Qui arrêtera Donald Trump?

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Alors que les jérémiades et les gesticulations bouffonnes du président américain Donald Trump sont habituellement propices à force grattage de tête ou sourires en coin devant l’absurdité de la chose, sa plus récente déclaration destinée à la Corée du Nord fait craindre le pire.

Il est bien connu que l’homme d’affaires n’a jamais donné dans la dentelle. Désireux, par dessus-tout, d’obtenir l’attention de tous et chacun, le chef d’État américain nous a habitués à des tirades vitrioliques, que ce soit sur Twitter, devant les caméras, ou lors de discussions avec des politiciens, des conseillers ou des journalistes. Si l’on finit habituellement par hausser les épaules et passer à autre chose, en se disant que ce n’est probablement qu’une nouvelle preuve de la décadence de la sphère politique américaine, il est un dossier où les agissements (ou les vagissements, c’est selon) de Donald Trump donnent froid dans le dos: celui de la Corée du Nord.

Incapable de voir le monde sous un autre angle que celui du « nous contre vous », voilà que le président menace de déclarer la guerre à un autre pays. Ce n’est pourtant pas la première fois que cela se produit, mais cette fois, les termes sont particulièrement évocateurs; en substance, l’ennemi sera rayé de la carte.

Le plus terrifiant, dans le paragraphe précédent, est le fait qu’il pourrait servir à décrire le chef d’État de la Corée du Nord, Kim Jong-un, mais aussi l’occupant de la Maison-Blanche.

Pensons-y quelques instants: les deux hommes ont une armée de béni oui-oui à leur service; les deux n’avaient aucune expérience politique ou militaire avant d’obtenir leur poste actuel; les deux sont parvenus aux plus hautes marches du pouvoir grâce à l’influence et à la puissance de leur père, et les deux ont accès à une armée et à un arsenal nucléaire sophistiqué.

En pleine réunion de travail avec ses ministres, réunion tenue pendant les 17 jours de vacances qu’il s’est gracieusement accordés – tweeter, jouer au golf, visiter ses propres propriétés et voir son ordre du jour politique s’enliser sont toutes des activités épuisantes, après tout -, Donald Trump a ainsi mis Pyongyang en garde contre toute autre activité nucléaire. « Si la Corée du Nord poursuit son programme nucléaire, ce pays connaîtra une puissance et une violence jamais vue », a-t-il déclaré devant les caméras.

Cet attitude machiste d’homme-enfant à qui l’on ne refuse jamais rien pourrait fonctionner dans un jeu de stratégie. Ou encore dans un jeu de rôle. Ou peut-être même dans un film! Mais Donald Trump n’est pas une représentation numérique d’un quelconque joueur aux tendances despotiques. Pas plus qu’il n’est un acteur jouant un mégalomane aux allures de méchant dans un film de James Bond. L’homme est président des États-Unis, avec les responsabilités que cela suppose.

Il est fort probable que sa déclaration à l’intention de la Corée du Nord ne soit qu’une tentative de diversion. Après tout, voilà 60 ans que Pyongyang tempête et montre les crocs sur une base régulière pour attirer l’attention du monde, habituellement pour pousser les grandes puissances à négocier en échange de ressources naturelles et de nourriture qui font cruellement défaut dans ce petit pays d’Extrême-Orient. Est-ce que le président des États-Unis, taraudé de toutes parts par des républicains qui l’abandonnent peu à peu, par des journalistes déterminés à percer le cocon de mensonges entourant son administration, et par des enquêteurs désirant savoir s’il a oui ou non collaboré avec la Russie pour remporter l’élection, irait jusqu’à risquer de déclencher une guerre pour sauver la face?

Donald Trump est-il au fait que la Corée du Nord possède bel et bien des ogives nucléaires, et que si le pays n’est peut-être pas encore en mesure d’installer des têtes atomiques sur des missiles intercontinentaux, Pyongyang peut tout de même irradier la Corée du Sud et le Japon, deux alliés essentiels de Washington dans la région? Sait-il que s’il s’engage dans une action militaire en Corée du Nord, l’impact sur l’économie mondiale sera catastrophique? Sait-il aussi que si, par miracle, Kim Jong-un décide de ne pas utiliser ses armes atomiques, le bilan matériel et humanitaire sera dantesque? Et que la Chine, voire la Russie, pourraient être tentés d’intervenir pour éviter que les États-Unis et ce qui reste de la Corée du Sud finissent peut-être par l’emporter, et donc éliminer le tampon géopolitique entre l’Occident et ces deux grandes puissances autoritaires?

Le dossier nord-coréen est particulièrement complexe, du fait même de ses ramifications géographiques, politiques et économiques. Et comme toute crise de cette ampleur, la puissance militaire est peu ou pas utile. Seules comptent les sanctions et les décisions de Pékin, le seul allié d’importance du régime de Pyongyang. Déjà, la Chine renouvelle son appel au dialogue, et les dirigeants communistes pourraient bien devoir forcer la main à Kim Jong-un pour éviter que l’escalade ne se poursuive.

Espérons que d’ici-là, un autocrate ivre de puissance ne décide pas d’envahir son homologue…

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.