Le devoir de mémoire de Mulaka

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Au-delà du simple divertissement, est-il possible d’utiliser le jeu vidéo pour préserver l’histoire et la culture d’un peuple? C’est précisément l’intention derrière Mulaka, le premier titre du studio mexicain Lienzo.

Les Tarahumaras sont réputés pour être de fameux coureurs de fond. Leur nom se traduit d’ailleurs par « ceux qui ont le pied léger ». Alors qu’il ne reste plus que 70 000 représentants de ce peuple dans la Sierra Madre occidentale du Mexique, les développeurs chez Lienzo ont travaillé de concert avec des historiens, des anthropologues et des représentants de cette communauté pour transmettre une partie de leur mythologie à travers un jeu vidéo, et le résultat est Mulaka.

Puisqu’il mélange à parts égales exploration, puzzles et baston, Mulaka évoque une version indépendante de ReCore dans un habillage traditionnel mexicain. On y incarne un « Sukurúame », un shaman dont la mission consiste à purifier la Sierra des créatures maléfiques la menaçant. Les monstres qu’on affronte dans le jeu sont basés sur les mythes et légendes des Tarahumaras, et les ennemis vaincus laissent tomber du « Kòryma », une monnaie d’échange permettant d’améliorer ses habiletés.

Image tirée du jeu

Mulaka met également à notre disposition une sorte de sixième sens, qui indique la direction et la distance des objets méritant notre attention, et qui s’avère des plus pratique pour explorer, sans carte, les moindres recoins de chaque environnement afin d’y trouver les trois cristaux permettant de déverrouiller la région suivante. Des mécaniques d’herboristerie sont incorporées au jeu, et en récoltant diverses plantes, comme l’aloès ou le chia, on peut concocter des potions de vie ou des cocktails explosifs.

Le combat dans Mulaka alterne entre attaques légères et lourdes, et bien que le mouvement soit d’une fluidité irréprochable, il n’y a pas beaucoup de subtilité en termes de combos. L’exercice s’approche donc davantage du martelage de boutons. On dispose d’une lance pour les attaques à distance, mais son maniement manque un peu de précision. La caméra se place parfois dans un angle impossible lorsqu’on fait face à plusieurs assaillants, mais le pire irritant se trouve définitivement du côté des potions de vie.

Image tirée du jeu

Dès que notre Sukurúame boit une potion pour rétablir ses points de vie, il effectue un petit pas de danse, tandis que la forme spectrale d’un demi-dieu descend du ciel pour le guérir. Cette animation est certes jolie, mais son exécution prend tellement de temps que les ennemis nous encerclant ont tout le loisir de nous asséner plusieurs coups avant qu’elle ne se termine, ce qui rend pratiquement caduc l’usage des potions, et complique considérablement les combats.

Inspirés par les canyons du Mexique, les graphiques de Mulaka sont très stylisés, et ses lignes épurées et anguleuses, tout comme sa palette de couleurs chaudes, donnent au titre une signature visuelle unique. Bien que les environnements donnent l’impression d’être en présence d’un vaste monde ouvert, on se bute régulièrement à des murs invisibles. Une série de bogues criblait le titre à sa sortie, mais une récente mise à jour a réglé la majeure partie des problèmes, et l’expérience tourne maintenant assez rondement.

La façon dont Mulaka transmet la mythologie des Tarahumaras à travers un jeu vidéo est fort intéressante, mais paradoxalement, cet hommage bien senti aux traditions ancestrales ne réussit pas à faire oublier un système de combat un peu trop… primitif.

5.5/10

Mulaka

Développeur / Éditeur : Lienzo

Plateformes : Windows, Nintendo Switch, PS4 et Xbox One (testé sur Xbox One)


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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