Seattle taxera Amazon et les autres pour aider les sans-abri

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Les plus grandes entreprises de Seattle, comme Amazon et Starbucks, devront payer une nouvelle taxe visant à financer les services offerts aux sans-abri et les logements abordables, en vertu d’une nouvelle mesure adoptée par le conseil municipal.

Selon ce qu’indique l’Associated Press, les conseillers ont voté à l’unanimité en faveur d’un compromis, lundi, visant à taxer les compagnies encaissant au moins 200 millions en profits à hauteur d’environ 275$ par employé à temps plein, et ce à chaque année, soit moins que les 500$ par employé d’abord proposés. Cette « taxe sur le personnel » permettrait d’accumuler près de 48 millions $ US par année pour construire des logements abordables et fournir des services d’urgence aux itinérants.

Le débat sur la provenance des fonds pour aider à régler une crise du logement exacerbée par la forte croissance économique de Seattle survient après des semaines d’échanges tendus, de réunions orageuses et d’une menace de la part d’Amazon, le plus important employeur de la ville, de cesser la construction d’un immeuble de 17 étages devant s’élever près de son siège social.

Amazon, Starbucks et d’autres groupes de gens d’affaires ont vivement critiqué la décision du conseil après le vote de lundi. On a ainsi évoqué une taxe à l’emploi, en plus de s’interroger à savoir si les responsables municipaux dépensaient actuellement les ressources déjà existantes. Un politicien républicain de l’État a dit qu’il déposerait un projet de loi, l’an prochain, pour indiquer qu’une taxe municipale sur les employés, les salaires ou les heures travaillées est illégale.

Starbucks, lui aussi installé à Seattle, n’avait pas de bons mots pour les dirigeants municipaux. La compagnie a accusé la Ville de dépenser sans imputabilité, tout en ignorant des centaines d’enfants forcés de dormir dans la rue.

« S’ils ne sont pas en mesure d’offrir un repas chaud et un lit à un enfant de 5 ans, personne ne croit qu’ils sont capables de rendre des logements abordables ou de s’attaquer à la crise des opioïdes », a asséné John Kelly, premier vice-président des affaires publiques et des impacts sociaux chez Starbucks.

De leur côté, des groupes de travailleurs et des organisations religieuses ont salué la nouvelle mesure, en parlant comme d’une étape pour construire des logements abordables fort nécessaires dans une ville où l’écart salarial continue de se creuse, et où les travailleurs à bas salaire n’ont plus les moyens de se payer le strict minimum.

« Les gens meurent sur les porches de maisons pour riches. C’est la ville la plus riche de l’État, dans un État qui possède le système fiscal le plus régressif du pays », a déclaré la conseillère municipale Teresa Mosqueda, qui exigeait une taxe plus élevée. Selon elle, la taxe de compromis est un « premier versement » visant à construire les logements dont la ville a besoin.

Pour le conseil municipal de Seattle, d’allégeance plutôt libérale, la discussion ne portait pas vraiment sur la pertinence d’une taxe, mais plutôt sur son montant. Quatre politiciens ont d’abord proposé une taxe de 500$ par année pour chaque employé à temps plein, mais le compromis a pris forme durant la fin de semaine, après que le groupe n’eut pas été en mesure d’obtenir les six votes nécessaires pour contrer un éventuel veto de la mairesse Jenny Durkan.

Problèmes graves

Les partisans de la taxe soutiennent que trop de gens souffrent dans les rues de la ville, et que le problème s’aggrave, malgré que des programmes municipaux eurent permis de loger 3400 personnes l’an dernier. La région de Seattle comporte le troisième plus grand nombre d’itinérants des États-Unis, et 169 d’entre eux ont perdu la vie l’an dernier. La Ville a dépensé 68 millions $ US pour aider les sans-abri, l’an dernier, et prévoit débourser davantage cette année. La taxe offrira un revenu supplémentaire.

Près de 600 employeurs de grande importance – environ 3% de toutes les compagnies installées à Seattle – paieront la taxe à partir de 2019. Amazon, avec ses 45 000 employés, sera la plus durement touchée.

Aux yeux de Drew Herdener, vice-président d’Amazon pour les communications corporatives mondiales, la Ville n’a pas un problème de revenus, mais plutôt un problème d’efficacité lorsque vient le temps de dépenser son argent.

La conseillère municipale Lorena Gonzalez a rétorqué qu’elle était « profondément déçue » de la réaction d’Amazon au vote du conseil, et qu’elle croyait que « leur ton était clairement hostile envers la municipalité », ce à quoi « elle ne s’attendait pas de la part d’une entreprise qui continue de nous dire qu’elle veut être un meilleur partenaire dans ce genre de dossiers ».


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Pieuvre.ca