Zwarte Piet: la tradition télescope violemment la contestation

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Un débat annuel survenant aux Pays-Bas à propos de la tradition de Noël consistant, de la part de Blancs, à se noircir le visage, à se rougir les lèvres et à porter des perruques pour jouer le personnage de Zwarte Piet, un compagnon de Saint Nicolas, s’est cette année transformé en rixes de rue, en vandalisme et en une condamnation pour incitation à la haine raciale.

La caractérisation de Zwarte Piet – ou Pete le Noir – divise la société néerlandaise depuis quelques années. En 2015, l’ONU s’est invitée dans la querelle pour déclarer qu’il s’agissait d’un « reliquat de l’esclavage ». Certaines grandes villes, dont Amsterdam et La Haye, ont revisité l’image de Zwarte Piet, quand elles ne se sont pas carrément débarrassées du personnage, pour éviter des accusations de racisme.

D’autres municipalités continuent toutefois de croire que la représentation du personnage est une tradition inoffensive. Dans un sondage effectué après de 272 des 388 municipalités du pays, 239 d’entre elles ont indiqué qu’elles conserveraient la tradition en 2017, écrit The Guardian.

Le visage noir est souvent expliqué comme la conséquence du fait que Zwarte Piet grimpe dans des cheminées pleines de suie pour aider Saint Nicolas à livrer les cadeaux en prévision d’un festin prévu durant la soirée du 5 décembre. Pour les opposants, le personnage fait plutôt référence à l’esclavage.

Cette différence d’opinion est devenue violente, cette année, avec l’implication de l’extrême-droite qui aurait contribué à transformer des disputes locales en actes de violence.

La fin de semaine dernière, des autobus remplis de gens opposés à la représentation traditionnelle de Zwarte Piet ont été bloqués sur l’autoroute, en chemin pour aller manifester contre un « Sinterklass arrival », soit l’endroit où Saint Nicolas arriverait en ville avec son compagnon pour marquer le début du temps des Fêtes.

Environ 35 personnes, dont plusieurs membres présumés d’organisations d’extrême-droite, ont bloqué le convoi de 120 manifestants sur l’autoroute alors que ces derniers étaient en chemin pour une manifestation légale à Dokklum, dans le nord du pays.

Le ministre néerlandais de l’Intérieur, Raymond Knops, a réagi en demandant aux manifestants pro-Zwarte Piet de respecter la loi. « Je comprends que les émotions sur cette question soient vives, mais je ne peux pas accepter que des gens bloquent la circulation sur une autoroute », a-t-il dit. « Tout le monde doit respecter la loi, y compris ces gens. »

Lors d’un autre incident survenu cette semaine, 10 membres d’un « groupe d’action pour la préservation de Zwarte Piet », vêtus du costume controversé, ont envahi une école primaire tout juste avant la fin des classes et ont distribué des dépliants et des autocollants. L’école entend déposer des accusations d’entrée illégale contre les intrus. L’endroit célèbre le festival Sinterklass sans Zwarte Piet depuis 2015.

Lundi, un homme de 31 ans a été condamné à 40 heures de travaux communautaires, dont la moitié a été suspendue, pour incitation à la haine raciale sur internet. L’homme a déclaré sur les médias sociaux que les manifestants présents lors d’un défilé tenu en 2015 devraient être « mis au travail comme des esclaves ».

Il y a deux ans, le gouvernement néerlandais a indiqué qu’il lancerait une réflexion sur le controversé personnage après qu’un rapport du Comité onusien sur l’élimination de la discrimination raciale eut affirmé que « le personnage de Pete le Noir était parfois représenté d’une façon qui reflète des stéréotypes négatifs à propos des gens d’origine africaine et est vécu par plusieurs personnes d’une telle origine comme un reliquat de l’esclavage ». Le comité a pressé les Pays-Bas de « promouvoir activement l’élimination » des stéréotypes raciaux.


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