Incredibles 2: plaisir en famille

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Difficile de croire qu’il y a déjà près de quinze ans que Pixar a charmé le monde entier avec l’incroyable (sans mauvais jeu de mots) The Incredibles, variation souvent jouissive sur les films de superhéros avant l’overdose. Brad Bird revient à la charge en jouant cette fois, dans un retour de médaille inattendu, sur sa propre nostalgie.

La famille Incroyable, c’est le bébé de Brad Bird, cinéaste réputé pour tourner l’ordinaire en remarquable en tentant d’harmoniser la mélancolie d’hier au manque de magie d’aujourd’hui. The Incredibles et désormais sa suite, Incredibles 2, sont les seuls projets qu’il a couvés de bout en bout, assurant en totalité l’écriture et la réalisation. Ce retour aux sources est, on doit l’admettre, franchement bien accueilli puisqu’à défaut d’avoir poursuivi sa quête d’excellence avec le savoureux Ratatouille et fait le saut aux films en captation réelle avec le brillant Mission : Impossible – Ghost Protocol, de loin le meilleur de cette franchise de qualité, il s’est aussi planté de manière magistrale avec le pathétique Tomorrowland.

Plus d’une décennie plus tard, à l’instar de Finding Dory, le film reprend ici là où il nous a laissés et suit la tangente de Pixar, soit le fait de changer de protagoniste principal. Cette fois, on adopte le courant féministe et l’on mise sur Elastigirl au lieu de Mr. Incredible. Le long-métrage se permet alors une histoire originale qui ne nous refait pas le coup du premier, mais en plus gros, tout en n’insistant pas pour s’amuser à surjouer les éléments de la veille qui fonctionnaient le mieux.

De fait, les clins d’œil au premier font plutôt office de cameo, comme Edna Mode, et bien que la meilleure scène ne soit pas un des nombreux moments d’action habilement chorégraphiés, mais plutôt un combat, oui, mais opposant de manière fort inusitée un personnage adulé face à l’adversaire le plus inattendu, le film manque par le fait même probablement de surprises.

Certes, on doit l’admettre que tout cet univers hautement fantasmé est d’abord et avant tout fait pour les adultes, et que son développement intensif de l’histoire et ses subtilités ennuiera peut-être plusieurs enfants, surtout dans sa première demi-heure, mais ici, si on nous rejoue le film de superhéros à la lettre, on se permet beaucoup moins de trouvailles. Ainsi, le vilain de service est prévisible dès son apparition, les revirements manquent de mordant, et l’ensemble est beaucoup moins méta et ingénieux comme le premier nous y avait habitués.

Il y a bien une réflexion sur la technologie (ce que les Kingsman tentent de faire avec ou sans succès, soit, le premier versus le deuxième) et une autre sur les dommages collatéraux qui suivent les gestes soi-disant héroïques (ce que Marvel et DC ont déjà fait), mais la franchise emprunte ici des chemins déjà balisés, au lieu de paver la voie comme, c’était le cas lors de son premier tournant.

Bien sûr, Bird oblige, le rythme est assuré, les dialogues souvent délicieux et avec un très grand sens de la répartie, et on y passe par une gamme d’émotions et de palpitations, surtout avec Michael Giacchino pour pimenter l’ensemble de ses compositions qui jouent encore à fond la carte rétro. Il faut admettre aussi que l’animation s’est franchement améliorée et que visuellement, cela reste agréable et très coloré.

On doit aussi avouer que deux heures pour un film qui manque cruellement de surprises, c’est beaucoup trop long, et que même si on ne peut pas dire qu’on s’ennuie, comme on peut s’en douter, c’est décidément Jack-Jack qui vole la vedette. En effet, on se permet enfin de lui offrir le temps d’écran qu’il mérite, après l’avoir gardé comme grande révélation du premier volet, avec d’hilarants moments qui s’avéreront encore plus satisfaisants pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Jack-Jack Attack, le court-métrage qu’on retrouvait dans les suppléments du DVD du premier film, servant également de canevas pour l’ouverture du film qui nous intéresse.

Incredibles 2 vient donc se fondre dans l’immense flot ambiant de films de superhéros sans pour autant s’élever au-dessus des masses, mais en s’avérant un blockbuster louable qui fait passer un très bon moment, en famille, dans les salles sombres.

6/10

Incredibles 2 prend l’affiche en salles ce vendredi 15 juin.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...