Attaque chimique en Syrie: la Russie réclame une enquête de l’ONU

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Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé mardi que Moscou déposerait un projet de résolution aux Nations unies pour réclamer une enquête indépendante sur l’attaque aux armes chimiques contre la ville de Douma, en Syrie.

L’annonce survient alors que la Maison-Blanche a fait savoir que le président Donald Trump ne se rendrait pas à un sommet prévu en Amérique du Sud pour « superviser la réponse américaine à la situation en Syrie et pour surveiller l’évolution de la situation à l’échelle mondiale ».

Le président américain est en consultations avec ses alliés britanniques et français à propos de possibles frappes militaires en Syrie après l’utilisation d’armes chimiques à Douma, la dernière zone sous contrôle rebelle dans la Ghouta orientale, écrit The Guardian. Des secouristes et des médecins de l’opposition syrienne ont affirmé que plus de 40 personnes avaient été tuées, et que des centaines d’autres avaient été blessées dans le cadre de l’attaque au gaz empoisonné.

S’exprimant à partir de Moscou, le ministre Lavrov a semblé vouloir éviter une possible frappe occidentale contre la Syrie, en annonçant que la Russie proposerait une enquête « transparente et honnête » au Conseil de sécurité, mardi, avec l’implication de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Moscou avait précédemment martelé qu’il n’existait aucune preuve d’attaque chimique.

« Si, sous le prétexte d’un manque de garanties en matière de sécurité, ceux qui emploient des arguments antirusses poursuivent leurs démarches russophobes consistant à ne pas permettre l’entrée d’experts, alors le verdict tombera quant à leurs véritables intentions et cela démontrera qu’ils n’ont aucun intérêt à établir la vérité », a déclaré M. Lavrov.

Le régime syrien, qui a nié toute implication dans l’attaque, a fait savoir mardi qu’il avait invité l’organisation internationale à dépêcher une mission d’information dans le pays.

Dans les chancelleries occidentales, on craint probablement que la proposition russe ne donne à son allié, le gouvernement syrien, un avantage en ce qui concerne les enquêtes sur son territoire. Les États-Unis doivent eux aussi présenter leur propre résolution concernant une enquête, mardi.

Quant à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, elle a déjà mis sur pied une mission d’information, mais elle aura besoin de la coopération du gouvernement russe pour visiter le site de l’attaque, qui se trouve maintenant sous contrôle du gouvernement syrien.

De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réclamé la tenue d’une « enquête complète s’appuyant sur une expertise impartiale, indépendante et professionnelle », en plus de réaffirmer son plein appui envers l’organisation. Selon lui, les enquêteurs doivent obtenir le « plein accès, sans aucune restriction ou contrainte à leurs activités ».

Réformes nécessaires

L’organisation n’a que le pouvoir de déterminer si une attaque chimique a bel et bien eu lieu, mais pas d’en attribuer la responsabilité.

Une collaboration avec l’ONU a été mise sur pied pour déterminer l’identité d’éventuels responsables d’attaques chimiques, mais son mandat n’a pas été renouvelé l’an dernier après que l’Ouest et la Russie n’eurent pas réussi à s’entendre sur la façon de fonctionner à l’avenir, ce qui a poussé Moscou à imposer son veto à la poursuite du fonctionnement de cette agence spéciale.

De nouvelles discussions sur un mandat renouvelé ont échoué en janvier lorsque la Russie a insisté sur le fait que l’agence ne puisse pas identifier des responsables, mais seulement faire rapport au Conseil de sécurité. Moscou a également insisté pour que le rapport ne puisse pas être valide, à moins que des inspecteurs se rendent sur place.

Impossible de savoir, pour l’instant, si M. Lavrov est prêt à laisser de côté ces exigences dans le cadre de sa plus récente proposition, ou à donner plus de latitude en ce qui concerne les termes en vertu desquels l’organisation contre les armes chimiques pourrait visiter le site. Cette question, évoquée en public et en privé par des diplomates onusiens, lundi, feront l’objet d’autres discussions lors d’une rencontre du Conseil de sécurité, mardi.

Une possible frappe militaire sous contrôle américain contre la Syrie pourrait aller de bombardements contre une base aérienne à une tentative plus vaste de nuire aux forces aériennes de Damas. La Russie serait ensuite confrontée au choix d’agir pour protéger son allié syrien, ou perdre potentiellement le contrôle de l’espace aérien syrien.

S’exprimant à partir de Bruxelles, Fadel Abdul Ghany, président et fondateur du Réseau syrien pour les droits de l’homme, a réclamé des frappes contre toutes les bases aériennes syriennes, affirmant qu’une attaque contre une seule base ne servirait à rien pour décourager le président syrien Bashar al-Assad.

Les capitales occidentales en discussion avec les États-Unis à propos d’une possible frappe aérienne seront au fait de la nécessité d’être considérés comme agissant en fonction de preuves valides. En Allemagne et en Suède, les Affaires étrangères ont mis en garde contre une riposte militaire à l’attaque dans la Ghouta orientale.

Pendant ce temps, un responsable iranien visitant le site de ce qui est largement considéré comme une frappe israélienne contre la base aérienne syrienne T4, lundi matin, a affirmé que le bombardement ne resterait pas sans réponse. Il est maintenant estimé que sept Iraniens ont été tués dans ce raid.


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Pieuvre.ca