Les secrets de la vérité: vers l’infini et plus loin encore

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« Il ne faut pas chercher à comprendre », dit le personnage interprété par Francis-William Rhéaume. Il s’agit ici d’un excellent conseil à suivre à la lettre par tous les spectateurs qui se jetteront dans la tornade des Secrets de la vérité, pièce présentée jusqu’au 28 avril au Théâtre Aux Écuries.

La recherche de la vérité semble être un sujet bien populaire de nos jours. Après Jean Dit d’Olivier Choinière, c’est au tour de Guillaume Tremblay, Olivier Morin et Navet Confit de partir à sa conquête. Mais peut-on vraiment découvrir la vérité vraie ou n’est-ce qu’une gargantuesque mascarade? Ce n’est certes pas le spectacle qui répondra à cette question! Ayant déjà signé la création de La vague parfaite, L’assassinat du Président et Épopée nord, le Théâtre du Futur est de retour avec ses théories politico-loufoques. Ne vous laissez pas avoir par le visuel rudimentaire de l’affiche, ils savent tous très bien ce qu’ils font.

L’argument de la pièce se passe dans 20 ans, exactement, jour pour jour, dans un certain quartier malfamé de Montréal. Cyndine Bournival (Milène Leclerc) dort à poings fermés dans son sordide appartement, jusqu’à ce qu’elle se fasse brusquement réveiller par l’apparition sublime de Jésus (Francois Ruel-Côté). Oui, vous avez bien lu, Jésus de Nazareth en personne. Quelques moments de batifolage plus tard, Cyndine se retrouve enceinte du Christ. Pendant ce temps, Elon Musk cherche à coloniser Mars avec son projet SpaceX et tente d’acheter l’enfant divin de Cyndine. Ajoutez à cela le phénomène des ChemTrails, les bestioles quasi immortelles que sont les tardigrades et qui vont probablement gouverner le monde, les théories de la conspiration du Gouvernement, l’origine des extra-terrestres à travers l’autopsie de Roswell et, peut-être, pourriez-vous découvrir les secrets de la vérité!

Des liens… ou pas

Le développement dramaturgique n’est pas du tout linéaire et l’histoire n’est pas construite autour d’une quête claire, impliquant des gentils et méchants protagonistes. Il s’agit plutôt d’un ensemble de péripéties et de concepts ayant des liens entre eux… ou pas. Le but est de plonger le spectateur dans la confusion la plus totale. Est-ce un manque de contrôle des artistes en leur œuvre ou un grand plan machiavélique pour obliger le public à porter attention? Je penche plutôt pour la deuxième option. Ce qu’on pourrait faire passer pour du cabotinage est en fait bien calculé. Certes, les scènes vont dans tous les sens et les interprètes ne semblent pas se poser sur une idée précise, mais optent plutôt pour un amalgame d’hypothèses plus farfelues les unes que les autres. On peut appeler cela du « niaisage intelligent ». Les concepteurs semblent ne pas se prendre au sérieux, mais il serait faux d’y croire! Cette pièce est singulière et intelligente. Je n’ose pas m’imaginer le nombre d’heures de recherche passé derrière une production comme celle-là. En vérité, dire qu’il n’y a rien à comprendre dans cette pièce, signifie avoir échoué à assimiler son contenu.

Le Théâtre du Futur utilise des procédés multimédias pour faire passer son fondement ; autant des projections, des jeux d’ombres ou encore, des diffusions par webcam. Cela dynamise la représentation et stimule le spectateur de manière constante. Cela sert également de supports visuels aux propos et à la vérité elle-même. Ajoutons au tout quelques chansons dignes d’une comédie musicale, signées Navet Confit, et l’expérience est complète!

En jouant avec le principe des fake news et de l’interprétation de la vérité par le collectif, on évolue sans contredit vers des théories conspirationnistes. Dans un monde où tout le monde a droit à son opinion et que l’on se bat pour la liberté d’expression, il est intéressant de voir une pièce jouer avec les limites de celle-ci. Le théâtre est souvent vu soit comme un divertissement ou comme un moyen de passer un message sociétal important dans un esprit de dénonciation. Les secrets de la vérité montre que le théâtre peut très bien être les deux; l’intelligence peut se trouver dans une comédie où des créatures microscopiques règlent leurs conflits sur une passerelle de mode.


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À propos du journaliste

Emmanuelle Ceretti-Lafrance

Les mots favoris d'Emmanuelle Ceretti-Lafrance sont cucurbitacée, grivois, calembour et baliverne. Elle sait qu'elle a le plus long nom de la Terre. Elle est née à Montréal et dorlote sa belle métropole avec tendresse. Elle aime insérer de manière totalement décontractée des citations du Seigneur des anneaux et d'Harry Potter dans les conversations quotidiennes. Journaliste pour Pieuvre, elle affectionne particulièrement le théâtre, la littérature et la musique

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