Affaire Skripal: pourquoi le Foreign Office britannique a-t-il changé son fusil d’épaule?

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Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, fait face à des questions embarrassantes à propos de ses affirmations voulant que la Russie eut fabriqué le gaz innervant utilisé à Salisbury après qu’il eut été révélé que le Foreign Office avait effacé un tweet blâmant Moscou pour l’attaque.

Comme l’écrit The Guardian, alors que le ministre est déjà sous pression pour ses déclarations, il y a deux semaines, à propos du fait qu’un scientifique du complexe de Porton Down avait été « absolument catégorique » que le gaz Novichok provenait de la Russie, le leader travailliste Jeremy Corbyn a accusé M. Johnson d’avoir « complètement excédé les limites des informations dont il disposait » après la révélation concernant le tweet effacé.

Le ministre a toutefois répliqué en accusant le chef travailliste de « jouer le jeu de la Russie ».

Le tweet effacé, dont a immédiatement profité l’ambassade russe de Londres, a empiré les problèmes du gouvernement britannique après que des chercheurs du laboratoire national de recherche en matière de défense – Porton Down – eurent annoncé mardi qu’ils n’avaient pas établi que le gaz innervant utilisé pour empoisonner l’ex-agent double Sergeï Skripal et sa fille Ioulia avait été fabriqué en Russie.

Après que Porton Down eut annoncé ses conclusions, le Foreign Office a rapidement publié un message allant à l’encontre de la déclaration des chercheurs, en affirmant que la première ministre Theresa May avait toujours clairement indiqué que cette évaluation n’était que « l’un des aspects » du portrait tracé par les services de renseignement.

Cette annonce a entraîné des déclarations du Kremlin selon lesquelles le Royaume-Uni ment à propos des origines du Novichok, en plus de réclamer des excuses de la part de Mme May.

Il est toutefois apparu mercredi que le Foreign Office avait précédemment effacé un tweet affirmant que les chercheurs avaient conclu que le gaz toxique avait été « produit en Russie ».

Embarras

Dans un revirement de situation embarrassant pour les Affaires étrangères britanniques, le compte Twitter de l’ambassade a souligné que le tweet daté du 20 mars, et qui faisait partie d’une présentation de l’ambassadeur britannique à Moscou portant sur l’attaque de Salisbury avait disparu.

La pression est maintenant forte sur le ministre Johnson pour expliquer si le gouvernement a modifié sa position.

Le ministre en charge de la Sécurité, Ben Wallace, a de son côté affirmé que les chercheurs de Porton Down n’avaient fourni qu’une partie des pièces du casse-tête, et que l’on n’avait jamais espéré qu’ils identifient clairement le coupable.

Sur les ondes de la BBC, il a déclaré que « les chercheurs sont des chercheurs. En plus de m’occuper de la sécurité nationale, je suis aussi responsable des dossiers du crime organisé et du terrorisme, et lorsque nous travaillons avec des médecins légistes et autres spécialistes, les scientifiques nous disent ce qui est. Ils me disent qu’une arme a été employée, et le genre d’arme, mais quand vient le temps de trouver le coupable, la tâche échoue aux enquêteurs ».

M. Wallace, un allié de longue date du ministre Johnson, a défendu ce dernier pour avoir suggéré qu’il avait reçu des assurances, de la part de scientifiques gouvernementaux, selon qui le gaz aurait effectivement été produit en Russie.

« Porton Down pourra vous dire qu’il y a vraiment très, très peu de gens dans le monde qui, d’abord, on conçu Novichok – et c’était les Russes -, et qui l’ont développé et emmagasiné. En fait, cette tâche ne concerne qu’une seule personne », a-t-il dit.

Un porte-parole du Foreign Office a déclaré qu’une rencontre « de l’ambassadeur britannique en Russie datée du 22 mars a été tweetée en temps réel par le compte de l’ambassade et amplifiée par le Foreign Office pour expliquer ce qui s’était passé à Salisbury au plus grand auditoire possible. L’un des tweets était incomplet et ne rapportait pas correctement les déclarations de notre ambassadeur. Nous l’avons effacé ».

Selon une transcription officielle de la présentation, l’ambassadeur, Laurie Bristow, a déclaré que « les analystes de Porton Down, les installations de la Défense en matière de science et de technologie, ont établi et clairement indiqué qu’il s’agissait d’une arme chimique de niveau militaire. Le gaz serait apparenté à la série Novichok; un agent innervant qui, comme je l’ai dit, est produit en Russie ».

M. Corbyn, qui a été critiqué pour sa première réaction prudente à la suite des allégations contre Moscou, a accusé Boris Johnson d’avoir exagéré les preuves selon lesquelles la Russie était responsable de l’empoisonnement à Salisbury.

Le leader travailliste, questionné lors d’un déplacement à Watford à propos des déclarations du ministre des Affaires étrangères, a affirmé que celui-ci « avait catégoriquement affirmé – et je crois qu’il a utilisé l’expression 101% – que cela provenait de la Russie ».

De son côté, la Commission européenne a affirmé n’avoir jamais pensé que Porton Down avait reçu le mandat d’identifier la source de la substance utilisée à Salisbury.

Selon le porte-parole Alexander Winterstein, « notre compréhension est que le rôle des experts était d’identifier le type d’agent innervant utilisé, et non pas sa source… Ils ont identifié le Novichok. Voilà ce qu’ils ont fait ».

 


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Pieuvre.ca