Syrie: même à Washington, on craint une escalade « hors de contrôle »

0

James Mattis, le secrétaire américain à la Défense, a indiqué jeudi que Washington cherchait toujours à identifier le coupable de l’attaque aux armes chimiques menée samedi dernier non loin de Damas, et que la principale inquiétude à propos d’une riposte militaire était le fait de trouver un moyen d’éviter « l’escalade hors de contrôle ».

Le président Donald Trump, écrit The Guardian, a consulté ses principaux conseillers en matière de sécurité nationale pour évaluer une riposte américaine, mais la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders a fait savoir jeudi « qu’aucune décision finale n’avait été prise ».

Selon le New York Times, M. Mattis a réclamé, lors de la rencontre, davantage de temps pour obtenir des preuves incriminant le régime du président syrien Bashar al-Assad en lien avec l’attaque chimique. Mais l’administration semblait déterminée à aller de l’avant avec la menace du président Trump visant à punir l’utilisation de gaz de combat.

Après la rencontre à la Maison-Blanche, M. Trump a appelé la première ministre britannique Theresa May, et les deux leaders se sont entendus sur le fait « qu’il était vital que l’utilisation d’armes chimiques ne demeure pas impunie ».

De son côté, le président français Emmanuel Macron a indiqué que son gouvernement avait des « preuves » que le gouvernement de Damas était responsable de l’attaque, qui aurait tué environ 50 personnes et fait plusieurs centaines de blessés.

Les chaînes NBC et CNN ont cité des responsables américains selon qui des échantillons de sang et d’urine provenant des victimes de samedi montraient des traces de chlore et d’un agent innervant, et que les renseignements américains et d’autres informations pointaient vers la culpabilité du régime, données qui seraient présentées au président Trump.

Recul

Quant au président, il a semblé reculer sur sa précédente menace de frappes imminentes.

Mercredi, M. Trump avait tweeté que des missiles américains « viendraient bientôt », et a indiqué à la Russie, qui possède des forces en Syrie, « qu’elle devrait se préparer ». Mais le lendemain matin, le chef d’État a plutôt tweeté « qu’il n’avait jamais dit quand prendrait place une attaque contre la Syrie ». Une attaque, a précisé le locataire de la Maison-Blanche, « pourrait survenir très tôt, ou bien plus tard ».

Au dire d’analystes, le ton plus mesuré porte à croire que les États-Unis et leurs alliés étaient prêts à prendre davantage de temps pour lancer une attaque plus complète que la salve de missiles lancés en avril dernier par Washington après une précédente attaque aux gaz empoisonnés, tout en faisant grimper la pression sur la Russie pour forcer Moscou à contraindre Damas à cesser ses atrocités et accepter le départ d’al-Assad comme condition à une solution politique à la guerre civile syrienne.

Risque de guerre

Aux nations unies, le délégué russe, Vassili Nebenzia, a affirmé que « la priorité immédiate de la Russie était d’éviter les risques de guerre ».

Interrogé à savoir s’il évoquait une guerre entre les États-Unis et la Russie, M. Nebenzia a indiqué à la presse que « nous ne pouvons malheureusement pas exclure aucune possibilité, puisque nous voyons quel genre de messages proviennent de Washington. Ils sont très belliqueux ».

« Le risque d’une escalade va au-delà de la Syrie, parce que nos forces armées s’y trouvent. La situation est donc très dangereuse. »

Dans un témoignage devant le comité de la Chambre des représentants sur les forces armées, le secrétaire Mattis a évoqué des craintes similaires, affirmant « qu’à un niveau stratégique, nous devons éviter l’escalade, si vous voyez ce que je veux dire ».

M. Mattis a dit croire que des armes chimiques avaient été utilisées, mais que la recherche de preuves se poursuivait.

À Paris, le président Macron a annoncé que son gouvernement déciderait de sa réponse « en temps voulu ».

Le chef de l’État a précisé que l’un de ses objectifs, en Syrie, était de « se débarrasser des capacités d’attaque chimique du régime », une fois que toutes les informations auront été vérifiées.

Il a ensuite ajouté que « la France ne permettra pas d’escalade, ou quoi que ce soit qui nuirait à la stabilité régionale, mais nous ne pouvons permettre que des régimes puissent croire qu’ils peuvent agir avec impunité et violer le droit international de la pire façon que ce soit ».

À Londres, le cabinet est sorti d’une discussion sur la Syrie et a publié un communiqué où il indique que les ministres ont conclu que « le régime al-Assad a un historique d’utilisation d’armes chimiques et qu’il est fortement probable que Damas soit responsable de l’attaque de samedi ».

« Le cabinet s’est entendu sur le besoin d’agir pour alléger la détresse humanitaire et pour éviter une autre utilisation d’armes chimiques par le régime al-Assad », peut-on encore lire dans le communiqué de Downing Street.

Au Kremlin, on a annoncé jeudi que la Russie et les États-Unis utilisaient actuellement une ligne téléphonique de « désescalade des conflits » à propos de la Syrie.

Il existe néanmoins des signes que Moscou se prépare à des frappes aériennes en Syrie. Des images satellitaires publiées par l’entreprise israélienne ImageSat International montre que des navires avaient été déployés à partir de la base russe construite dans la ville syrienne de Tartus.


En complément:

Contre la mise en garde de la Russie, Trump menace de lancer des missiles sur la Syrie

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca