En Allemagne, la télé populiste alimente la montée de l’extrême droite

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The Guardian

La direction du plus important organisme culturel d’Allemagne a carrément réclamé la fin de la diffusion de la multitude de talk shows politiques pour une année complète dans ce pays d’Europe, arguant que l’ordre du jour populiste de ces émissions avait aidé à alimenter la montée en puissance de l’extrême droite.

Olaf Zimmermann, qui dirige le Conseil culturel allemand, un regroupement d’organisations allant de galeries d’art à des compagnies oeuvrant dans le domaine de la télévision, a affirmé que les diffuseurs publics devaient prendre un peu de recul et repenser un format qui a aidé à cimenter une approche belliqueuse vis-à-vis des réfugiés et de l’islam, en plus de jouer le jeu du parti nationaliste Alternative für Deutschland et lui permettre d’entrer au Parlement en septembre dernier.

« Je leur proposerais de prendre une pause pendant un an… bien que la durée de l’intermission ne soit pas le facteur décisif. Ce qui est crucial, c’est qu’ils reviennent avec de nouveaux concepts d’émissions de variétés aux contenus plus adaptés en ce qui concerne la cohésion au sein de notre société », a dit M. Zimmermann, en soutenant que les diffuseurs publics ARD et ZDF étaient obsédés par les questions liées aux réfugiés, présentant souvent ceux-ci sous un angle négatif.

Le Conseil culturel, qui est financé par le public, a indiqué que depuis 2015, au plus fort de la crise des réfugiés, lorsque près d’un million d’entre eux sont arrivés en Allemagne, plus de 100 talk shows ont placé la question des réfugiés et des migrants au centre de leurs discussions.

Depuis les élections de septembre, lorsqu’AfD est entré au parlement, un vif débat a entouré la question consistant à déterminer à quel point parler d’un sujet en particulier avait pu aider leur cause.

Des analystes de la télévision ont soutenu que la question des réfugiés avait été abordée de façon majoritairement négative.

Les patrons se défendent

Les grands dirigeants des chaînes de télévision ont défendu le travail de leurs employés, tout en admettant que l’intensité du débat sur les réfugiés avait fait en sorte que la question avait été bien plus largement discutée en 2015 et 2016 qu’auparavant, mais en arguant que ce dossier n’était plus un thème dominant.

La semaine dernière, cependant, la principale émission d’ARD, Hart Aber Fair – Sévère, mais juste -, a entamé son programme avec la question suivante: « Jusqu’à quel point est-il possible d’intégrer de jeunes hommes qui ont fui la guerre et des sociétés anarchiques? À quel point l’Allemagne est-elle moins sûre à cause d’eux? »

Le thème de l’émission découle du meurtre d’une adolescente allemande de 14 ans dont le corps a été découvert la semaine dernière. Un Irakien de 20 ans suspecté de l’avoir violée et tuée a été extradé d’Irak en direction de l’Allemagne, cette semaine, pour subir son procès.

De l’autre côté du spectre, l’AfD, dont les représentants sont relativement néophytes dans le circuit des talk shows, a largement critiqué le fait que ses membres sont exclus des débats télévisés.

Cette impression a été renforcée la semaine dernière lorsqu’Alexander Gauland, le chef du parti, a vu son invitation à Hart Aber Fair être annulée en réponse à sa description de l’ère nazie comme l’équivalent d’une « crotte d’oiseau » dans le contexte de « plus de 1000 ans d’histoire allemande couronnée de succès ».

Les partisans de l’AfD se sont tournés vers les médias sociaux pour y déverser leur colère, évoquant une campagne de censure.

Plusieurs téléspectateurs critiquent depuis longtemps le format des talk shows allemands, où un sujet est souvent traité en continu pendant 60, voire 90 minutes. On dénonce également la surreprésentation de ce genre d’émissions sur les ondes, accusant les producteurs d’abuser du format en raison des faibles coûts de production.

« Vous savez qu’il est possible d’éteindre le poste », ont répondu les diffuseurs, du tac au tac.


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Pieuvre.ca