Macron testera son pouvoir de séduction auprès du président américain

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On le croit capable de véritablement parler avec le président américain. Le président français Emmanuel Macron, qui croit que son sens de la diplomatie, sa capacité de persuasion et son charme personnel peuvent faire changer d’avis son homologue américain, Donald Trump – entame lundi à Washington la première visite d’État hautement symbolique d’un leader étranger depuis l’arrivée au pouvoir du bouillant milliardaire.

Comme l’écrit The Guardian, les enjeux sont importants, alors que M. Macron devrait aborder la question de la suite des choses en Syrie après le récent bombardement occidental, ainsi que la détermination de la France à préserver l’accord sur le nucléaire iranien, un accord que veut déchirer M. Trump. Le chef d’État français a indiqué la semaine dernière qu’il avait convaincu le président américain de maintenir des troupes en Syrie pendant une longue période, mais a été contredit rapidement par la Maison-Blanche.

À l’Élysée, toutefois, des responsables ont précisé que la visite strictement chorégraphiée, qui comprend un repas intime avec le couple présidentiel, visait principalement à cimenter ce qu’ils ont décrit comme une « relation solide bâtie sur la confiance », un état de fait soutenu par les conversation quotidiennes entre les deux présidents à propos des frappes en Syrie.

La tentative d’Emmanuel Macron de renforcer son influence à Washington s’appuie sur une relation étonnamment étroite entre deux hommes qui semblent pourtant être fortement opposés.

Quand les contraires s’attirent

M. Trump, 71 ans, est un anti-mondialiste et un protectionniste élu en fonction de son engagement de protéger d’abord l’Amérique qui a autrefois semblé favoriser l’opposante de M. Macron, la politicienne d’extrême droite Marine Le Pen. M. Macron, 40 ans, est un partisan d’une mondialisation cosmopolite bienveillante qui est farouchement pro-européen.

Le président français a l’âge du plus vieux fils du président américain, Donald Jr, et croit qu’un chef d’État devrait lire un roman ou de la philosophie tous les soirs, à moins de vouloir perdre contact avec la réalité. Des observateurs de la vie politique américaine se demandent si M. Trump  est capable de terminer un livre. Malgré tout, M. Macron, poussé par un certain pragmatisme, ou plutôt un pragmatisme certain, est peut-être le leader qui entretien la relation la plus étroite avec le locataire du 1600, Pennsylvania Avenue.

« Quel est le secret pour avoir l’oreille de Trump en 2018? », a demandé Gérard Araud, l’ambassadeur français à Washington, alors qu’il tentait de résumer la relation Macron-Trump lors d’un événement tenu à Washington, ce mois-ci. M. Araud a reconnu que bien que les présidents avaient des personnalités différentes, ils étaient tous deux des « transformateurs du système » dont l’élection avait surpris et ébranlé les vieilles colonnes du temple politique dans leur pays respectif. Les deux hommes peuvent aussi être particulièrement francs. « Donald Trump n’a jamais caché ce qu’il pense et Emmanuel Macron est semblable – ils ont donc construit un dialogue », a-t-il expliqué.

Mais le terme « bromance » – une relation platonique entre deux hommes étroitement liés -, employé par les médias américains, irrite les diplomates français, qui considèrent le rapprochement entre les deux présidents comme une étape du ballet diplomatique. « Ce n’est pas une « bromance », lance l’ambassadeur Araud. « C’est simplement qu’il existe un intérêt commun, des deux côtés, pour parvenir à une compréhension mutuelle. Tout président français veut une bonne relation avec le président américain. Ce n’est pas nouveau. »

Du muscle et de la finesse

La poignée de main plus que ferme entre MM. Macron et Trump lors de leur première rencontre a cédé sa place à une série d’attentions envers le président américain, y compris avec la visite estivale à Paris et le repas à la Tour Eiffel. Les deux hommes parlent uniquement en anglais, sans interprètes, une reconnaissance par le président français que Donald Trump « n’est pas un politicien classique ».

S’ils s’entendent sur certains sujets, comme le contre-terrorisme et la Syrie, ils maintiennent ce que des diplomates appellent des « désaccords de gentilshommes » dans d’autres dossiers, y compris la décision de Trump de quitter l’accord de Paris sur le climat, l’accord sur le nucléaire iranien et le protectionnisme économique.

De façon plus importante encore, la relation Macron-Trump a pris du mieux alors que d’autres alliés traditionnels des États-Unis semblent être affaiblis: l’Allemagne pendant la longue attente avant de former un gouvernement et le Royaume-Uni, où Theresa May n’a pas capitalisé sur la traditionnelle « relation spéciale » entre Londres et Washington. M. Macron estime que le monde dominé par l’Occident et les règles qui y sont liées sont contestés, et la France, une puissance nucléaire et un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, doit être bien positionnée pour réagir.

« Le mot que j’emploie à propos de Macron est néoréaliste », affirme François Heisbourg, président de l’International Institute for Strategic Studies. « Macron comprend que nous vivons dans un monde Trumpien – parce que ce n’est pas seulement Trump, c’est Poutine en Russie, c’est Erdogan en Turquie, c’est Xi Jinping en Chine. Et Macron est assez bon dans son rôle avec ce genre d’individus. Il est le seule leader européen qui discute avec tous ces gens. »

La visite d’État de M. Macron vise également à le positionner comme un pont entre l’Amérique et l’Europe. La chancelière allemande Angela Merkel visitera elle aussi Washington prochainement, pour refléter les inquiétudes de l’Europe à propos des tarifs sur l’acier et sur l’accord iranien.


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Pieuvre.ca