Bernie Sanders veut une assurance maladie pour tous… sans en préciser les coûts

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Les Américains obtiendraient le paiement de leurs frais médicaux simplement en présentant une nouvelle carte émise par le gouvernement, et n’auraient plus à payer certaines sommes de leur poche, selon un projet de loi présenté mercredi par le sénateur Bernie Sanders, projet de loi qui transformerait du tout au tout le système de santé des États-Unis.

Mais, comme l’écrit l’Associated Press, la description de la mesure présentée par le politicien indépendant du Vermont ne comprend pas de détails sur le coût de cette transformation et la façon dont sera réglée la facture.

M. Sanders a publié son projet de loi la même journée où les sénateurs républicains dévoilaient les détails d’un ultime effort visant à annuler et remplacer la loi sur la santé du président Barack Obama.

Dans une entrevue, M. Sanders a indiqué mardi que sa mesure serait probablement payée de « façon progressive ». Des adjoints ont précisé qu’elle serait sans doute financée par des sommes versées au gouvernement, sommes qui seraient ajustées en fonction du revenu. Les plus pauvres n’auraient rien à débourser, tandis que les plus riches et les entreprises paieraient le plein prix.

Cette mesure n’a aucune chance d’aboutir sous la présidence de Donald Trump, et pendant que les républicains contrôlent les deux chambres du Congrès. Elle représente toutefois une poussée vers l’assurance santé universelle qui n’était pas comprise dans l’Obamacare adoptée en 2010, et qui tient au coeur de la base militante du Parti démocrate.

« Je crois que dans une démocratie, nous devrions accomplir ce que souhaite le peuple américain », a lancé M. Sanders, invoquant des sondages révélant la popularité croissante du concept d’assurance santé universelle.

Le sénateur a publié son projet de loi quelques heures après que le Bureau du recensement eut indiqué que la proportion d’Américains sans assurance avait chuté à 8,8% l’an dernier, soit le plus faible taux jusqu’à maintenant.

M. Sanders a baptisé son projet de loi Medicare for All, et celui-ci ferait donc en sorte que le programme d’assurance santé destiné aux personnes âgées s’applique à tous les Américains. La transformation se déroulerait sur une période de quatre ans, et les citoyens et les entreprises n’auraient plus à verser de primes aux assureurs.

Cette même mesure simplifierait l’assurance santé pour bien des gens et des entreprises, en plus d’en réduire les coûts. Cela permettrait également d’offrir une couverture aux 28 millions d’Américains toujours sans protection médicale malgré l’Obamacare.

Malgré tout, certains démocrates craignent que M. Sanders ne les place devant un choix sans issue positive.

En n’appuyant pas ce plan, les démocrates risquent de se mettre à dos les électeurs et donateurs progressistes du parti. En l’appuyant, ils seront accusés par les républicains d’endosser une lourde augmentation des impôts et un vaste développement du programme de santé gouvernemental, en plus de faire disparaître la couverture médicale offerte par les entreprises, qui jouit d’une solide popularité.

En date de mardi soir, au moins 12 autres sénateurs démocrates avaient adhéré à la vision de M. Sanders, y compris quatre candidats potentiels à l’investiture pour 2020 (outre M. Sanders lui-même): Kamala Harris, de Californie; Elizabeth Warren, du Massachusetts; Kirsten Gillibrand, de l’État de New York, et Coory Booker, du New Jersey.

Pour protéger leurs arrières, plusieurs démocrates ont eux-mêmes déposé leurs propres projets de loi qui développent la couverture médicale, sans aller aussi loin que M. Sanders. Plusieurs démocrates devant affronter les électeurs l’an prochain dans des États penchant en faveur des républicains affirment vouloir se concentrer sur le renforcement d’Obamacare.

« Nous accueillons favorablement la stratégie des démocrates consistant à se positionner encore plus à gauche », a déclaré Katie Martin, la porte-parole de l’organisation de campagne des républicains au Sénat.

Sept semaines après que la tentative du Parti républicain (GOP) visant à renverser Obamacare eut échoué au Sénat, deux sénateurs républicains, Lindsay Graham et Bill Cassidy, ont dévoilé les détails d’un nouvel essai.

Voilà des semaines qu’ils tentent d’obtenir les appuis suffisants pour cette énième version d’un projet de loi. Celle-ci restreindrait et transformerait Medicaid, transférerait directement aux États l’argent dépensé par Obamacare, et ferait disparaître les pénalités imposées aux gens qui n’achètent pas de couverture médicale.

Le numéro 3 des républicains au Sénat, John Tune, estime que MM. Graham et Cassidy auront besoin d’un « miracle » pour faire adopter cette nouvelle version du projet de loi.

À l’image de la tentative ratée de juillet, cette tentative n’obtiendra aucun appui de la part des démocrates. Cela signifie que le chef de la majorité au Sénat, le républicain Mitch McConnell, aura besoin des voix de 50 des 52 sénateurs républicains, une marge impossible à atteindre en juillet, et qu’il peine à obtenir en ce moment.

Les sénateurs républicain Lamar Alexander et démocrate Patty Murray espèrent parvenir à un accord pour poursuivre le financement des assureurs, un processus auquel voulait mettre fin le président. Ce financement serait prolongé d’au moins un an. Les républicains continuent par ailleurs de vouloir alléger les contraintes de l’Obamacare en matière de couverture médicale, ce à quoi s’opposent les démocrates.

M. Alexander a indiqué mardi que les républicains voulaient une « véritable flexibilité au niveau des États » pour laisser les assureurs offrir « une vaste gamme de règles en matières de bénéfices et de paiements ».

Mme Murray, pour sa part, dit craindre que le GOP ne veuille « augmenter les coûts directement assumés par les patients et les familes », ce à quoi s’oppose son parti.

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Pieuvre.ca