Le gène le plus populaire du monde

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Le champion toutes catégories de nos gènes, selon le regard très particulier des scientifiques? TP53. Il a droit, en moyenne, à deux articles… par jour!

Il y a une bonne raison à ça: on le retrouve associé au développement d’un grand nombre de cancers. TP53 (qui signifie tumor protein p53) est un gène « suppresseur de tumeurs », ce qui signifie que son rôle est de réguler la prolifération cellulaire — et il faut se rappeler qu’une tumeur est un groupe de cellules qui se met à croître de façon incontrôlée.

Il y a trois ans, l’étudiant au doctorat en bio-informatique Peter Kerpedjiev avait fait une première compilation des « 20 gènes les plus étudiés » à partir de la base de données massive du NCBI (National Center for Biotechnology Information) qui rassemble gratuitement, les « données biologiques » d’autres bases, dont GenBank, plaque centrale des études en génétique. De concert avec une équipe de la revue Nature, Kerpedjiev a repris l’exercice ces dernières semaines. Le nouveau classement ne révèle pas de surprise (outre TP53, la deuxième place appartient aussi à un gène lié au cancer, TNF), mais élargit la perspective: sur les 20 000 gènes responsables de la production de protéines dans notre génome, à peine une centaine ont raflé plus du quart des articles scientifiques.

« C’est révélateur de la quantité de choses que nous ignorons, juste parce que nous ne nous soucions pas de faire des recherches sur eux », commente l’historienne des sciences britannique Helen Anne Curry.

Si ces classements additionnent tout ce qui s’est publié sur chaque gène depuis aussi loin qu’il est possible de remonter dans les bases de données, une analyse plus fine de ces « palmarès », décennie par décennie, peut aussi se révéler instructive : ainsi, avant 1985, une grosse fraction de la recherche en génétique (plus de 10%) se concentrait sur l’hémoglobine, cette molécule qui transporte l’oxygène dans notre sang. Le tournant des années 1990 vit un pic d’intérêt pour un nouveau venu, CD4, à cause de son rôle dans les infections au VIH — le virus responsable du sida. TP53, identifié pour la première fois en 1979, s’est hissé au sommet vers l’an 2000.

Qui sera la prochaine vedette? À moins que ne surgisse une maladie inconnue et aussi dévastatrice que l’a été le sida, il est facile de prévoir que le cancer ne cessera pas de sitôt d’attirer l’attention. Mais les dysfonctionnements du système immunitaire, de même que les maladies cardiovasculaires, rôdent pas très loin derrière, avec quelques suspects (interleukines, APOE) qui se maintiennent bon an mal an dans le « Top 10 ».


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Agence Science-Presse