Love, Simon: l’illusion du progressisme

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Les affres, les doutes, les incertitudes et on en passe de l’homosexualité en pleine adolescence enfin traités à grande échelle dans un film qui se déploie comme toutes bonnes comédies romantiques pour ados. Un beau pas en avant, tardif cela dit, qui ne manque pas de s’en permettre plusieurs autres en arrière malgré toute l’efficacité de la chose.

Le moule des films d’adolescents des dernières années est ici utilisé à la quasi-perfection empruntant, Dieu merci, aux productions plus indépendantes tout en se permettant d’en faire une superproduction capable de toucher au plus large public possible.

L’histoire est simple. Simon, dix-sept ans, vit son adolescence à fond avec sa famille aimante, sa bande d’amis, ainsi que les hauts et les bas du secondaire. Tout va pour le mieux sauf pour ses histoires de cœur qui doivent composer avec un terrible secret: Simon est un homosexuel encore dans le placard.

La rengaine ne s’éloignera pas trop des conventions habituelles des films parlant d’homosexualité, mais le film permettra certainement de mieux faire comprendre les différents tourments de la réalité à ceux qui n’ont jamais essayés ne serait-ce qu’une fois d’en comprendre la complexité.

Ainsi, profitant du 21e siècle, le film ne peut se contenter d’une simple romance et décide d’y construire une énigme à essayer de deviner d’ici la fin, ce via l’anonymat et la souplesse de l’internet, y construisant une romance plus ou moins superficielle qui servira davantage à assouvir les idées de grandeur du long-métrage. L’adaptation du roman Simon vs. the Homo Sapiens Agenda est quand même écrite par deux grands collaborateurs de la télésérie à succès This Is Us. Et si le film ne veut pas autant nous faire pleurer, il ne manque pas de jouer à fond la carte rassembleuse en se voulant le plus inclusif possible, tout en usant de maints clichés pour atteindre ses nombreuses cibles que ce soit pour faire rire ou pour sensibiliser.

Ainsi, un peu à l’image du récent Wonder, on décide de construire le tout sur le principe d’un superhéros du quotidien afin de transformer lentement, mais sûrement, notre protagoniste comme porte-parole et représentant des laissés pour compte. Là où le film ne réussit pas aussi bien, c’est dans son manque de perspective, ne restant que dans la vision unique et si peu objective du personnage principal qui n’a vraiment pas tout ce qu’il faut pour assumer un tel rôle.

Certes, Nick Robinson est fabuleux dans le rôle-titre, y trouvant sa meilleure performance depuis The Kings of Summer, lui qui avait un tantinet déçu dans les projets qui ont suivi, mais il est difficile d’entièrement croire au désespoir d’un gamin aussi beau, sympathique, aisé et apprécié. D’abord parce qu’il aurait été préférable de confier la tête d’affiche à un véritable acteur homosexuel, mais surtout, parce qu’en 2018, il est de plus en plus facile de vivre son homosexualité ouvertement, encore plus quand on n’est pas efféminé comme semble le rappeler le film. La vision paraît rapidement démodée, mais jamais autant que le ridicule 1 :54 de chez nous.

Puisque voilà, le film se permet également de marginaliser l’homosexualité et de dicter un peu ici et là comment il faudrait la vivre. On y centre le point d’importance avec la sortie du placard et on donne des indices sur la bonne façon d’être homosexuel sans être trop gay. Bien sûr, on incorpore une belle palette de personnages favorisant une magnifique diversité, mais ils sont rapidement des faire-valoir pour aider notre héros dans sa quête principale, laissant tous ceux vraiment dans le besoin sans la moindre possibilité d’avoir leur propre bonheur.

Certes, c’est une proposition plus satisfaisante pour Greg Berlanti qui revient finalement au grand écran, huit ans après le fort oubliable Life as we Kow It. De renouer avec Josh Duhamel lui permet d’élargir sa palette de jeu habituellement limitée qui doit malheureusement souffrir des comparaisons avec Michael Stuhlbarg qui a un peu synthétisé la quintessence du rôle de père dans l’exceptionnel Call Me By Your Name.

Le reste de la distribution a beaucoup de panache, Jennifer Garner trouve, depuis Juno, ses meilleurs rôles en tant que mère, que ce soit dans le plus douteux The Odd Life of Timothy Green ou l’hilarant Alexander and the Terrible, Horrible, No Good, Very Bad Day. Et si le toujours drôle Tony Hale est un peu coincé dans un rôle caricatural unidimensionnel, la délirante Natasha Rothwell vole la vedette à chacune de ses apparitions. Tous les jeunes acteurs sont également habilement dirigés, alors qu’une sympathique sélection musicale ponctue le film, tout comme les compositions du talentueux Rob Simonsen qui se joint lui aussi à la mode renouvelée des synthétiseurs.

Ainsi, on apprécie que le film agisse comme d’une étreinte à tous ceux qui vivent dans l’ombre et le secret, pouvant enfin voir dans un film « comme les autres » que leur réalité est loin d’être anormale et de voir Hollywood finalement leur dire que tout va bien aller. Bien sûr, c’est romancé à cent à l’heure, mais pas plus que d’autres romances du même acabit. On regrette alors qu’avec des films comme Moonlight, Beach Rats, Those People, Weekend ou même l’excellente télésérie Looking, le film semble un peu confiné dans des balises limitées et dépassées, ne trouvant déjà pas toute la même dimension sociale dont profitait des œuvres similaires et supérieures tels les brillants The Way Way Back, Me and Earl and the Dying Girl ou l’incroyable The Spectacular Now, qui avouaient avec plus de facilité et de sincérité les failles, les difficultés et toute la beauté du monde ordinaire.

Puisque voilà, malgré tout ce qu’il essaie pour se faire le plus progressiste et inclusif possible, Love, Simon apparaît toujours comme étant un peu trop élitiste, parfumant dans une perfection trop lisse l’homosexualité d’une manière que probablement personne ne la vivra vraiment.

6/10

Love, Simon prend l’affiche en salles ce vendredi 16 mars 2018


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...