deux jours plus tard.

Plus de 120 Palestiniens sont tombés sous des balles israéliennes depuis que des manifestations hebdomadaires ont débuté à Gaza en mars. Quelque 60 personnes ont été tuées le 14 mai, dans un contraste sanglant avec la jubilation d’Israël en lien avec le déménagement de l’ambassade et la victoire à Eurovision.

Israël affirme défendre ses frontières contre l’infiltration massive de militants palestiniens. Mais son armée fait l’objet de critiques à l’échelle internationale en raison du grand nombre de civils sans armes abattus par ses troupes.

L’État hébreu confronte également un groupe international de militants qui réclament un boycott contre le pays. Selon des partisans du mouvement, il s’agit d’une façon de promouvoir les droits palestiniens via des moyens pacifiques, mais Israël soutient que la campagne dissimule une velléité de délégitimer, voire détruire le pays.

Le groupe en question, appelé BDS, pour boycott, désinvestissement et sanctions, a réclamé que l’European Broadcasting Union, le commanditaire du concours, boycotte l’Eurovision en Israël, l’an prochain.

« Ce concours doit être boycotté pour éviter la complicité et l’ignorance artificielle des actes de ce régime, ainsi que pour éviter de ternir irrémédiablement la marque Eurovision en raison de l’horrible bilan d’Israël en matière de droits de la personne », soutient le groupe.

Un concours, mais à quel endroit?

On ignore encore où Israël pourrait tenir l’édition 2019 d’Eurovision.

En Europe, ce sont les capitales qui accueillent habituellement l’événement fort couru. Mais la ville qu’Israël considère comme sa capitale, Jérusalem, n’est pas reconnue comme telle par la communauté internationale. Seuls deux pays, le Guatemala et le Paraguay, ont suivi la décision des États-Unis et ont déménagé leur ambassade dans la ville sainte.

Tenir la compétition à Jérusalem pourrait représenter un problème pour le diffuseur du concours, entraînant des critiques voulant que l’organisme prenne partie dans le conflit israélo-palestinien.

Ce même organisme a annoncé cette semaine, de façon inattendue, qu’il choisirait la ville hôte après un appel à candidatures. Israël devrait présenter une liste de quatre noms, y compris Jérusalem et Tel Aviv.

Israël a déjà tenu le concours à Jérusalem lors de ses précédentes victoires, y compris lors de la plus récente édition sur son territoire, en 1999, et ce sans incident. Mais après le camouflet argentin, Israël semble reculer sur sa volonté de tenir l’événement dans la ville sainte l’an prochain.

Désireux de calmer les esprits et d’éviter la politisation du concours, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a assuré que son gouvernement n’interviendrait pas dans les préparatifs.

La guerre culturelle interne faisant rage en Israël a également déteint sur l’Eurovision, alors qu’un membre ultra-orthodoxe de la coalition gouvernementale de M. Nétanyahou a pressé l’État d’empêcher que l’on « viole » le sabbat. La finale a habituellement lieu un samedi soir, peu de temps après la fin du sabbat, ce qui signifie que les préparations du spectacle auraient lieu pendant l’événement religieux.


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