La biologie synthétique, une source de nouvelles armes biologiques

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The Guardian

Le développement rapide la biologie synthétique, un domaine futuriste de la science qui cherche à comprendre et contrôler le fonctionnement de la vie, soulève des craintes à propos d’une nouvelle génération d’armes biologiques, selon un important rapport publié aux États-Unis.

Des avancées dans ce domaine signifient que les scientifiques disposent maintenant de la capacité de récréer des virus dangereux en laboratoire, renforcer la dangerosité de bactéries, et modifier des microbes répandus pour qu’ils puissent relâcher des toxines mortelles une fois qu’ils pénètrent dans le corps.

Ces trois scénarios sont présentés comme les principales menaces dans le cadre d’une évaluation de cette branche de la science présentée mardi par l’Académie américaine des sciences, à la demande du département américain de la Défense. Le rapport a été commandé pour illustrer les façons dont les nouvelles technologies pourraient être détournées à des fins néfastes, et pour offrir des pistes de préparation contre d’éventuelles menaces.

Michael Imperiale, président du comité responsable de la production du rapport, et professeur de microbiologie et d’immunologie à l’Université du Michigan, affirme que cet examen s’est uniquement basé sur des informations publiques, et ne permet donc pas d’offrir des précisions sur l’identité d’éventuels groupes cherchant à développer de nouvelles armes biologiques. « Nous ne pouvons évaluer la véracité de ces scénarios », a-t-il dit. « Mais nous pouvons parler de la facilité de parvenir à ces objectifs. »

Dans le rapport, les scientifiques décrivent la façon dont la biologie synthétique, qui offre aux chercheurs des outils de précision qui permettent de manipuler des organismes vivants, « améliore et développe » les opportunités pour créer des armes biologiques. « À mesure que la puissance de la technologie s’accroît, cela sous-entend la nécessité d’évaluer les endroits d’où pourraient provenir les menaces », mentionne Peter Carr, l’un des principaux chercheurs du Synthetic Biology Center, au MIT.

Il y a plus de 20 ans, Eckard Wimmer, un généticien de l’Université Stony Brook, à New York, a souligné les dangers potentiels de la biologie synthétique de façon dramatique lorsqu’il a recréé le virus de la polio dans une éprouvette. Plus tôt cette année, une équipe de l’Université de l’Alberta a conçu un virus de variole équine infectieux. Ce virus n’est pas très éloigné de la variole humaine, qui pourrait avoir tué 500 millions de personnes au cours du 20e siècle. Aujourd’hui, le code génétique de presque tous les virus touchant les mammifères peut être trouvé en ligne et être synthétisé. « La technologie existe », mentionne M. Imperiale. « Il faut avoir une certaine expertise, mais c’est quelque chose qui est relativement facile à faire, et voilà pourquoi ce scénario est en tête de liste des menaces »

D’autres procédures relativement simples peuvent être employées pour pour modifier les gènes de bactéries dangereuses et les rendre résistantes aux antibiotiques; les gens qui seraient infectés ne pourraient donc pas être soignés. Une arme biologique plus exotique pourrait exister sous la forme d’un microbe génétiquement modifié qui colonise l’estomac et produit des poisons. « Si cela est techniquement encore plus difficile, cette perspective est inquiétante, parce que cela pourrait ne pas ressembler à quoi que ce soit qui force habituellement les services de santé publique à lancer des campagnes de détection », poursuit M. Imperiale.

Le rapport demande au gouvernement américain de repenser la façon dont il tente de détecter les cas de maladies dangereuses, histoire d’être à l’affût des nouvelles armes biologiques et déployer des vaccins plus rapidement.

L’une des armes biologiques qui n’est pas considérée comme une menace immédiate est ce que l’on appelle moteur génétique qui se répand au sein d’une population, tout en réécrivant l’ADN humain. « Il est important de reconnaître qu’il est facile de développer une idée qui fait peur, mais il est encore plus difficile d’en arriver à une application pratique », a précisé M. Carr.


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