Facebook demande des photos nues pour combattre la « revenge porn »

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Facebook demande à ses utilisateurs d’envoyer leurs photos osées à l’entreprise dans le cadre de démarches pour combattre la revenge porn, et ainsi donner une certaine marge de manoeuvre aux victimes de type d’abus où un individu publie habituellement des photos nues ou osées d’une personne pour l’humilier.

Les personnes ayant partagé ce genre de photos avec des partenaires et qui craignent que ceux-ci, ou les ex-partenaires les distribuent sans leur consentement peuvent utiliser l’application de clavardage Messenger pour envoyer des images afin que celles-ci soient encodées. L’entreprise convertira alors ces photos en une empreinte digitale numérique unique qui pourra être employée pour identifier et bloquer toute tentative visant à republier cette même image.

Le réseau social supervise un test de cette méthode en Australie, en partenariat avec une agence gouvernementale dirigée par la commissaire à la sécurité numérique, Julia Inman Grant, qui a confié à la chaîne ABC que le projet en question permettrait aux victimes d’abus liés à l’image d’agir avant que les photos ne soient publiées sur Facebook, Instagram ou Messenger, écrit The Guardian.

« Nous avons vu bien des scénarios où des photos ou des vidéos étaient prises de façon consensuelle à un moment, mais qu’il n’y avait pas de consentement pour diffuser ces fichiers plus largement », a confié la commissaire au diffuseur australien.

 

Pour sa part, Carrie Goldberg, une avocate de New York qui se spécialise dans la protection de la vie sexuelle, a dit être « enchantée que Facebook aide à résoudre ce problème – un problème auquel font face non seulement les victimes de revenge porn, mais également les gens qui craignent d’en devenir les victimes ».

« Avec ses milliards d’utilisateurs, Facebook est un endroit où plusieurs agresseurs sévissent parce qu’ils peuvent maximiser l’impact en diffusant la pornographie non consentie aux proches des victimes. L’impact en est alors décuplé. »

Dans le cadre du projet pilote australien, les utilisateurs doivent d’abord remplir un questionnaire sur le site web de la commissaire à la protection numérique pour y détailler leurs craintes. On leur demandera ensuite d’envoyer les photos qu’ils craignent de voir diffusées à eux-mêmes via l’application Messenger, tandis que le commissariat avertira Facebook de cette soumission. Une fois Facebook mis au courant, un analyste des activités de la communauté accédera à l’image et l’encodera pour éviter quelle soit mise en ligne ou partagée de nouveau à l’avenir.

Facebook stockera les photos pour une courte période de temps avant de les effacer pour s’assurer d’appliquer correctement sa politique, a indiqué l’entreprise.

Enviuron 4% des internautes américains ont été victimes de revenge porn, selon un rapport publié en 2016 par le Data & Society Institute. Cette proportion grimpe à 10% lorsqu’il est question des femmes âgées de moins de 30 ans.

Cette démarche s’appuie sur des outils dont dispose déjà Facebook pour contrer la revenge porn. En avril, le site de réseautage social a publié des outils permettant de signaler des photos intimes publiées sans le consentement des individus à des « représentants spécialement formés » travaillant pour l’équipe d’activités de la communauté qui « évaluent l’image et la font disparaître si elle viole les normes de la communauté Facebook ». Une fois qu’une photo a été retirée, une technologie d’imagerie est employée pour s’assurer qu’elle ne soit plus mise en ligne.

Facebook et d’autres entreprises technologiques emploient ce genre de méthode de jumelage où les photos sont « encodées » pour s’attaquer à d’autres genres de gestes criminels ou interdits, comme la pornographie juvénile et les photos à caractère extrémiste.

La technologie a d’abord été mise au point par Microsoft en 2009, en collaboration avec le National Center for Missing and Exploited Children, pour s’attaquer à la diffusion de pornographie juvénile. Il existait déjà des méthodes pour retrouver des doublons des fichiers, mais les agresseurs pouvaient contourner cette protection en altérant légèrement les images.

Les développements technologiques rendent maintenant impossibles ces petits changements. Facebook, Twitter et Google emploient par ailleurs la même base de données pour identifier et retirer les images illégales.

Pour Hany Farid, un professeur d’informatique de l’Université Dartmouth qui a aidé à mettre au point le nouveau logiciel appelé PhotoDNA, le projet pilote de Facebook est une « excellente idée ».

« La mise en application de cette technologie n’empêchera pas quelqu’un de partager des images à l’extérieur de l’écosystème de Facebook, alors nous encourageons toutes les plateformes numériques à participer à ce programme, comme nous le faisons avec PhotoDNA », a-t-il déclaré.

Une porte-parole de Facebook a de son côté fait savoir que l’entreprise envisageait de faire affaire avec des partenaires et pays supplémentaires.

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Pieuvre.ca