Les horloges européennes ralenties par… un problème électrique

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Des millions d’Européens arrivés en retard au travail ou à l’école, mercredi, avaient une bonne excuse – un délai sans précédent dans le réseau de distribution électrique du continent qui a ralenti certaines horloges.

Le problème est provoqué par une dispute politique entre la Serbie et le Kosovo, dispute qui absorbe une partie de l’énergie du réseau électrique local, ce qui entraîne un effet domino à travers le réseau de 25 nations s’étendant sur une bonne partie du continent, du Portugal à la Pologne, en passant par la Grèce et l’Allemagne.

« Puisque le réseau européen est interconnecté… lorsqu’il existe un déséquilibre quelque part, la fréquence diminue légèrement », mentionne Claire Camus, porte-parole pour l’European Network of Transmission System Operators for Electricity.

Cette entité sise à Bruxelles et surnommée ENTSO-E a fait savoir dans un autre communiqué que « cette déviation moyenne de la fréquence, qui ne s’était jamais produite de façon similaire au sein du réseau électrique européen, doit cesser ».

Cette déviation par rapport à la fréquence normale de 50 Hz en territoire européen a été suffisante pour faire en sorte que les horloges électriques s’appuyant sur cette même fréquence pour afficher l’heure exacte – plutôt que de se fier aux vibrations d’un quartz – ont pris environ six minutes de retard depuis la mi-janvier. Le problème touche principalement les radio-réveils, les horloges encastrées dans les fours, ou encore les minuteries utilisées pour programmer les systèmes de chauffage.

L’ENTSO-E dit travailler à une solution technique qui pourrait ramener le système à la normale « d’ici quelques semaines », mais a aussi pressé les autorités européennes et les gouvernements nationaux à s’attaquer au problème politique se trouvant au coeur de l’affaire.

« Cela va au-delà du domaine technique. Il doit y avoir un accord entre la Serbie et le Kosovo à propos du manque d’énergie au sein du réseau kosovare. Vous devez résoudre le problème politique, puis le problème technique », a confié Mme Camus à l’Associated Press.

La friction entre les deux pays s’inscrit dans le cadre de tensions qui datent de près de 20 ans. Depuis la fin de la Guerre du Kosovo, en 1999, le Nord à dominance serbe est demeuré loyal à Belgrade, et n’a pas payé le gouvernement kosovare pour l’énergie consommée.

Un accord conclu en 2015 devait régler la situation, mais la Serbie a empêché qu’il n’entre en vigueur.

La compagnie responsable du réseau électrique serbe, EMS, impute le problème au Kosovo, affirmant qu’en janvier et février, le pays « retirait sans interruption, de façon non-autorisée, de l’énergie électrique non couverte par contrat à partir de la zone synchrone d’Europe continentale ».

Kadri Kadriu, directeur adjoint de l’exploitant KOSTT, au Kosovo, a reconnu que de l’électricité provenant d’ailleurs avait été détournée en direction de la minorité serbe du Nord, mais a affirmé que les consommateurs n’y avaient pas payé pour leur électricité, entraînant d’importantes contraintes financières pour l’entreprise.

Si le problème semble pour l’instant insoluble, Mme Camus offre des propos rassurants: « Honnêtement, il n’y a pas d’autres risques que des horloges prenant du retard. »


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