Le vénérable W, un film paradoxal

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Lancé en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, Le vénérable W, qui lève le voile sur la montée de l’islamophobie en Birmanie, encouragée par un puissant moine bouddhiste,  est  projeté sur les écrans de la cinémathèque québécoise, depuis le 26 janvier.

Le documentaire dresse un portrait intimiste et scabreux du moine bouddhiste Ashin Wirathu (dit W), considéré comme étant le visage de la terreur bouddhiste, selon le magazine Times.

«Les mots du bouddha devraient nous aider à restreindre les mécanismes du mal» est-il mentionné dans le film.

Entrecoupant les paysages doux pour les yeux et les images à glacer le sang, le film du réalisateur suisse Barbet Schroeder expose sans retenue les tensions raciales qui subsistent au coeur de la Birmanie, un pays pourtant majoritairement bouddhiste (90%). Pendant 95 minutes, le public fait une incursion dans la vie du tyran W, à la tête du mouvement politique extrémiste islamophobe, 969. Un mouvement opposé au 786, une forme de représentation de Allah.

D’entrée de jeu, W développe une analogie sur les poissons-chats africains qui donne le ton au film et aux propos de l’homme. « Les principales caractéristiques de ce poisson sont qu’ils évoluent vite, dit W franchement à la caméra, l’air narquois. Ils se multiplient tout aussi rapidement, ils sont violents, ils détruisent leur propre environnement ainsi que leurs ressources naturelles; les musulmans sont exactement comme ces poissons » compare-t-il ainsi.

Dans la froideur du documentaire, Schroeder cherche à démontrer qu’à travers les sermons du vénérable moine autoproclamé, ressortent des messages d’islamophobie qui se traduisent par des actions violentes, des manifestations, des massacres et le meurtre de quelques centaines de personnes.  « Le but du film était de démonter  que la parole finit par se transformer en faits» explique le réalisateur en entrevue à la chaine française Arte, lors de la projection de son film au Festival de Cannes, en 2017.

Bien que l’idéologie proposée par le vénérable W soit diamétralement opposée aux doctrines des bouddhistes, une religion pacifique fondée sur la tolérance et le karma, son charme et ses prêches parviennent à toucher près de 30% de la population qui croit profondément à certaines de ses idées. Schroeder révèle à ce sujet que c’est ce qui lui fait très peur. «Il existe un terrain, un peu comme avec l’antisémitisme avant Hitler » explique-t-il. « Ce terrain est alimenté et quelqu’un s’en empare et l’utilise. C’est ce que fait W» poursuit-il.

Ashin  Wirathu est retiré des bancs d’école à l’âge de 12 ans. Il se tourne vers la religion et désire devenir moine au grand désarroi de ses parents. Il apprend les rudiments du bouddhisme, des écrits et de la méditation auprès de grands maîtres, puis vole de ses propres ailes et se battit une certaine notoriété. Il enseigne principalement ses doctrines aux enfants, car ils ont un esprit plus malléable et is sont plus enclins à reproduire et intégrer le modèle appris à un jeune âge. Il est condamné, en 2003, à 25 ans de prison pour avoir été reconnu coupable d’attiser la haine raciale et religieuse. Il est libéré en 2012 lors d’une amnistie nationale et reprend ses activités.

Formidable orateur, W utilise sa tribune et ses sermons pour propager un discours haineux, xénophobe et populiste à l’égard des communautés musulmanes sunnites de la Birmanie. Une petite communauté qui ne représente que 4% de la population du pays, mais qui subit au quotidien les violences perpétrées par des bouddhistes. En décembre dernier, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies a réclamé, à ce propos, l’ouverture d’une enquête visant à faire le point sur les «éléments de génocides»  à l’endroit des Rohingyas.

Le documentaire conclut la trilogie sur le mal de Barbet Schroeder. Il est intéressant et se défend bien, mais possède quelques longueurs.

À voir à la Cinémathèque québécoise et au Cinéma Le Clap avec sous-titres français, ainsi qu’au Cinéma du Parc en version sous-titrée anglaise.


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À propos du journaliste

Jeune bachelière de l’Université du Québec à Montréal en journalisme, Frédérique est fascinée par le monde du spectacle, du divertissement et de la mode haute-couture. Elle voue une  passion sans bornes pour la musique, la télévision, l’art et la culture avec un très grand C. Toujours à la recherche de découverte et de nouvelles saveurs, elle aiguise sans cesse son épicurisme dans les parfums de la vie. Elle aime également la littérature contemporaine, la poésie, les beaux mots bien placés, les calembours et son chat blanc.

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