Gringo, la mauvaise idée qui vire mal jusque dans notre salon

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Tous les éléments de prestige semblent être réunis pour faire du plus récent long-métrage de Nash Edgerton, Gringo ou La rançon en version française, un grand événement. Le résultat est bien autre dans ce cafouillis de belle tenure qui dégénère bien plus rapidement qu’on le souhaiterait. L’occasion idéale de tenter de remettre un peu d’ordre dans ce désastre qu’on s’explique difficilement avec sa venue récente en DVD.

Grâce au suspense dramatique oppressant qu’était The Square, Nash Edgerton a aisément épaté toute la galerie. Malheureusement, sa nouvelle offrande désole, faisant rapidement passer l’ordinaire The Gift de son frère comme un bon coup en comparaison, à la seule différence qu’il a la bonne idée de ne pas se mettre en vedette et de tenter de relever un scénario qui ne lui appartient pas.

Certes, Joel Edgerton est loin d’être l’acteur le plus important de sa génération, mais il est un touche-à-tout et, même s’il trouve difficilement un tant soit peu de chimie avec ses comparses, il a également énormément de contacts. Ainsi, il refait équipe avec Anthony Tambakis qui avait travaillé sur les scénarios des piètres Warrior et Jane Got a Gun dont il tenait la vedette, tout en ajoutant le vétéran Matthew Stone qui au courant de sa carrière inusitée a autant collaboré à Life, Soul Men, Man of the House que le Intolerable Cruelty des frères Coen. En même temps, il ne faut pas s’étonner que des scénaristes ordinaires livrent un scénario peu impressionnant.

La pochette du coffret.

Sauf que la confusion est grande et dans un délire post-Pulp Fiction, on s’amuse à jouer la carte épuisée des quiproquos en abusant ad nauseam du concept pour en faire un capharnaüm qui s’enfonce toujours plus dans le ridicule. Ainsi, un homme ordinaire décide de mettre en scène son kidnapping lors d’un voyage d’affaires au Mexique pour tenter de déjouer son partenaire et ami qui en fait n’en est pas vraiment un, pour tenter de reprendre le bon côté de l’affaire lorsqu’il apprend à l’externe qu’il risque de tout perdre. S’en suit l’implication de la mafia et de petits bandits où tous deviennent intrinsèquement liés dans cette histoire ou les mensonges et les vérités se confondent et où les clans deviennent de moins en moins précis.

Il faut l’admettre, la réalisation de Edgerton a un certain panache et le rythme pousse l’intrigue à son paroxysme en nous forçant à s’intéresser, en espérant dur comme fer que tout cela mènera vers une conclusion satisfaisante. De plus, le montage a une belle assurance et Christophe Beck se fait plus plaisir que jamais dans sa trame sonore éclatée qui mélange les styles dont une forte inspiration des sonorités mexicaines et des mariachis.

Mais tout cela ne fait qu’aider au mirage de l’ensemble où toute une équipe fait du mieux qu’elle peut pour contrer le vide abyssal de son histoire. Il en va de même pour l’imposante distribution qui au-delà de leur dévotion, n’arrive plus à fournir lorsqu’on a fait le tour de l’absence de profondeur de leurs personnages assez unidimensionnels. David Oyelowo est donc une personne afro-américaine avec un accent prononcé, Sharlto Copley est comme toujours un peu perdu, mais toujours moins qu’Amanda Seyfried, Harry Treadaway a un peu moins de charisme que son frère jumeau alors que Thandie Newton est complètement laissée à elle-même avant de disparaître, littéralement. Dans tout ce foutoir, on retient surtout Charlize Theron qui comme de coutume fait du plateau son terrain de jeu en étant plus à l’aise que jamais dans ce rôle d’hypocrite à deux faces qui pense surtout à son propre gain.

Approchant les deux heures, cette œuvre a priori inclassable, puisque pour une comédie noire ce n’est pas vraiment drôle, pour un suspense dramatique ce n’est pas si palpitant ni même très demandant psychologiquement, alors qu’au niveau de l’action c’est assez plat, on a vite fait le tour du potentiel de l’œuvre. On reste surtout pour espérer que les comédiens auront le champ libre pour se laisser aller, mais rapidement on leur souhaite de s’offrir mieux la prochaine fois.

Gringo est donc une mauvaise idée, autant en tant que film qu’en tant que prémisse, devenant un rendez-vous manqué qui gâche tour à tour chacun des éléments intéressants qu’il avait sous la dent. Dommage.

5/10

Gringo est disponible en DVD et en Blu-ray via VVS Films depuis le 5 juin.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...