La France durement touchée par la grève des cheminots

0

Le dialogue de sourds entre le gouvernement et les syndicats s’est poursuivi mardi, en France, au premier jour d’une grève contre la réforme de la SNCF (Société nationale des chemins de fer), marqué par une forte mobilisation des cheminots et un trafic ferroviaire réduit.

Selon un porte-parole de la SNCF, 48% des personnels nécessaires au fonctionnement des trains et soumis à une obligation d’annoncer 48 heures à l’avance un arrêt de travail(conducteurs, contrôleurs, aiguilleurs) étaient en grève, soit 12 points de plus que lors de la journée de grève du 22 mars.

Ainsi, selon les chiffres donnés à la mi-journée par la direction, 77% des conducteurs, 69% des contrôleurs et 39% des aiguilleurs suivaient le mouvement.

Au total, toutes catégories confondues, y compris les agents commerciaux, de maintenance, de maîtrise ou d’encadrement, le taux de grévistes s’établissait à 33,9% à la mi-journée, soit un peu moins que le 22 mars (35,4%).

Interrogé par Reuters, le porte-parole de la SNCF a fait état d’une situation “très difficile” sur l’ensemble du réseau et dit prévoir pour mercredi « une situation sensiblement identique ».

Cette grève intermittente est censée s’étaler sur près de trois mois, à raison de 48 heures par tranche de cinq jours, à l’appel de quatre syndicats.

Sud-Rail s’est distingué en lançant un appel à une grève illimitée reconductible par 24 heures.

Dans une interview publiée par Le Figaro, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, invite le gouvernement à rouvrir rapidement des discussions pour éviter un conflit dur.

« Plus on discutera vite avec l’exécutif, plus on a de chance d’éviter un conflit dur, que je ne souhaite pas », dit-il.

« Repartir à neuf »

Interrogé sur France Inter, son homologue de la CGT, Philippe Martinez, s’est dit d’accord avec lui mais a rejeté par avance sur le gouvernement la responsabilité d’un durcissement.

« Les cheminots ne font pas grève par plaisir (…). C’est le gouvernement qui ne veut pas écouter », a dit le dirigeant de la CGT, pour qui il faut « revoir complètement le projet du gouvernement » et « repartir d’une feuille blanche ».

Il estime notamment n’avoir aucune garantie sur le fait que la SNCF, entreprise publique, ne sera pas privatisée à terme, sous prétexte d’adaptation à l’ouverture à la concurrence. Une hypothèse rejetée par la ministre des Transports.

« J’entends qu’il peut y avoir des craintes de la part des cheminots. Ces craintes, elles ne sont pas justifiées et elles sont alimentées », a déclaré Elisabeth Borne sur BFM TV.

« Quand on vous dit, « la SNCF va être privatisée », c’est faux; quand on vous parle de casse du service public, c’est faux; quand on veut faire l’amalgame avec d’autres conflits, on voit bien que certains essayent effectivement de politiser le débat », a-t-elle ajouté.

« Cette réforme (de la SNCF), il faut la mener, elle est indispensable. Le gouvernement tiendra bon, dans l’écoute, dans la concertation, dans le dialogue », a-t-elle ajouté.

Elisabeth Borne a déclaré qu’elle recevrait les syndicats jeudi. « Je ne peux pas résoudre à 36 jours de galère pour les Français », a-t-elle dit sur LCI.

Importants retards

Selon le porte-parole de la SNCF interrogé par Reuters, il y a seulement un train sur huit sur les lignes TGV, à l’exception des trains internationaux où les trois quarts des trains roulent dont plus de 90% pour le Thalys et 75% pour les Eurostar.

Il n’y a en moyenne, avec des variations régionales, qu’un train sur huit sur les lignes Intercités, un sur cinq pour les lignes régionales TER et le Transilien, en Ile-de-France.

Le trafic est également très perturbé sur les lignes du RER opérées par la SNCF: d’un train sur deux à un train sur cinq en moyenne, selon les lignes à l’heure de pointe.

« Certaines branches ne seront pas desservies en heure creuse », a averti le porte-parole de la SNCF.

Des secteurs économiques s’inquiètent de l’impact de ce mouvement, comme le tourisme et l’hôtellerie. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) prédit ainsi un taux d’occupation des hôtels en recul de 10% pour le seul mois d’avril, soit une perte de 150 millions d’euros ce mois-là.

Les plus radicaux des syndicats et une partie de la gauche espèrent en une « convergence » des luttes – des universités, où la tension monte contre la loi « orientation et réussite des étudiants », à Air France, avec une quatrième journée d’action ce mardi pour des hausses de salaires, en passant par le secteur de l’énergie et les éboueurs.

La CGT a ainsi appelé à une grève illimitée à partir de ce mardi dans le secteur de la collecte et du traitement des déchets et sa branche énergie souhaite calquer son mouvement contre la « libéralisation du marché » sur celui des cheminots.


En complément:

Affaire Skripal: la Russie va riposter, prévient Boris Johnson

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca