Mélanie Joly, une blonde pas comme les autres

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À la blague, on dit d’une femme qu’elle est blonde parce qu’elle est belle, mais pas réfléchie. Bien qu’elle soit mignonne sous sa chevelure dorée, la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly est loyale… et qui sait, peut-être un génie qui s’ignore.

Accompagné de son équipe ministérielle, c’est à la marche que le 23e premier ministre du Canada est arrivé à Rideau Hall, main dans la main avec la première dame vêtue d’un manteau long blanc qui étrangement paraissait se dédoubler. Soudain, une beauté blonde a fait son apparition drapée dans le même genre de manteau. Quand certains médias ont comparé Justin Trudeau à John F. Kennedy, peu d’imagination ne suffisait pour associer Mélanie Joly à la muse du défunt président, nulle autre que Marylin Monroe. La nomination de cette nouvelle venue au ministère du Patrimoine canadien, c’est-à-dire à la «culture», n’a fait que sceller cette association avec cette femme douée pour la mode, la photographie, le chant, le cinéma…

D’emblée, Mélanie Joly a défendu l’idée que l’expérience en politique a été «survalorisée» et que pour naviguer dans un système politique complexe il faut le «hacker», lors d’une entrevue avec Huffington Post Québec le 22 décembre 2015. À l’émission Tout le monde en parle du 1er octobre 2017 sur les ondes de Radio-Canada, la ministre du Patrimoine canadien a expliqué la logique de son raisonnement. Elle a négocié avec le géant Netflix afin qu’il ouvre une branche canadienne et injecte 500 millions de dollars en production. En contrepartie, Netflix sera exempté de percevoir la taxe fédérale sur son site internet.

Invités à l’émission, le journaliste en économie Gérald Fillion et le chroniqueur en économie Pierre-Yves McSween ont critiqué cette entente déloyale pour les concurrents et défavorable pour les contribuables canadiens.

Post-nation

Même si elle ne semble pas comprendre le principe de taxation, Mélanie Joly a mis l’emphase sur la priorité de son gouvernement: l’argent neuf! Ainsi, malgré ses manques à l’éthique à répétition énumérés par les grands médias, l’ouvrage sur la filière canadienne d’Alain Deneault publié en 2014 et le scandale des Paradise papers qui pointe l’élite fortunée du Canada, Bill Morneau demeure responsable du ministère des Finances.

À première vue, l’on pourrait croire que l’éthique a peu d’importance quand vient le temps de faire des affaires pour ce gouvernement. C’est faux! D’après les journalistes de CBC du 18 décembre, les efforts pour contrer l’évasion fiscale concernent les petites entreprises qui ont omis de déclarer certains revenus et ne s’adressent pas aux millionnaires. Ainsi, un contrôle est exercé à l’interne, et des ministres comme Mélanie Joly sont allé jusqu’à la Silicon Valley pour débusquer les détenteurs de grosses fortunes et rapporter l’argent au pays.

Bien que Justin Trudeau ait adopté la parité homme-femme en formant son équipe, il ne faudrait pas confondre son gouvernement avec celui des pays nordiques dont le système social-démocrate conjugue performance économique et faible écart entre riches et pauvres.

Quand est venu le temps de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le premier ministre libéral a fait appel à l’ex-premier ministre conservateur, Brian Mulroney.  « Le 2 janvier 1988, Mulroney et Reagan signaient l’ALENA… ce chapelet de réformes s’est-il traduit par une saine mutation des finances publiques? Pas du tout. À l’instar de son voisin du Sud, Mulroney a cumulé les déficits », rappelle le journaliste Serge Truffaut dans Anatomie d’un désastre paru en 2017.

Pas de plus pour la privatisation du Canada, l’entente de Mélanie Joly avec Netflix implique la représentation: un contenu canadien, produit par des Américains de la Silicon Valley, identifié comme étant « vraiment » canadien pour tous les usagers.

Contre-vérification

«L’environnement numérique a fait éclater le modèle économique des médias. Ceux-ci ne sont plus les seuls capables de proposer des auditoires aux annonceurs. Il est dorénavant possible de constituer des auditoires sans leur proposer de contenus fouillés. Les médias demeurent pratiquement seuls à proposer de l’information validée, coûteuse à produire», explique le professeur au Centre de recherche en droit public (CRDP) à l’Université de Montréal, Pierre Trudel dans le magazine Trente du printemps 2017.

Le problème du financement des médias se présente également par rapport aux propriétaires et à leurs intérêts. Au Mexique, tous les journalistes tués enquêtaient sur la corruption politique, affirme la représentante de l’organisme qui lutte pour le droit à la liberté d’expression Articulo 19, Ana Cristina Ruelas au Monde diplomatique de novembre 2017. En France, l’intervention d’actionnaires non traditionnels dans les médias a eu un effet perturbateur, répètent certains collaborateurs de l’essai Les médias sont-ils dangereux? paru au 1 en 2017.

Établissant un partenariat avec le média social Facebook, l’Université Ryerson située à Toronto ne semble pas se préoccuper de ces problèmes éthiques même s’il s’agit d’une école de journalisme réputée. Ouvert à tous, le programme Digital Innovative Challenge offre 150 000 $ à cinq finalistes «qui ont la passion de créer quelque chose qui sera perturbant» au service des villes à travers le pays. Ayant accès à une panoplie d’experts, le but de ces génies en devenir est de constituer un auditoire massif!

À l’instar des « Alternative Facts » de Donald Trump, le gouvernement Trudeau semble vouloir établir une « éthique alternative du pouvoir ». Appuyer les journalistes d’enquête afin de récupérer l’argent qui échappe à l’économie canadienne pour financer les dépenses de l’État tout en évitant l’endettement semble une logique trop transparente pour ces élus. «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays», énonçait John F. Kennedy.

Un peu comme ce propriétaire de restaurant qui avait engagé un bus boy au salaire minimum lui promettant 1% des ventes de la soirée. Au moment de recevoir sa première enveloppe, le bus boy lui demande quel est le montant des ventes.

«Si tu multiplies ce qu’on t’a donné par cent, tu vas l’avoir le montant des ventes !», répond le propriétaire.

Eurêka.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.