Célébrons Les Muses

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Le centre des arts de la scène Les Muses, une école qui offre une formation professionnelle en arts scéniques à des artistes vivant dans une situation de handicap, célèbre son vingtième anniversaire. Pour l’occasion, le spectacle Fête, petites écorchures et effets presque spéciaux était présenté les 24 et 25 octobre à la prestigieuse Cinquième Salle de la Place des Arts.

Avec des numéros dont la durée varie d’environ une à dix minutes, Fête, petites écorchures et effets presque spéciaux intègre théâtre, danse, musique, ballons, projection vidéo, chant et clown. Ce spectacle festif est créé grâce au travail de plus d’une vingtaine d’artistes. L’équipe de création est exclusivement constituée de femmes, signant chacune la chorégraphie ou la mise en scène d’un des treize numéros présentés dans le spectacle. Si la plupart des interprètes et créatrices sont directement en lien avec l’école Les Muses à titre d’élèves ou d’enseignants, on remarque aussi quelques importants ambassadeurs des arts vivants québécois ne faisant pas partie de l’équipe des Muses. L’ensemble du spectacle Fête, petites écorchures et effets presque spéciaux met en valeur la célébration des différentes sensibilités et la beauté qui peut émerger de la faille, sans pour autant relier les différents numéros par une thématique commune.

Témoignant d’une démarche inclusive, le spectacle permet à chaque artiste de rayonner par la singularité de son expressivité. Les interprètes jouent d’ailleurs souvent leur propre rôle, avec une prise de parole sincère et éloquente. On est ravi d’assister à l’émancipation de Francis Ducharme et Geneviève Morin-Dupont qui, avec une mise en scène d’Angela Konrad, ont l’opportunité de jouer un rôle qu’ils ont toujours voulu jouer sur scène. Chaque instant, chaque geste et chaque mot étant pleinement vécu et savouré, leur plaisir de jouer nous est transmis dans une grande pureté. Cet anniversaire de l’école Les Muses nous amène d’abord à célébrer la passion de ses élèves.

Puis, un duo dansé par les charismatiques interprètes Anthony Dolbec et Simon-Xavier Lefebvre émeut particulièrement les spectateurs. Chorégraphié par Virginie Brunelle, il oscille entre tension, douceur et déchirement, laissant voir une relation d’interdépendance complexe dont on devine, par ses déséquilibres, les écorchures passées.

Le numéro Orange Julep – Utopie #1, écrit et mis en scène par Amélie Dumoulin, est un autre coup de cœur de la soirée. Le public devient complice du personnage interprété par Marc Barakat qui dévoile, détecteur de métal en main, les prochaines étapes de son plan : trouver un trésor, devenir riche, acheter l’Orange Julep et déménager dans l’orange. Si le public est amusé par la simplicité du plan, le comédien est si convaincu qu’il nous donne envie de concevoir à notre tour un plan utopique, farfelu et ambitieux.

Le numéro final laisse le public sur une note festive et onirique avec Roxane Charest-Landry, Geneviève Dupont-Morin et Sébastien Provencher qui s’appellent et tentent d’entrer en contact avec l’autre, dans un monde poétique où dauphins et licornes dansent main dans la main.

On en sort touché par la justesse de ces artistes aux sensibilités uniques. On est heureux de célébrer les vingt ans d’existence de cette institution qui utilise l’art comme outil de transformation sociale, permettant à des artistes atypiques de suivre une formation professionnelle, de faire entendre ces voix qu’on n’entend que rarement.

Fête, petites écorchures et effets presque spéciaux présentait le travail de sept metteuses en scène (Claudine Robillard, Menka Nagrani, Amélie Dumoulin, Kim Perreault, Angela Konrad, Marie-Anik Deschamps et Hélène Élise Blais), deux chorégraphes (Virginie Brunelle et Maïgwenn Desbois) et une vingtaine d’interprètes (Marc Barakat, Roxane Charest-Landry, Philippe David, Guido Del Frabbro, Edon Descollines, Anthony Dolbec, Francis Ducharme, Jean-François Hupé, Benoit Landry, Simon-Xavier Lefebvre, Alexia Léger-Moran, Gabrielle Marion-Rivard, Geneviève Morin-Dupont, Navet Confit, Michael Nimbley, Sébastien Provencher, Emmanuel Prud’homme, Dominique Quesnel, Olivier Rousseau et Anne Tremblay).


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À propos du journaliste

Chloé Ouellet-Payeur

Rédactrice de la section Culturel de Pieuvre.ca, Chloé Ouellet-Payeur se passionne pour le spectacle vivant. Ancienne gymnaste de compétition, son intérêt pour le potentiel expressif du corps athlétique l’amène à faire carrière en danse contemporaine. Bachelière de l’Université du Québec à Montréal, elle est également diplômée du programme de formation professionnelle en interprétation de l’École de danse contemporaine de Montréal. Pratiquant son art professionnellement en tant qu’interprète, chorégraphe et enseignante, elle collabore régulièrement avec des artistes issus d’autres disciplines telles que le cirque et le théâtre. Elle s’intéresse particulièrement à l’expérience du spectateur du spectacle vivant contemporain, dont les codes sont en constante redéfinition. Elle se donne la mission de démystifier la danse contemporaine, cet art vibrant et éphémère souvent perçu comme étrange ou inaccessible, puisqu’il essaie plus souvent d’être vrai que d’être joli.