L’Iran demeurera dans l’accord sur le nucléaire; l’Europe tente de sauver les meubles

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L’Iran souhaite continuer à respecter l’accord de 2015 sur son programme nucléaire, après l’annonce de la décision de Donald Trump de le dénoncer, a déclaré mardi soir le président iranien, Hassan Rohani.

« Si nous atteignons les objectifs de l’accord en coopération avec les autres parties prenantes de cet accord, il restera en vigueur (…). En sortant de l’accord, l’Amérique a officiellement sabordé son engagement concernant un traité international », a dit le président iranien dans une allocution télévisée.

« J’ai donné pour consigne au ministère des Affaires étrangères de négocier avec les pays européens, la Chine et la Russie dans les semaines à venir. Si, au bout de cette courte période, nous concluons que nous pouvons pleinement bénéficier de l’accord avec la coopération de tous les pays, l’accord restera en vigueur », a-t-il continué.

Rohani a ajouté que Téhéran était prêt à reprendre ses activités nucléaires si les intérêts iraniens n’étaient pas garantis par un nouvel accord après des consultations avec les autres parties signataires du Plan d’action global conjoint (JCPOA) de 2015.

« Si nécessaire, nous reprendrons nos activités d’enrichissement nucléaire à un niveau industriel sans aucune limite », a-t-il dit.

Le guide suprême de la Révolution islamique iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, avait affirmé en octobre dernier que Téhéran déchirerait l’accord sur le programme nucléaire si les Etats-Unis le dénonçaient.

En vertu du JCPOA, conclu entre Téhéran et les pays « P5+1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu plus l’Allemagne), l’Iran a accepté de réduire ses activités nucléaires en échange de la levée progressive de la majeure partie des sanctions internationales qui avaient été imposées à la République islamique.

« En réponse aux violations persistantes des États-Unis et au retrait illégal de l’accord sur le nucléaire, je mènerai comme l’a demandé le président Rohani un travail diplomatique pour vérifier si les autres signataires du JCPOA peuvent garantir que l’Iran en tirera tous les bénéfices », a déclaré sur Twitter le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

Mobilisation européenne

L’Union européenne continuera à respecter l’accord sur le programme nucléaire iranien dénoncé mardi par les États-Unis et s’assurera qu’aucune des sanctions européennes levées depuis son entrée en vigueur ne sera rétablie, promettent les États membres dans un communiqué conjoint, rapporte Reuters.

« Tant que l’Iran continuera à respecter ses engagements dans le domaine nucléaire (…), l’UE continuera à appliquer pleinement et efficacement l’accord », peut-on y lire.

« La levée des sanctions est une composante essentielle de l’accord (…) L’UE souligne sa détermination à faire en sorte qu’elle perdure », ajoutent les Vingt-Huit.

Interrogé sur RTL, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a indiqué que le président Emmanuel Macron devait avoir un entretien avec son homologue iranien Hassan Rohani dans l’après-midi et que les chefs de la diplomatie de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni rencontreraient lundi des représentants iraniens.

« Non, cet accord n’est pas mort », a-t-il dit en soulignant que les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) depuis 2015 avaient montré que l’Iran respectait ses engagements.

« Nous voulons rester dans cet accord, faire en sorte aussi que l’Iran y reste, que l’Iran fasse preuve de retenue », a ajouté le ministre. « Il faut que les Iraniens poursuivent cette détermination à rester dans l’accord en échange d’avantages économiques que les Européens vont essayer de préserver (…) C’est l’intérêt de l’Iran ».

Sur ce dernier point, Jean-Yves Le Drian a indiqué que le gouvernement réunirait « dans les jours qui viennent », les entreprises françaises qui ont signé des contrats avec l’Iran « pour essayer au maximum de les préserver » des sanctions que les États-Unis vont rétablir.

Sur France Culture, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré qu’il aurait un contact d’ici la fin de semaine avec le secrétaire d’État américain au Trésor Steve Mnuchin pour voir ce qui peut être sauvé.

Il s’agit de « regarder ce qui peut être fait d’un point de vue très technique, (à savoir) est-ce qu’on prend ce qu’on appelle des « clauses grand-père », si des accords qui ont été déjà signés depuis longtemps vont continuer à s’appliquer, si on peut envisager des exemptions », a-t-il dit.

Bruno Le Maire a précisé qu’il aurait aussi des entretiens avec ses homologues européens « pour voir quelle réaction nous pouvons avoir face à ces sanctions », dans lesquelles il ne voit pas seulement un problème économique limité aux entreprises désireuses de s’implanter en Iran.

« Ça fait des États-Unis le gendarme économique de la planète et je considère que ça n’est pas une situation qui est acceptable », a-t-il indiqué.


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