Tintin est-elle une femme? Un philosophe dénonce l’intérêt porté à cette « fausse nouvelle »

0

Un philosophe français, qui a fait les manchettes à l’échelle mondiale la semaine dernière après avoir écrit qu’il croyait que le jeune détective Tintin était en fait une femme, a dit qu’il s’agissait d’un exercice de réflexion et que les médias se sont emparés de l’affaire malgré le fait qu’ils ont appris qu’il s’agissait d’une « fausse nouvelle ».

« Pour son créateur, Tintin a toujours été une jeune femme. Une femme rousse androgyne aux yeux bleus, probablement asexuée », a ainsi écrit Vincent Cespedes sur Facebook, la semaine dernière. « Hergé rirait sans doute d’apprendre que, 30 ans après sa mort et 80 ans après la première apparition de Tintin au Pays des Soviets, la planète entière croit toujours que son tomboy – l’expression employée par le dessinateur devant quelques amis qui étaient au fait du gag – est vraiment un garçon. »

Dans son message, M. Cespedes cite plusieurs arguments venant soutenir son argument, y compris le fait que Tintin est le seul à porter un kilt en Écosse dans L’Île noire, et le fait qu’il fait déguiser un groupe de soldats en femmes dans Tintin et les Picaros. Le détective, selon M. Cespedes, a des traits qui seraient considérés comme étant typiquement féminins: dans Le Crabe aux pinces d’or, où Tintin rencontre un capitaine Haddock aviné, il – ou elle – déclare: « Vous devez m’aider. Et vous devez d’abord me promettre d’arrêter de boire. Pensez à votre dignité, capitaine. Que dirait votre vieille mère si elle vous voyait dans cet été? » Cette « tendresse et les pleurs – telle est la définition de la féminité pour Hergé », écrit le philosophe, qui évoque aussi la « générosité et le côté tendre » du personnage.

Malgré son intention voulant que son essai soit un commentaire sur l’interprétation de l’art, et avoir ajouté une image indiquant « Fake news » (« fausse nouvelle »), son « statut » Facebook a été largement repris. Interrogé par la branche québécoise du HuffPost, M. Cespedes a indiqué que sa déclaration ne devait servir qu’à lancer une conversation philosophique, mais le média web a malgré tout publié un article. L’affaire a également été récupérée par les médias britanniques, y compris le Times et The Independent. « Ils préfèrent diffuser le tout, comme s’ils voulaient dire « ce philosophe est fou, que se passe-t-il? », et ne mentionnent pas l’aspect « fausse nouvelle » », a confié M. Cespedes au Guardian.

« Ce que j’ai appris, c’est que les vrais médias ont besoin de fausses nouvelles pour croître. Les médias ont besoin de fausses nouvelles. Dans cette ère de post-vérité, les journalistes ont besoin de faux journalisme pour prendre de l’expansion dans ce nouveau monde que j’appelle cybermodernité… Tout cela est pluriel. Vous ne savez pas si c’est vrai ou faux – c’est au milieu », dit-il.

Selon lui, quelques jours seulement après la publication de son statut, il s’était entretenu avec des journalistes de partout, de l’Inde à l’Irlande, dit-il. « Les journalistes veulent ma théorie parce que cela permet de diffuser leurs nouvelles partout dans le monde, en France, en Belgique, etc. C’est très intéressant de comprendre le jeu joué par les médias, maintenant, dans la cybermodernité. Ils jouent un jeu très, très dangereux. »

Tout en disant que son essai n’était pas conçu comme une blague ou un canular, mais plutôt sous la forme d’une « porte ouverte, pour repenser Tintin selon un autre point de vue », M. Cespedes croit que l’idée peut encore être débattue. « Tintin n’est pas une vraie personne, Tintin est de la littérature, de l’art… Si chaque enfant de cette génération lit Tintin en pensant que c’est une fille, dans une génération, Tintin sera une fille », dit-il. « C’est de la littérature, cela s’appuie sur l’interprétation. »

Peu importe les intentions de M. Cespedes, il pourrait bien avoir mis la main sur quelque chose, soutient Benoît Peeters, un expert sur Tintin et professeur invité de l’Université de Lancaster en fiction graphique et art dessiné. Si Hergé n’a « certainement » pas consciemment voulu faire de Tintin un personnage au genre neutre, M. Peeters croit qu’il y a « quelque chose de neutre » à propos du jeune journaliste.

« Il était si jeune lorsqu’il a créé Tintin – en quelques heures. À l’époque, il était inspiré par Paul, son jeune frère », dit M. Peeters. « Officiellement, Tintin est un jeune garçon de 17 ans. Mais je crois qu’il y a quelque chose de neutre dans le personnage. Et c’est pourquoi les filles peuvent lire les livres avec le même plaisir que les garçons. »

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca