Les New-Yorkais reprennent le métro sous surveillance renforcée

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Un homme voulant réaliser un attentat suicide en pleine heure de pointe, au coeur du réseau de métro de la ville de New York, n’a pas réussi à provoquer le bain de sang souhaité, ont annoncé les autorités, mais le geste a alimenté la volonté du président américain Donald Trump pour resserrer les normes d’immigration.

Quelques heures après l’explosion survenue lundi dans un corridor souterrain reliant deux des stations les plus achalandées de Manhattan, Trump a évoqué le parcours du terroriste pour renouveler sa demande d’enquêtes de sécurité plus approfondies sur les étrangers qui arrivent aux États-Unis, et une réduction du nombre d’immigrant parvenant au pays pour des motifs familiaux.

L’homme arrêté lors de la tentative d’attentat, Akayed Ullah – qui a déclaré aux policiers qu’il voulait répliquer aux sanctions américaines contre les extrémistes du groupe armé État islamique – est arrivé aux États-Unis en provenance du Bangladesh, en 2011, à l’aide d’un visa offert à certains proches de citoyens américains.

« Le présumé terroriste est entré via un programme de réunification familiale, qui n’est pas compatible avec la sécurité nationale », a déclaré le président dans un communiqué où il réclame divers changements au système d’immigration. Plus tôt, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, avait affirmé que les propositions du président « auraient pu empêcher cela ».

Dans un scénario redouté depuis plusieurs années à New York, écrit l’Associated Press, Ullah s’est attaché un engin explosif artisanal au torse avec du Velcro et des attaches en plastique, s’est introduit sans se faire remarquer dans le réseau de métro le plus achalandé du pays et a déclenché sa bombe, ont mentionné les autorités.

L’engin n’a pas fonctionné comme prévu; selon les autorités, Ullah, 27 ans, a été la seule personne grièvement blessée. Mais l’attaque a provoqué un mouvement de panique dans le corridor enfumé, et trois personnes ont souffert de maux de tête et de douleurs aux tympans dans le cadre de la première explosion à survenir dans le métro en plus de deux décennies.


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« Cauchemar »

« C’est l’un de mes cauchemars… une attaque terroriste dans le métro », a déclaré le gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo sur les ondes de la chaîne NY1. « La bonne nouvelle est que nous contrôlions la situation. »

Ullah est soigné pour des brûlures aux mains et à l’abdomen, mais a pu être interrogé par des enquêteurs sur son lit d’hôpital, ont indiqué les autorités. Il « donnait plusieurs informations à la fois » à propos de ses motifs, mais il a dit vouloir venger ce qu’il décrit comme une agression américaine contre l’État islamique.

La bombe artisanale employée utilisait de la poudre explosive, une batterie 9 volts, une ampoule de Noël et des allumettes, ont fait savoir les autorités. Selon les enquêteurs, on peut apercevoir le suspect déclencher sa veste piégée.

Au final, la charge d’allumage ne fut pas suffisante pour transformer la bombe en une série d’éclats meurtriers, précise-t-on.

Les autorités indiquent par ailleurs qu’Ullah a consommé de la propagande de l’État islamique en ligne, mais n’aurait pas eu de contact direct avec des militants, et a probablement agi seul. Au dire du gouverneur Cuomo, il n’y a aucune preuve, jusqu’à maintenant, qu’il existe d’autres bombes ou d’autres plans. Le gouverneur a également indiqué que les autorités cherchaient à savoir si le suspect avait déjà été dans la ligne de mire de la police, mais qu’il n’y avait pas, pour l’instant, d’indications en ce sens.

L’attaque survient moins de deux mois après la mort de huit personnes, près du World Trade Center, dans une attaque au camion-bélier, ont rappelé les autorités, un geste posé par un immigrant d’Ouzbékistan qui admirait l’État islamique.

Depuis 1965, la politique migratoire américaine donne un avantage aux gens possédant des compétences ou une formation poussées, ou les gens ayant des liens avec des citoyens américains ou, dans certains cas, avec des résidents permanents. Des citoyens ont pu se porter garants pour des époux, des parents, des enfants, des frères et soeurs et pour les époux et enfants mineurs de leurs frères et soeurs; les immigrants potentiels font ensuite l’objet d’un examen par des responsables américains pour déterminer s’ils obtiennent ou non le feu vert.

L’administration Trump réclame un système « basé sur le mérite » qui limiterait l’octroi de « cartes vertes » (visas d’entrée) aux époux et aux enfants mineurs.

Ullah vivait avec son père, sa mère et son frère dans un quartier de Brooklyn comportant une importante communauté du Bangladesh, ont indiqué des résidents. Il a disposé d’un permis de conduite d’un taxi entre 2012 et 2015.

John Miller, commissaire adjoint au contre-terrorisme de la police de New York, a indiqué mardi que le suspect ne semblait pas souffrir de problèmes apparents.

Il « vivait là-bas, a occupé divers emplois, n’avaient pas de problèmes financiers spécifiques », a dit M. Miller, avant d’ajouter qu’Ullah « n’était pas sur le radar du NYPD ou du FBI ».

Sa famille était « grandement attristée » par l’attaque, mais était aussi « scandalisée par la façon dont nous avons été ciblés par les autorités », peut-on lire dans un communiqué envoyé par la branche new-yorkaise du Council on American-Islamic Relations. Un proche adolescent a été extirpé de ses cours et interrogé à l’école sans la présence d’un parent, d’un gardien ou d’un avocat, précise le communiqué.

Le gouvernement du Bangladesh a condamné l’attaque.

La police responsable de la sécurité à l’important terminus de Port Authority a fait savoir que des agents avaient découvert l’homme blessé couché sur le sol, avec des fils sortant de sa veste et l’engin explosif accroché à son torse. Au moment de son arrestation, l’homme aurait tenté de s’emparer d’un téléphone cellulaire.

La dernière explosion dans le métro new-yorkais, avant la tentative de lundi, remonterait à décembre 1994, lorsqu’une bombe construite à partir de pots de mayonnaise et de piles électriques a blessé 48 personnes dans un wagon, à Manhattan. Les procureurs avaient indiqué que le programmeur au chômage Edward Leary avait déclenché son engin pour tenter d’obtenir 2 millions $ US de la part de l’agence municipale des transports en commun; il a plaidé la folie. Il a été reconnu coupable de tentative de meurtre et a été condamné à 94 ans de prison.

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Pieuvre.ca