Aucun apaisement en vue dans la crise avec la Corée du Nord

0

L’escalade verbale entre les États-Unis et la Corée du Nord est encore montée d’un cran jeudi, Pyongyang disant que seule la force pouvait fonctionner avec un président américain « dépourvu de raison » et dont les propos ne sont qu' »un tas d’inepties ». 

Le régime nord-coréen a précisé en outre le calendrier de son projet de tir de missile dans le Pacifique vers l’île de Guam, rattachée au États-Unis.

Le ton entre les États-Unis et la Corée du Nord n’a fait que monter ces dernières heures, Donald Trump promettant « le feu et la fureur » en cas de nouvelles menaces de la part de Pyongyang et vantant la puissance de l’arsenal nucléaire américain.

Réagissant à ces propos de Donald Trump, KCNA n’y voit « qu’un tas d’inepties » et estime qu' »un dialogue raisonnable n’est pas possible avec une telle personne dépourvue de raison, et seule la force absolue peut fonctionner avec elle. »

La Corée du Nord a annoncé en outre jeudi l’élaboration d’ici mi-août d’un plan de « tir simultané » de quatre missiles de portée intermédiaire à 30 à 40 km de l’île de Guam.

Le projet sera soumis au dirigeant nord-coréen Kim Jong-un qui décidera de son exécution, a précisé l’agence de presse officielle KCNA, citant le général Kim Rak Gyom, commandant des forces stratégiques de l’Armée populaire de Corée (APC).

Située à 3400 km environ au sud-est de Pyongyang, l’île de Guam, dans l’archipel des Mariannes, compte près de 163 000 habitants et abrite une base de la marine américaine dotée d’un escadron de sous-marins ainsi qu’une base aérienne.

« Les fusées Hwasong-12 lancées par l’APC traverseront le ciel au-dessus des préfectures japonaises de Shimane, d’Hiroshima et de Koichi », selon le général nord-coréen. « Elles voleront 3356,7 km pendant 1065 secondes et toucheront les eaux à 30 à 40 km de Guam. »

Préavis

L’armée sud-coréenne a dénoncé ces déclarations du Nord sur Guam et s’est dite prête à intervenir immédiatement en cas de nouvelle provocation. Aucune activité militaire inhabituelle n’a été observée en Corée du Nord, a-t-elle ajouté.

Le Japon, pour sa part, pourrait légalement intercepter un missile lancé vers Guam en vertu de l’alliance américano-japonaise, a déclaré jeudi le ministre japonais de la Défense, jItsunori Onodera, cité par l’agence Kyodo. Les experts doutent cependant de la capacité des Forces d’autodéfense japonaises à abattre un missile survolant le territoire japonais.

Si la Corée du Nord menace régulièrement de détruire les États-Unis, la quantité de précisions fournies dans ce dernier rapport en date est inhabituelle.

Pour Masao Okonogi, professeur émérite spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Keio, au Japon, l’annonce ressemble plus à un avertissement qu’à une menace. « Je pense que c’est un message pour dire qu’ils prévoient de bouger les tests de missiles de la mer du Japon vers des zones autour de Guam », plus au sud dans la mer des Philippines, a-t-il dit à Reuters. « En fournissant un préavis, ils envoient également le message tacite que ce qu’ils vont faire n’est pas une véritable attaque. »

Le gouverneur de l’île, Eddie Calvo, a estimé que l’annonce nord-coréenne témoignait d’une « position de peur » et a répété que le niveau de menace n’avait pas été relevé.

Techniquement, les États-Unis sont toujours en état de guerre avec la Corée du Nord, le conflit de 1950-1953 qui a abouti à la division de la péninsule s’étant terminé par un simple armistice, et non un traité de paix.

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a recommandé mercredi à Pyongyang de ne prendre aucune mesure qui mène à la fin de son régime et de cesser son programme nucléaire. « La RPDC doit cesser d’envisager toutes les actions qui seraient susceptibles de se traduire par la fin de son régime et la destruction de son peuple », a-t-il dit dans un communiqué.

Moyens de communication complexes

Les canaux de communication en cas de crise entre les États-Unis et la Russie, et avant elle l’URSS, existent de longue date.

Avec la Corée du Nord, ce n’est pas du tout la même chose. Le risque de voir un dérapage, un malentendu ou un incident prendre des proportions funestes n’en est donc que plus élevé. Le climat actuel de tension et d’escalade verbale, disent les experts, peut faire craindre un tel scénario.

Washington et Pyongyang n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Les contacts, quand il y en a, s’effectuent par l’intermédiaire de leur représentation respective auprès des Nations unies à New York et de leur ambassade à Pékin. Ou encore lors de rencontres entre officiers militaires à Panmunjon, dans la zone démilitarisée qui marque la frontière entre les deux Corées et où fut signé l’armistice à la fin du conflit de 1950-1953.

« Il y a des moyens de communication ad hoc avec la Corée du Nord mais rien qui n’ait été testé vraiment et puisse résister au stress en temps de crise », estime Jon Wolfsthal, un expert en non-prolifération qui a conseillé l’ex-président Barack Obama.

Une ligne téléphonique directe entre Pyongyang et Séoul existait mais le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un l’a coupée en 2013, rappelle Gary Samore, un ancien conseiller à la Maison-Blanche aujourd’hui à l’université de Harvard.

« On ne peut pas résoudre une crise comme celle-ci avec des tweets et des communiqués », note Joseph Cirincione, président du Ploughshares Fund, organisme dédié au contrôle des armements.

Il a fallu des décennies, depuis la Guerre froide, aux États-Unis et à la Russie pour mettre en place des protocoles de communication sûrs en temps de crise.

« Au départ », rappelle Jon Wolfsthal, « le défi était: comment établir un contact direct, de président à président, de militaire à militaire, et puis s’assurer que c’est digne de confiance et sûr en cas de conflit ». « Comment vérifier l’identité des personnes impliquées? C’est quelque chose qui nous a pris des décennies », ajoute-t-il.

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca