En Californie, combattre la pauvreté avec le revenu universel

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Reuters

Michael Tubbs, l’homme de 27 ans à la tête de la mairie de Stockton, en Californie, possède un plan radical pour combattre la pauvreté dans sa municipalité aux poches peu profondes: un revenu universel garanti de 500$ par mois pour les résidents, et ce sans aucune obligation.

À partir du début de l’année 2019, M. Tubbs prévoit offrir cette allocation mensuelle à un petit groupe de résidents, dans le cadre d’une expérience d’une durée de 18 mois financée par le privé, visant à déterminer les façons dont les gens utilisent l’argent.

« Alors, nous pourrons peut-être, dans deux ou trois ans, tenir une discussion bien plus étayée sur le filet de sécurité sociale, le revenu minimum auquel les gens ont droit et la meilleure façon d’y parvenir, parce que nous aurons davantage de données et d’études », a confié le maire à Reuters.

La Ville n’a pas encore déterminé le nombre de gens qui participeront au projet pilote, qui est financé par The Economic Security Projet, un réseau philanthropique coprésidé par le cofondateur de Facebook Chris Hughes.

L’idée des gouvernements offrant un revenu universel garanti à leurs citoyens continue de susciter de l’intérêt. Le gouvernement finlandais mène actuellement un projet pilote de deux ans, dans le cadre duquel quelque 2000 chômeurs reçoivent des versements mensuels d’environ 660 $.

En Alaska, chaque résident reçoit depuis longtemps des redevances annelles provenant des revenus pétroliers versés dans l’Alaska Permanent Fund, qui sert de modèle à M. Tubbs. L’an dernier, ces redevances totalisaient 1100 $.

L’Economic Security Projet fournira 1 million de dollars pour financer le projet à Stockton, après avoir approché le maire pour lui demander si sa ville était intéressée à mettre en place le projet pilote. « J’ai sauté sur cette opportunité », a dit M. Tubbs, qui connaissait déjà le concept à partir des écrits du leader en droits civiques Martin Luther King Jr.

M. Hughes, 34 ans, a proposé que le gouvernement américain fournisse un revenu garanti mensuel de 500 $ à chaque travailleur gagnant moins de 50 000 $ par année, pour un coût total de 290 milliards par an. Selon lui, un taux d’imposition sur le revenu et les gains en capitaux de 50% appliqué aux gens gagnant plus de 250 000 $ serait suffisant pour financer la mesure.

Renforcement économique

La question du renforcement économique possède une dimension toute personnelle pour M. Tubbs. Durant son enfance à Stockton, où le quart des résidents vit dans la pauvreté, sa famille a eu besoin d’une aide gouvernementale pour joindre les deux bouts.

« Ma mère s’est appuyée sur les programmes d’aide pendant les cinq ou six premières années de ma vie », a-t-il dit. « On recevait des coupons pour de la nourriture, mais ce n’est pas de l’argent, et peut-être que la nourriture n’est pas le besoin le plus pressant… Alors cela donne plus de marge de manœuvre aux gens pour prendre les meilleures décisions. »

Le projet compte aussi des détracteurs. L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) argue que le fait de fournir un revenu de base à toutes les personnes en âge de travailler, et ce sans distinction, ne sera pas utile pour combattre la pauvreté, si les mesures ne sont pas financées par des taxes et impôts supplémentaires. D’autres détracteurs affirment que cela encouragera les gens à ne pas chercher un travail.

En Finlande, le gouvernement a choisi de ne pas prolonger le projet pilote lorsque celui-ci prendra fin en décembre prochain. Certains législateurs et économistes ont affirmé que le programme était trop cher et pas assez vaste pour fournir des conclusions crédibles.

Pour la trentenaire Shay Holliman, cependant, un 500 $ supplémentaires par mois lui permettrait tout juste de surnager. Elle est récemment sortie de prison après une peine de 11 ans et travaille de 9 à 17 heures au sein d’une organisation sans but lucratif, puis conduit sa voiture pour les services Uber et Lyft les soirs et les fins de semaine.

« Je n’arrive toujours pas à tout payer », avoue-t-elle.

« Responsabilité morale »

Les critères permettant d’établir si une personne pourra participer au projet de Stockton n’ont pas encore été établis, a dit le maire Tubbs. Mais il reçoit déjà des lettres et des courriels de résidents souhaitant en faire partie.

M. Tubbs dit ressentir « pratiquement une responsabilité morale » d’agir « un peu en-dehors du cadre » pour la ville de 300 000 habitants située à l’est de San Francisco.

« Je sais que je veux vivre dans une communauté où les besoins de base des gens sont comblés », ajoute-t-il.

Pour l’organisatrice communautaire Trina Turner, une religieuse qui aide les gens vivant dans la misère, il faut espérer que le projet permettra de changer la façon dont les gens voient Stockton, qui a déclaré faillite en 2012, et qui souffre de taux élevés de criminalité et d’itinérance.

« Plutôt que d’être une ville misérable, nous serons une ville où les gens veulent s’installer pour les bonnes raisons. »


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Pieuvre.ca