Vic and Flo saw a bear: détresse et tendresses au fond des bois

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Le film prisé du réalisateur québécois Denis Côté, Vic et Flo ont vu un ours (couronné par un Ours d’argent au Festival de Berlin en 2013) renaît ce mois-ci au théâtre Centaur dans une traduction/adaptation/mise en scène de Michael Mackenzie. Quand le cinéma s’invite au théâtre, on a droit à de belles et moins belles surprises.

Après de longues années en prison, la sexagénaire Victoria s’installe dans une cabane à sucre retirée en forêt. Surveillée par un agent de libération conditionnelle empathique, elle tente d’apprivoiser sa nouvelle liberté en compagnie de Florence, avec qui elle a partagé des années d’intimité. Ensemble, elles tenteront de se refaire une vie aux abords d’une société qui les rebute. Mais des fantômes du passé pourraient mettre en péril leurs retrouvailles. Le monde duquel Vic et Flo tentent de s’extirper finira par les rattraper. Tout peut arriver dans une forêt…

La proposition de Michael Mackenzie, Vic and Flo saw a bear, est très habile. On aime particulièrement la scénographie sobre et les techniques astucieuses employées (pas arrangées du tout avec le « gars des vues »), notamment un simple drap qui situe parfaitement la chambre ou qui cache les ébats des amantes, ou des projections sur grand écran qui installent les personnages tantôt dans un bar, un jardin, un sous-bois, etc. On aime un peu moins les noirs meublés de musique grinçante, imposés pour marquer les changements de scènes. Le procédé redondant et peu original finit par agresser. Cela dit, le passage de l’écran à la scène de cette histoire cruelle peuplée de monstres et d’amoureuses en péril est somme toute réussi.

On s’attache aux anti-héroïnes aux ambitions et tempéraments divergents. De ce point de vue, la pièce est assez bien servie par les deux actrices principales. Si Julie Tamiko Manning donne corps à une Vic touchante et nuancée, Nathalie Liconti (Flo) est moins convaincante et manque d’aplomb. Certains échanges entre les deux femmes abîmées par la vie sonnent faux. L’une est ténébreuse, méfiante et sur le qui-vive alors que l’autre, aux antipodes de son aînée, apporte une énergie fêlée parfois discordante. On ne sent malheureusement pas le courant passer entre les deux comédiennes. Pas de chimie. Enfin, le jeu d’Alexandre Lavigne (l’agent Daniel) est juste, alors que celui de Leslie Baker (en machiavélique Jackie) est difficile à supporter. Chacune de ses interventions ternit le lustre de ses acolytes de scène. Franchement, un « ours » dans un jeu de quilles détonnerait moins. Pénible.

Mais cela ne fait pas de Vic and Flo saw a bear un rendez-vous raté, au contraire. On en revient. Ce thriller intimiste, original et sylvestre laisse une forte impression et recèle de sublimes parts d’ombres et de lumières à découvrir.

La pièce est présentée au théâtre Centaur jusqu’à 2 décembre.


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