Coco: l’art de bien faire

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L’enchantement est à son comble, puisque Pixar nous revient avec une œuvre qui chavirera petits et grands dans une véritable merveille de justesse, de magie et de folie, judicieusement encadrée d’un hymne à la vie aussi senti que nécessaire. Bref, la totale ou presque, encore une fois.

Vous vous souvenez de cette époque où Pixar était gage de qualité et que la majorité de leurs propositions frôlaient le chef-d’œuvre assuré? Disons que si l’originalité n’est plus à l’avenant, l’efficacité est une fois de plus intimidante et mérite bien plus qu’une simple admiration. Il faut le dire, depuis plusieurs années, Pixar nous a fait peur à de nombreuses reprises et c’est le cas de le dire avec le récent Cars 3 qui donnait l’impression de nous poser à se questionner si ces films d’animation s’adressaient encore bel et bien à nous.

Comme quoi, mis à part l’inclassable Inside Out, le dernier véritable coup de cœur de la compagnie remonte définitivement à loin. Néanmoins, histoire de remettre le fade The Book of Life à sa place, disons que ce petit bijou de Coco est là pour offrir un hommage très senti à la culture mexicaine qui ressemble à tout sauf à l’appropriation d’une culture, probablement la plus grande crainte qu’on avait à l’annonce d’un tel film.

De fait, il s’agit ici de la production la plus longue de la compagnie avec plus de six années à travailler ardemment sur le projet. De plus, une grande majorité des concepteurs ont multiplié leurs visites au Mexique pour bien prendre le pouls de la réalité et de la culture de l’endroit pour le rendre avec le plus de justesse et de sincérité et cela, disons que ça se fait sentir grandement.

Mieux, on a respectueusement délaissé les grosses célébrités, à l’exception peut-être de Gael Garcia Bernal, pour honorer une distribution vocale mexicaine ou originaire du Mexique ou des environs pour donner de la couleur non seulement au visuel, resplendissant, de la production, mais aussi aux dialogues, vivement animés principalement par le jeune Anthony Gonzalez, démontrant une fougue et une aisance vocale évidente. Même Michael Giacchino, compositeur désormais habitué chez Disney, d’ailleurs récipiendaire d’un Oscar pour son travail sur Up, s’est amusé tout en respectant son inimitable style pour donner une sonorité foncièrement mexicaine à sa trame sonore en plus de travailler en étroite collaboration avec des musiciens mexicains.

Cette part de sagesse et d’assurance est probablement l’une des raisons pourquoi ce projet s’est aussi bien épanoui puisque ceux qui y ont collaboré ne sont rien de moins que des vétérans. Son réalisateur Lee Unkrich a surpris tout le monde avec le formidable Toy Story 3 en plus d’avoir travaillé sur de nombreuses autres productions comme Monsters, Inc., et son coréalisateur Adrian Molina, en plus d’être de descendance mexicaine, est avec Pixar depuis plus d’une décennie. Même chose pour Jason Katz qui a collaboré au scénario, lui qui est de la bande depuis le premier Toy Story! Seul Matthew Aldrich, des quatre têtes ayant aidé au scénario, est un novice dans l’univers animé.

Ce qui est également bien et admirable avec Coco c’est qu’il prouve que la surprise n’est pas nécessairement la plus importante lorsqu’il est question de satisfaire, alors que son histoire et ses revirements s’avèrent aisément prévisibles pour quiconque a vu assez de films dans sa vie. Ses inspirations nombreuses vont dans tous les sens que ce soit chez Pixar avec Ratatouille, ou Disney avec Mulan et même The Princess and the Frog, ou même Wreck-It Ralph plus récemment, alors qu’on ne peut pas cacher qu’il manipule volontairement son spectateur vers la tendresse et même les larmes qu’il soutire avec une aisance envieuse.

Pourtant, en revigorant les nombreux thèmes de la quête des origines, du sens de la famille, de la poursuite de sa passion et ses ambitions, Coco redonne beaucoup de noblesse au road movie pour le redorer d’une adorable dose de fantaisie qui a des allures assurément fantasques. Cela permet également de titiller les références, les clins d’œil, les idées ingénieuses, les personnages amusants et les blagues, souvent hilarantes, qui apparaissent à la tonne et sous différentes formes, allant du slapstick de convenance avec un chien qui vole la vedette, jusqu’à des moments carrément absurdes n’impliquant nul autre que Frida Kahlo.

Et que dire de la qualité de l’animation qui repousse à nouveau les limites du possible en montrant une expertise indescriptible pour la précision des textures et des couleurs, principalement dans la représentation de la peau ou du vieillissement des humains, ce qui avait été jusqu’à présent toujours un peu la faiblesse des films de Pixar, visuellement parlant, n’en déplaise au protagoniste de Up.

Ainsi, on utilise le jeune Miguel comme avatar et on retrouve notre cœur d’enfant pour suivre avec facilité sa quête qui laisse débouler les 109 minutes du film sans qu’elles ne paraissent. Bercés par la poésie, la sagesse et ce sentiment inné de la liberté, on fait fi des détours plus manichéens et on se laisse complètement transporter dans cet univers, très proche du nôtre, qui éblouit à chaque tournant.

Qu’importe si les émotions sont calculées depuis les premières secondes, qu’importe si le jeune comédien est loin d’être le meilleur chanteur, tout ou presque dans ce magnifique Coco fonctionne avec une fluidité qui ne demande qu’à être savourée de sa première à sa dernière seconde, le cœur rempli et le sourire étampé sur nos visages ébahis.

Il ne faut pas se méprendre; Coco est une splendeur qui est pratiquement assurée de viser sa cible avec justesse et de plaire en grande totalité. Son charme et sa sincérité sont au mieux et ne demandent qu’à être aimés, ne serait-ce qu’une tendresse à la fois. Face à une telle proposition, on ne peut que céder, surtout quand ce désir de bien faire les choses est, sans mâcher ses mots, aussi bien respecté.

8/10

Coco prend l’affiche en salles ce mercredi 22 novembre. Un court-métrage d’une vingtaine de minutes dérivé du méga succès Frozen devrait précéder les projections.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l’Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d’une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer.

En fait, s’il n’avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l’art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l’unanimité.

Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et…