Myanmar: les journalistes de Reuters détenus pour leur enquête sur un massacre

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Deux journalistes de l’agence Reuters détenus depuis deux mois par les autorités du Myanmar ont été arrêtés en raison de leur enquête sur le massacre de 10 hommes de l’ethnie Rohingya, a fait savoir l’entreprise médiatique dans un reportage donnant des détails sur les meurtres.

Il s’agit de la première fois où Reuters a publiquement confirmé sur lequel les ressortissants birmans Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, travaillaient lorsqu’ils ont été arrêtés, le 12 décembre, en banlieue de Rangoun.

Les deux hommes risquent maintenant jusqu’à 14 ans de prison pour des accusations de possession de documents secrets en violation d’un loi remontant à l’époque coloniale, sous le contrôle britannique.

L’affaire a provoqué des craintes à l’échelle mondiale à propos de l’effritement de la liberté de la presse au Myanmar et des efforts du gouvernement pour empêcher les journalistes d’effectuer leur travail dans l’État de Rakhine, une région en crise où l’armée est accusée de mener une campagne de nettoyage ethnique contre la majorité musulmane rohingya.

Près de 700 000 membres de ce groupe ethnique ont fui la zone depuis août dernier, rapportant des cas d’atrocités aux mains des troupes et de groupes militants dans ce pays à majorité bouddhiste.

À Rangoun, le gouvernement nie les allégations, mais a virtuellement isolé l’État de Rakhine, empêchant les médias indépendants d’accéder aux zones de conflit.

Jeudi, Reuters a publié un reportage décrivant la façon dont les soldats birmans et des villageois bouddhistes ont exécuté 10 hommes rohingyas dans le village d’Inn Dinn, le 2 septembre, avant de jeter leurs corps dans une fosse commune.

« L’enquête de Reuters sur le massacre d’Inn Din est ce qui a poussé les autorités du Myanmar à arrêter deux journalistes de l’agence », lit-on dans le reportage.

Ces allégations s’appuient sur le témoignages de villageois, d’agents des services de sécurité et de proches des hommes assassinés.

On y voit aussi des photos sanglantes des victimes, mains liées et agenouillées avant de mourir, ainsi que des corps jetés dans la fosse commune après les meurtres par balle.

Les hommes étaient âgés de 17 à 45 ans. Parmi eux se trouvaient des étudiants, des pêcheurs, des fermiers et des propriétaires d’échoppes. Ils faisaient tous partie de la même communauté rohingya à Inn Dinn.

« Lorsqu’ils les ont emmenés, ils ont dit de ne pas nous inquiéter. Nous renverrons vos fils bien rapidement. Nous les emmenons à une réunion », se souvient Abdu Shakur, père de l’une des victimes.

Un mois après l’arrestation des journalistes, l’armée birmane a publié une rare déclaration admettant que des forces de sécurité avaient participé  aux meurtres extrajudiciaires de 10 « terroristes » rohingyas dans le village d’Inn Dinn.

Dans le reportage de Reuters, il est indiqué que des témoins nient qu’il y ait eu des attaques importantes de la part de rebelles rohingyas avant le présumé massacre.

Un porte-parole du gouvernement birman n’a pas pu être rejoint dans l’immédiat pour commenter.

Mais le Myanmar nie avec véhémence que ses agents de sécurité posent des gestes abusifs de façon systématique, malgré un nombre croissant de preuves indiquant que des atrocités ont bel et bien été commises.

Des juges ont refusé la remise en liberté sous caution des journalistes avant le procès, et ce malgré les appels en ce sens de plusieurs groupes de défense des droits de la personne et de diplomates.

La prochaine audience est prévue pour le 14 février.


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Pieuvre.ca