Three Billboards Outside Ebbing, Missouri: au-delà de l’horizon et des apparences

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Drôle, touchant, actuel, assurément cinglé quoiqu’assez réaliste sur bien des points, cette nouvelle proposition de Martin McDonagh est certainement sa plus aboutie et ne manque pas de réitérer l’excellence des nombreux comédiens d’exception qui font l’honneur de garnir sa distribution, l’inimitable Frances McDormand en premier.

L’anglais Martin McDonagh ne cache pas son appréciation des frères Coen, que ce soit dans la folie, l’humour, la violence ou le côté anecdotique de l’absurdité de la vie même. Bien sûr, comme une grande majorité de ses contemporains, les influences à la Tarantino sont également indéniables. Toutefois, en allant chercher l’une des femmes des deux frères nommés précédemment, grande tête d’affiche du film culte Fargo, jamais un de ses longs-métrages n’aura autant crié son appartenance à l’univers des Coen, en plus de justifier plus que jamais son utilisation du compositeur si singulier et reconnaissable qu’est Carter Burwell, également fidèle collaborateur des deux mêmes frères que tout à l’heure.

Three Billboards Outside Ebbin, Missouri n’est donc pas tant une histoire de vengeance qu’une provocation (rarement gratuite), gardant en réserve un film impliquant un désir de vérité et de rédemption qu’on lui souhaite grandement. Propulsé par la personnalité explosive de Mildred, interprétée avec verve par McDormand, on suit ses désirs et ses remords face au viol et au meurtre irrésolu de sa fille.

Tout débutera par l’achat de trois panneaux publicitaires à la sortie de la ville sur une rue peu passante; s’enchaîneront ensuite des événements tellement absurdes qu’on ne pourrait même pas envisager ou même imaginer si on le voulait. Multipliant les passages loufoques grâce à une réalisation pleine de panache, on passe au tordeur plusieurs des peurs les plus terrifiantes de l’Amérique actuelle, allant du racisme à l’homophobie jusqu’à la misogynie.

Et si le récit pouvait être assez simple en se rendant du point A au point B et mener à une enquête tout ce qu’il y a de plus ordinaire, il s’entête plutôt à complexifier ses allées et ses venues pour mieux épouser les difficultés de la réalité. Ainsi, rien n’est tout noir ou tout blanc et rien n’est facile à atteindre, à comprendre ou même encore à expliquer. Et quand les circonstances changent, alors là décidément plus rien n’est prévisible.

Pire, les apparences sont pratiquement toujours trompeuses et chaque relation ou même chaque interaction cache quelque chose qui n’a souvent rien à voir. On rit donc très noire et jaune même, mais on a un plaisir fou à voir déambuler une distribution de grand prestige qui compte notamment, et attachez-vous bien, Sam Rockwell, Abbie Cornish et Woody Harrelson (qu’on avait vu dans son Seven Psychopaths précédent), Kerry Condon, Caleb Landry Jones, Lucas Hedge, Zeljko Ivanek, John Hawkes, Clark Peters, Sandy Martin et même Peter Dinklage. Il faut aussi mentionner au passage l’hilarante participation de Kathryn Newton avec plusieurs des répliques les plus truculentes de tout le film.

Et toute cette bande dans des rôles tour à tour plus gros ou plus petit, trouve le moyen de briller et de surprendre l’auditoire puisque McDonagh aime certainement déjouer les attentes et amener le film là où on ne l’attend pas nécessairement, s’amusant à construire et déconstruire pas mal tout, techniquement et narrativement, usant du présent pour mieux refléter le passer dans ses justesses, ses maladresses et ses erreurs. Le travail de composition de Sam Rockwell est par ailleurs grandement admirable, poussant constamment le spectateur à changer son fusil d’épaule quant à l’appréciation ou le dégoût qu’on peut ressentir face à son énigmatique personnage des plus complexes.

Toutefois, au-delà de son évidente et habituelle étude de caractère, – lui qui aime tant se questionner sur les difficultés de vivre, en donnant dans le plus politique et le plus controversé – le cinéaste ne s’empêche pas à nouveau de tomber dans plusieurs élans plus mélodramatiques (son délicieux In Bruges tombaient dans les mêmes méandres au fur et à mesure que le casse-tête s’approchait de sa résolution) qui ne cadrent pas toujours avec le reste de l’ensemble, s’avérant assurément trop sincères et poignants, distribution de haut talent oblige, pour véritablement cadrer dans le film majoritairement très éclaté qu’on nous offre du début jusqu’à sa fin.

Néanmoins, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri est une amusante proposition qui ne manque pas de faire réfléchir sur des sujets très forts. Bien qu’imparfaite, on salue l’œuvre pour son grand savoir-faire et sa maîtrise évidente à plus d’un niveau et à plus d’un moment. Si le rythme perd un peu de son efficacité au fur et à mesure qu’on semble tourner en rond face à un monde sans véritable justice ni même de véritable solution (la mort est-elle vraiment une fin?), on ne cachera pas son admiration pour tout le reste qui permettra à son film de judicieusement briller, tout comme de faire honneur à ses artistes et artisans.

7/10

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri prend l’affiche en salles ce mercredi 22 novembre.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l’Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d’une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer.

En fait, s’il n’avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l’art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l’unanimité.

Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et…