Fête du côté israélien, massacre chez les Palestiniens

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Au moins 55 Palestiniens, dont six mineurs, ont été tués et 2700 blessés par l’armée israélienne lundi à la frontière entre la bande de Gaza et Israël, jour du 70e anniversaire de la création de l’État hébreu et de l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

C’est le bilan de loin le plus lourd depuis le début des manifestations de la « Grande Marche du Retour » lancées le 30 mars dernier.

Depuis la fin mars, une centaine de manifestants ont été tués par les tirs israéliens à la frontière, ont annoncé les services de secours palestiniens. Lundi, au moins la moitié des blessés l’ont été par balles.

Il n’y a eu aucun mort côté israélien.

Dans la petite enclave palestinienne, les haut-parleurs des mosquées ont appelé dès la matinée les fidèles à se rendre en masse près de la clôture de séparation.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a annoncé une grève générale mardi dans tous les territoires palestiniens pour « honorer les martyrs » de Gaza.

Le mouvement de protestation doit culminer mardi 15 mai, jour que les Palestiniens appellent la « Nakba » (la « catastrophe »), marquant l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948.

La mort de dizaines de manifestants depuis un mois et demi a été dénoncée par de nombreux pays à travers le monde mais les États-Unis en rendent responsable le mouvement Hamas, qui dirige depuis plus de dix ans la bande de Gaza.

L’armée israélienne a largué lundi des tracts sur l’enclave palestinienne, exhortant la population à ne pas se laisser « manipuler » par le Hamas et à ne pas se rendre près de la frontière.

« Grand jour »

« Nous sommes prêts à répondre aux menaces du Hamas qui veut perturber les célébrations de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis », a écrit sur Twitter le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman.

« Mon conseil aux habitants de Gaza: ne vous laissez pas aveugler par (le dirigeant du Hamas Yehya al) Sinouar, qui envoie inutilement vos enfants à la mort », a-t-il ajouté.

Dans l’après-midi a eu lieu l’inauguration à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis, qui se trouvait jusqu’ici à Tel Aviv, la communauté internationale ne reconnaissant pas Jérusalem comme capitale de l’État juif.

La délégation américaine présente à la cérémonie comprenait notamment le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, la fille du président Donald Trump, Ivanka, et le mari de cette dernière, Jared Kushner.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a salué « un grand jour » pour le peuple et l’État d’Israël.

Jason Greenblatt, émissaire de Donald Trump au Proche-Orient, a estimé sur Twitter que l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem, « mesure longtemps attendue », était une « condition nécessaire » à l’élaboration d’une « paix durable » dans la région.

Dans son discours, Jared Kushner a également défendu cette position. « Jérusalem doit demeurer une ville qui rassemble les gens de toutes les religions », a-t-il dit.

« Violation du droit international »

“Nous croyons qu’il est possible pour chacune des deux parties de recevoir plus que ce qu’elle donne, afin que tous puissent vivre en paix”, a-t-il ajouté, soulignant qu’en installant l’ambassade à Jérusalem son beau-père n’avait fait que tenir une promesse faite de longue date par les États-Unis.

Quant à Donald Trump, il a adressé un message vidéo diffusé lors de l’inauguration, estimant que « les États-Unis restent pleinement attachés à faciliter un accord de paix durable ».

Le premier ministre palestinien Rami Hamdallah a condamné, lui, « une flagrante violation du droit international ». Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale du futur État qu’ils espèrent un jour fonder.

Cette mesure va créer encore plus de tensions et d’instabilité au Proche-Orient, a déclaré le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Emmanuel Macron « condamne les violences » commises dans la bande de Gaza et il s’entretiendra dans les prochains jours avec les acteurs de la région, a fait savoir l’Élysée qui indique que le président français avait alerté et mis en garde sur les répercussions d’une telle décision (le déménagement de l’ambassade, NDLR).

À Washington, en revanche, la Maison blanche a condamné le Hamas qu’elle accuse de porter la responsabilité des morts et de les avoir provoquée.

La Grande-Bretagne a fait savoir lundi qu’elle n’avait pas l’intention de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, soulignant qu’elle désapprouvait toujours l’initiative des États-Unis.

Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, les Américains, en transférant leur ambassade à Jérusalem, se sont discrédités en tant que médiateurs dans le conflit israélo-palestinien.

Le ministère turc des Affaires étrangères a estimé que le déménagement de l’ambassade encourageait “les massacres perpétrés par les forces de sécurité israéliennes”. Et pour le Premier ministre turc, Binali Yildirim, Etats-Unis et Israël sont partenaires d’un “crime contre l’humanité”.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit craindre que l’initiative américaine n’attise les tensions dans la région.

Les représentants permanents des États membres de la Ligue arabe se réuniront mercredi pour évoquer ce dossier.


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Pieuvre.ca