Theresa May rétorque à Trump alors que l’opposition à une visite d’État augmente

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La première ministre britannique Theresa May a vivement répondu au président américain Donald Trump, jeudi, en lien avec son partage de vidéos de propagande du groupe raciste et d’extrême droite Britain First, alors que l’ambassadeur britannique à Washington confirmait qu’il s’était officiellement plaint auprès de la Maison-Blanche à propos des tweets offensants du président.

Choisissant ses mots avec prudence, écrit The Guardian, Mme May a déclaré avoir « clairement indiqué que retweeter Britain First était la mauvaise chose à faire », tandis que des diplomates britanniques attendaient en vain que le président n’efface les messages ou offre une forme d’excuses.

Mme May et d’autres ministres ont tenté de limiter les dégâts en soulignant l’importance des liens historiques entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

Mais au cours de l’une des pires journées de la « relation spéciale » transatlantique, un débat d’urgence tenu au Parlement a permis d’entendre des députés de tous les partis alors qu’ils ont critiqué Donald Trump, tandis que les questions ont plu à propos d’une visite d’État du locataire de la Maison-Blanche prévue en 2018.

Le ministre de la Justice Sam Gyimah a ainsi déclaré sur les ondes de la BBC qu’il était « franchement inconfortable » à l’idée d’une visite de M. Trump au Royaume-Uni, mais que la décision « ne lui revenait pas ».

« Je suis franchement inconfortable parce qu’il alimente délibérément les divisions, et cela n’est pas utile à un moment où nous tentons d’unir le pays. »

S’exprimant en provenance d’Amman, en Jordanie, Mme May a pour sa part déclaré que « le fait que nous travaillons ensemble ne veut pas dire que nous n’avons pas peur de nous manifester lorsque nous pensons que les États-Unis sont dans l’erreur et d’être très francs avec eux. Je dis franchement que retweeter Britain First était la mauvaise chose à faire ».

« Britain First est une organisation haineuse. Elle cherche à alimenter la division et la méfiance envers nos communautés. Elle s’oppose aux valeurs fondamentales que nous partageons en tant que nation – les valeurs de respect, tolérance et, oserai-je dire, de décence. »

M. Trump a retweeté trois vidéos du compte de la cheffe adjointe de Britain First, Jayda Fransen, et a par la suite soufflé sur les braises en envoyant un message pressant Mme May de se concentrer sur la lutte au terrorisme, plutôt que de le critiquer.

Kim Darroch, ambassadeur britannique aux États-Unis, a de son côté tweeté que « le peuple britannique rejette très largement la rhétorique faite de préjudices de l’extrême droite ». Il indique également avoir souligné ses « inquiétudes » auprès de responsables de l’administration Trump.

Son de cloche similaire auprès de Woody Johnson, nommé ambassadeur des États-Unis auprès du Royaume-Uni par M. Trump, qui a lui aussi dit avoir fait part de ses inquiétudes à la Maison-Blanche après les tweets.

Des responsables du gouvernement britannique aimeraient que des gestes soient posés à la suite de ces commentaires pour établir la nature de Britain First auprès de la Maison-Blanche, mais ont souligné que Londres n’était pas dans une position pour demander que le président efface ses tweets ou s’excuse.

Les responsables ont aussi souligné que la prise de becs à propos du tweet ne nuira pas aux relations entre Londres et Washington, mais qu’au même moment, on ne doit pas sous-estimer à quel point la première ministre et le ministre des Affaires étrangères ont indiqué que le dossier était important.

Visites d’État

Mme May est devenue la première leader étrangère à visiter M. Trump à Washington l’an dernier, déclarant aux journalistes que « les contraires s’attirent ». Le moment où il a attrapé sa main à la Maison-Blanche a offert un puissant symbole de ce que Downing Street espérait être une relation mutuellement bénéfique, alors que le Royaume-Uni cherche à conclure des accords commerciaux post-Brexit avec d’autres puissances commerciales.

Mais le comportement toujours plus erratique de Donald Trump a alimenté les doutes à Westminster à propos du jugement de la première ministre en cherchant à s’accoler si étroitement au leader américain, et à propos de sa décision de l’inviter pour une visite d’État.

Plusieurs députés s’en sont ainsi pris au président américain, multipliant les déclarations à Westminster.

Le député Naz Shah a déclaré « non seulement le commandant en chef a agi de la sorte (en retweetant les messages), mais il a défendu son geste, critiquant publiquement la première ministre pour sa réaction. Au-delà de la question de la visite d’État, cet homme devrait-il seulement avoir le droit d’entrer au pays? ».

Donald Trump a accepté l’invitation à une visite d’État protocolaire lorsque Mme May a visité la Maison-Blanche, mais aucune date n’a été établie depuis, et plusieurs ministres ont indiqué en privé ne pas s’attendre à ce qu’elle ait lieu dans un avenir proche, en lien avec la menace de grandes manifestations.


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Pieuvre.ca