Malgré les avertissements, Trump va de l’avant avec son projet d’ambassade à Jérusalem

0

Le président américain Donald Trump reconnaîtra mercredi Jérusalem comme la capitale d’Israël, et ce malgré une vive opposition arabe, musulmane et européenne à une démarche qui renverserait des décennies de politique américaine et risquerait de déclencher de violentes manifestations.

Selon l’Associated Press, Trump demandera au département d’État d’entamer le processus long de plusieurs années pour déménager l’ambassade américaine de Tel Aviv à la ville sainte, ont indiqué mardi des responsables américains. Impossible de savoir, pour l’instant, quand le président officialisera la démarche, un geste obligé selon la loi américaine, mais qui est reporté depuis plus de 20 ans pour des raisons de sécurité nationale.

Selon les responsables, plusieurs détails logistiques et sécuritaires devront d’abord être réglés, tout comme la détermination du site et de la construction des installations. En raison de ces questions, l’ambassade ne devrait pas être transférée pendant au moins trois ou quatre ans, ceci en présumant que la politique officielle américaine ne change pas entre temps.

À cette fin, les responsables ont ajouté que Trump signera un ordre repoussant le déménagement, un geste obligatoire à tous les six mois. Le président répétera cette démarche cérémonielle jusqu’à ce que les préparations du déménagement soient complétées.

Au dire des responsables, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël sera une reconnaissance de la « réalité historique et actuelle », plutôt qu’une prise de position politique; on soutient aussi que les frontières politiques et physiques de la ville ne seront pas compromises. On note par ailleurs que la quasi-totalité des agences gouvernementales israéliennes – et le parlement – se trouvent à Jérusalem, plutôt qu’à Tel Aviv, où les États-Unis et d’autres pays ont construit leur ambassade.

La déclaration de Jérusalem comme capitale d’Israël est une bordée rhétorique qui pourraient avoir des conséquences dangereuses. Les États-Unis n’ont jamais appuyé les revendications terrestres de l’État juif dans quelque partie de Jérusalem que ce soit, et ont insisté pour que le statut de la ville soit résolu via des négociations entre Israéliens et Palestiniens.

La seule possibilité que Trump puisse changer le statu quo a entraîné la publication d’un avertissement de sécurité pour les États-Unis, mardi. Le consulat américain à Jérusalem a ordonné à ses ressortissants d’éviter de visiter la Vieille Ville de Jérusalem ou la bande de Gaza, et presse les citoyens américains en général d’éviter les endroits où les autorités sont davantage présentes.

Lorsqu’il était candidat à l’investiture républicaine, Trump avait promis à de nombreuses reprises de déménager l’ambassade. Cependant, les leaders américains ont fréquemment reporté une telle décision depuis que le président Bill Clinton a fait adopter une loi, en 1995, stipulant que les États-Unis devaient transférer leur présence diplomatique à Jérusalem, à moins que le commandant en chef ne publie un ordre repoussant la démarche pour des raisons de sécurité nationale.

Les principaux conseillers en matière de sécurité – y compris le secrétaire d’État Rex Tillerson et le secrétaire à la Défense Jim Mattis – ont appelé à la prudence, selon les responsables, qui ont affirmé que le président s’était montré ouvert à écouter quelques-uns de leurs arguments.

Les craintes sont réelles: reconnaître Jérusalem comme la capitale serait perçu, de la part des États-Unis, comme la fin de sa neutralité de longue date et comme le fait de se ranger du côté de l’État hébreu au moment où le gendre du président, Jared Kushner, tente de relancer le processus de paix. Trump a lui aussi parlé de son désir d’obtenir « l’accord du siècle » qui mettrait fin au conflit israélo-palestinien.

Avertissements

Dans bon nombre de chancelleries alliées des États-Unis, on lance de sérieuses mises en garde.

Nonobstant la déclaration concernant Jérusalem, un responsable a indiqué que le président insisterait sur le fait que les questions de souveraineté et de frontières doivent être négociées par Israël et les Palestiniens. Ce même responsable a ajouté que Trump demanderait à la Jordanie de conserver son rôle en tant que gardien légal des lieux saints musulmans de Jérusalem, et réitérerait sa volonté d’une solution de paix à deux États.

Malgré tout, toute déclaration américaine sur le statut de Jérusalem avant un accord de paix « nuirait au processus de négociation et provoquerait une escalade des tensions dans la région », a fait savoir mardi le roi d’Arabie saoudite, selon un compte-rendu de la conversation de celui-ci avec le président américain. Toujours au dire du souverain, une telle déclaration représenterait « une provocation flagrante contre tous les musulmans, partout dans le monde ».

Le chef de la Ligue arabe, Ahmed Aboul-Gheit, a pressé Washington de revenir sur sa possible décision, et met en garde contre des « répercussions ». Aux yeux du président turc Recep Tayyip Erdogan, une telle reconnaissance serait une « ligne rouge » et que la Turquie pourrait répondre en coupant les liens diplomatiques avec Israël.

À Paris, le président français Emmanuel Macron a dit avoir rappelé à son homologue américain, par téléphone, que le statut de Jérusalem devrait être déterminé via des négociations visant à créer une Palestine indépendante aux côtés d’Israël. Lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État américain Rex Tillerson à Bruxelles, la responsable de la politique étrangère de l’Union européenne Federica Mogherini a déclaré que de tels gestes sapant les efforts de paix « devaient absolument être évités ».

Malgré les commentaires du président auprès d’autres leaders mondiaux, des responsables américains ont assuré qu’une annonce sur l’emplacement de l’ambassade n’était pas imminente, et que Trump signerait plutôt, mercredi, un nouveau report de six mois.

Toujours au dire des responsables, le président donnera beaucoup de latitude à son ambassadeur en Israël, David Friedman, pour que celui-ci décide du moment approprié pour le déménagementt.

Enfin, du côté des Palestiniens, changer le statut de Jérusalem serait « un coup de poignard dans le dos », a lâché Husam Zomlot, chef de la délégation palestinienne à Washington.

Les factions politiques palestiniennes commandées par le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ont appelé à des manifestations quotidiennes à partir de mercredi. Jérusalem-Est, qui abrite aujourd’hui plus de 300 000 Palestiniens, a été conquise par Israël en 1967, puis annexée lors d’une démarche pratiquement pas reconnue par la communauté internationale.


En complément: 

Obama lance ses derniers avertissements à Trump: attention à Moscou et à Israël

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca