Formule E, la bonne idée gaspillée

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Mais qu’allions-nous faire dans cette galère? À quelques heures des courses de Formule E prévues cette fin de semaine à Montréal, le maire Denis Coderre, l’un des principaux défenseurs de l’événement, semble incapable de surnager, lui qui semble englué dans les problèmes attribués – à tort ou à raison – au comité organisateur de ce rassemblement sportif.

On attendait pourtant beaucoup de cet « E Prix », la première course du genre organisée dans la métropole. Après tout, les modes de transport alternatifs gagnent toujours plus d’adepte, et quoi de mieux qu’une course de voitures électriques pour démontrer que cette technologie est capable de rivaliser avec sa grande rivale, la Formule 1?

Le hic, c’est que si l’événement en tant que tel est intéressant, et ce autant pour les amateurs de sport que pour les passionnés de technologie, il n’aura fallu que très peu de temps avant que la « montréalité » de l’affaire s’affiche au grand jour. Le fait, d’abord, que la Ville doive délier les cordons de la bourse pour financer en partie l’organisation de ces courses fait sourciller. Soit, une partie de la somme a été consacrée aux travaux de réfection routière des rues où est dessiné le circuit – rues qui en avaient bien besoin -, mais lorsque l’on sait que d’autres grandes villes ayant accueilli une compétition similaire – New York, Hong Kong, Mexico – ont dépensé bien moins que Montréal, il y a lieu de se demander si le jeu en vaut la chandelle.

Impossible, non plus, de passer sous silence le choix de l’emplacement du circuit. Alors qu’encore une fois, les courses tenues dans d’autres grandes villes ont eu lieu dans des quartiers moins centraux, voire carrément sur la piste d’un autodrome dans le cas de Mexico, Montréal a plutôt choisi d’enclaver le secteur autour des installations d’ICI Radio-Canada. Résultat, non seulement des résidents du quartier doivent-ils emprunter des passerelles éloignées pendant plusieurs semaines, mais le trafic automobile (particulièrement important dans le secteur) a été en partie redirigé vers la rue Ontario, où les places de stationnement ont été retirées le temps de l’événement. Résultat, les résidents sont en colère; les commerçants sont en colère parce qu’ils perdront des revenus, particulièrement en raison de l’obligation de retirer des terrasses extérieures, et les automobilistes seront quittes pour une congestion routière supplémentaire. La Société de transport de Montréal a beau avoir annoncé mercredi, pratiquement en catastrophe, que les voyages seront gratuits pendant la fin de semaine de la course, le mal est fait: la Ville vient renforcer l’image de bouchon perpétuel qui colle à la peau de Montréal depuis des décennies. Et le départ de « M. Fluidité », justement embauché pour améliorer la circulation automobile, n’aide certainement pas cette cause.

Enfin, là où le ridicule atteint des proportions gênantes, c’est lorsque l’on entend le maire Coderre faire la leçon aux médias à propos de cette affaire. Comme toujours persuadé d’être dans son bon droit, M. Coderre a martelé en conférence de presse que les journalistes s’en étaient donné à coeur joie en produisant un florilège d’articles et de reportages négatifs concernant l’organisation de la course. Mercredi matin, de passage dans les studios d’ICI Radio-Canada, le voilà qui soutenait, envers et contre tous, que les détracteurs du projet n’étaient qu’un petit groupe, et que « la très grande majorité des gens étaient favorables » à la course. Ce que le maire semble étrangement oublier, c’est qu’en politique, tout est question de perception. Les opposants à la tenue de la course de Formule E dans Centre-Sud sont peut-être peu nombreux – et il est fortement permis d’en douter -, mais ils ont certainement réussi à faire parler d’eux en long et en large. Leur nombre mis à part, ils posent d’ailleurs des questions qui méritent réponse. Pourquoi tenir la course à cet endroit? Pourquoi dépenser davantage que les autres villes? Pourquoi ne pas avoir offert davantage d’options en matière de transport en commun et de circulation des piétons? Pourquoi oser parler de la course comme d’une méthode de promotion de la voiture électrique, alors que la Ville bloque volontairement, depuis des années, l’entrée des véhicules en libre-partage (hybrides ou à essence) au sud de la rue Sherbrooke, justement dans Centre-Sud, ou encore dans Ville-Marie? Pourquoi ce mépris affiché envers les gens touchés par les travaux? Pourquoi dépêcher Richard Bergeron, autrefois figure de l’opposition et ancien chef de Projet Montréal, pour distribuer des billets gratuits (et des billets debout, s’il vous plaît!) aux résidents du quartier?

À l’image de tant d’autres projets lancés par Denis Coderre depuis le début de son mandat, la course de Formule E n’est pas nécessairement une mauvaise idée, bien au contraire. Mais à l’image, justement, de tant d’autres projets lancés par Denis Coderre depuis le début de son mandat, celui-ci semble avoir été mal préparé, mal expliqué, mal exécuté. Et comme à son habitude, M. le maire tempête, persiste et signe plutôt que de reconnaître ses erreurs.

Mais cette fois, la course de Formule E sera « magique », nous a-t-il dit.

Encore heureux!

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l’enfance. S’il s’intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n’hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l’économie ou encore les loisirs et le tourisme.
Hugo est également membre de l’équipe éditoriale de Pieuvre.ca.