Les inspecteurs n’ont pas accès au site de l’attaque chimique à Douma, en Syrie

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Les inspecteurs de l’agence internationale visant à faire respecter l’interdiction des armes chimiques n’ont pas pu accéder aux sites contrôlés par la Russie et le régime syrien dans la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, pour enquêter sur une attaque survenue le 7 avril, attaque qui a fait des dizaines de morts et entraîné des frappes aériennes occidentales la fin de semaine dernière.

Le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a déclaré, lors d’une réunion du conseil exécutif de l’organisme, que ses inspecteurs n’avaient pas pu visiter cette ville située en banlieue de Damas, la capitale syrienne.

Comme l’écrit The Guardian, selon Petter Lycke, représentant la Suède au conseil exécutif de l’OIAC, la Syrie et la Russie ont indiqué aux inspecteurs qu’ils ne pouvaient pas garantir leur sécurité.

Dans des remarques pouvant indiquer une tentative de ralentir les travaux de l’équipe de l’OIAC, le ministre russe adjoint des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a affirmé que les inspecteurs ne pourraient accéder au site avant qu’ils ne fournissent le permis approprié des Nations unies.

Des responsables militaires russes se trouvaient sur le site de l’attaque, à Douma, plusieurs jours avant que l’équipe de l’OIAC n’arrive à Damas, suscitant des craintes selon lesquelles les preuves auraient été modifiées ou auraient simplement disparu.

Kenneth Ward, l’ambassadeur américain à l’OIAC, a soulevé ces craintes lundi, entraînant une réponse négative de la part du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a confié à la BBC: « Je peux vous garantir que la Russie n’a pas touché au site. » M. Lavrov a également réitéré l’avis russe selon lequel l’attaque contre Douma avait été « arrangée ».

En riposte à la présumée attaque chimique, les États-Unis ont lancé, dans la nuit de vendredi à samedi, des frappes militaires contre le régime syrien en compagnie des forces britanniques et françaises, dans le but de réduire les capacités syriennes en matière d’attaques aux armes chimiques.

Au cours de la fin de semaine, l’OIAC a envoyé des inspecteurs en mission d’information à Douma pour tenter de trouver des preuves et rencontrer des témoins. Leur arrivée a coïncidé avec l’annonce de l’armée syrienne selon laquelle le gouvernement avait « purifié » la région de la Ghouta orientale après une campagne de deux mois qui a fait près de 2000 morts chez les civils, à la suite de plusieurs années de siège.

En finir avec les armes chimiques

Les chancelleries occidentales font pression à la fois au siège de l’OIAC, à La Haye, ainsi qu’aux Nations unies, à New York, afin d’obtenir un appui diplomatique solide en vue de restrictions plus sévères quant à l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. On soupçonne que le gouvernement syrien ait précédemment induit les inspecteurs en erreur en annonçant avoir dévoilé et détruit l’ensemble de ses stocks d’armes chimiques.

Les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies doivent se réunir lundi pour discuter d’une demande en vue d’éliminer les stocks secrets syriens.

Pour le délégué britannique à l’OIAC, Peter Wilson, l’attaque de Douma s’inscrit dans le contexte plus vaste de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie pendant la guerre. L’organisation a recensé 390 allégations d’utilisations de ces armes interdites depuis 2014, a-t-il dit, et l’incapacité d’agir de l’OIAC risquerait de permettre « la poursuite de l’utilisation barbare d’armes chimiques ».

La Syrie a rejoint l’OIAC, une organisation chargée de surveiller l’adhésion à la convention de 1997 sur les armes chimiques, en 2013 après une attaque au gaz sarin qui a fait plusieurs centaines de morts dans la Ghouta orientale. Le geste s’inscrivait dans le cadre d’un accord conjoint entre Washington et Moscou qui a permis d’éviter une action militaire directe par le président américain d’alors, Barack Obama.

L’OIAC a besoin d’une majorité des deux tiers pour prendre des décisions, et risque d’être mortellement affaiblie alors que la Russie et l’Ouest s’affrontent à propos du mandat de l’organisation en lien avec la possibilité d’établir la responsabilité des attaques.

Un veto russe aux Nations unies, en novembre dernier, signifie que l’OIAC peut seulement indiquer que des armes chimiques ont bel et bien été employées, et non pas attribuer la responsabilité du geste.

La Russie conteste également la conclusion de l’OIAC selon laquelle un gaz innervant a été employé dans une attaque, au Royaume-Uni, contre l’ancien agent double russe Sergueï Skripal.

Une mission conjointe de l’ONU et de l’OIAC a conclu que l’armée de l’air syrienne était responsable d’une attaque au gaz sarin ayant fait près de 100 morts l’an dernier dans la ville de Khan Sheikhoun. Cette affirmation a poussé la Russie à s’opposer à la façon dont la mission conjointe est parvenue à ses conclusions, et à réclamer des changements à ses méthodes avant que son mandat ne puisse être renouvelé.


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