Enquête sur l’ingérence russe: au tour d’un mémo démocrate d’être déclassifié

1

L’enquête du comité sur le renseignement de la Chambre américaine des représentants sur l’ingérence russe lors de la présidentielle de 2016 a donné lieu à une nouvelle salve d’accusations et de contre-accusations entre parlementaires en colère et le président Donald Trump, alors que les législateurs ont voté en faveur de la déclassification d’un autre mémo portant sur une possible conspiration du FBI et de la Justice contre le chef de l’État.

Selon ce que rapporte l’Associated Press, ce mémo a été rédigé par les membres démocrates du comité, eux qui font pression contre un autre document, écrit par les républicains cette fois et déclassifié par M. Trump la semaine dernière, qui critique les méthodes du FBI pour obtenir un mandat de surveillance contre un ancien associé de l’équipe de campagne républicaine. Le document des démocrates tente de contrer certains des arguments et preuves avancés par le GOP.

Cette bataille des mémos classifiés a empiré les divisions partisanes au sein du comité, qui doit pourtant enquêter conjointement sur l’ingérence de Moscou et les possibles connexions entre la Russie et l’équipe de campagne du bouillant milliardaire devenu président. L’affaire éclipse également les autres enquêtes sur le même sujet, dont l’une est menée par le procureur spécial Robert Mueller, et l’autre par le comité sénatorial sur le renseignement.

Durant la fin de semaine, le président a déclaré que le mémo du GOP « l’innocentait totalement ». Républicains et démocrates ont contesté cette affirmation, et les démocrates ont également déploré la publication d’informations autrefois classées, ainsi que la possibilité que le président puisse faire dérailler de futures enquêtes.

Après le vote de lundi soir au sein du comité de la Chambre, qui était unanime, le démocrate le plus haut placé du comité, Adam Schiff, a dit croire que le document démocrate « aiderait à informer le public à propos des nombreuses distorsions et inexactitudes contenues dans le mémo de la majorité (républicaine) ». Il également déclaré craindre les « révisions politiques » que la Maison-Blanche pourraient apporter avant de diffuser le nouveau mémo.

M. Trump dispose maintenant de cinq jours pour décider s’il autorisera la publication de ce document.

Blocage politique

M. Schiff a ainsi assuré qu’il effectuerait une comparaison entre toute demande de caviardage réclamée par le FBI et le département de la Justice et toute modification de la Maison-Blanche pour tenter d’identifier des tentatives de blocage d’informations à des fins politiques.

De son côté, le républicain Mike Conaway, l’un des responsables de l’enquête, a indiqué après le vote que certaines parties du document ne devraient pas être publiées.

« Il y a des choses dans ce mémo avec lesquelles je ne serais pas à l’aise si la Maison-Blanche ne les caviarde pas », a-t-il reconnu.

Les tensions entre le président et les démocrates étaient élevées avant le vote, alors que MM. Trump et Schiff ont échangé des insultes sur Twitter lundi matin, et ce moins d’une semaine après que le président eut appelé à davantage de bipartisanerie lors de son discours sur l’état de l’Union.

M. Trump a ainsi écrit que M. Schitt était « l’un des plus grands menteurs de Washington », et qu’il « devait être stoppé ».

Le principal intéressé a rapidement riposté: « Plutôt que de publier de fausses calomnies, le peuple américain apprécierait que vous éteigniez votre télévision et que vous aidiez à résoudre la crise du financement, protégiez les Dreamers, ou… quoi que ce soit d’autre. »

De son côté, un porte-parole de la Maison-Blanche a uniquement dit que la déclassification « permettrait une révision sur le plan légal, ainsi que sur le plan de la sécurité nationale » de la part des services juridiques de la Maison-Blanche.

Alors qu’une deuxième semaine « d’étude de mémos » débute, le comité était également prêt à rencontrer Steve Bannon, l’ancien stratège en chef du président, dans le cadre de l’enquête sur la Russie. Mais cette réunion a été repoussée, selon deux personnes au fait du dossier, qui ont réclamé l’anonymat.

Impossible de savoir si la Chambre des représentants condamnera M. Bannon pour outrage. Il a reçu une convocation officielle, et a pour l’instant retardé à trois reprises sa séance de réponses aux questions du comité, alors que celui-ci négocie avec l’avocat de M. Bannon et la Maison-Blanche pour régler des détails concernant l’audience.

Au coeur du problème, on cherche surtout à savoir si la Maison-Blanche permettra à l’ancien pilier de l’administration de répondre à des questions sur son temps passé au sein de l’appareil présidentiel.

Y a-t-il coordination?

Les démocrates du comité cherchent aussi à savoir si le président dudit comité, le républicain Devin Nunes, avait travaillé de concert avec la Maison-Blanche pour rédiger le mémo républicain. Après la publication du document, la semaine dernière, le président en a rapidement profité pour s’attaquer aux principales agences policières des États-Unis.

« Le but, ici, est de saper le travail du FBI, discréditer la police fédérale, discréditer l’enquête Mueller, d’acquiescer aux demandes du président », a lâché M. Schiff.

« Je crois qu’il est fort possible que les employés de M. Nunes aient travaillé avec la Maison-Blanche », a-t-il ajouté.


En complément:

Rare sortie du FBI dans l’affaire du « mémo » républicain

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca