Au revoir, Spicey

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Sean Spicer claque la porte. Le coloré porte-parole de la Maison-Blanche, celui-là même qui a déjà déclaré « qu’Hitler n’avait jamais eu recours aux armes chimiques », a démissionné vendredi de son poste au sein de l’administration du président américain Donald Trump. 

Six mois. Voilà tout ce qu’il aura fallu à M. Spicer pour quitter son emploi. Dans n’importe quel autre domaine, un taux de roulement aussi important pour un poste aussi prestigieux ferait à tout le moins fortement sourciller. Au sein de la Maison-Blanche du président Trump, toutefois, il ne s’agit que d’un coup supplémentaire porté à une structure politique déjà fissurée, lézardée, ou bien carrément en train de s’effondrer.

« Tout ce que Trump touche, Trump le détruit. » Si l’on pourra excuser ici cette paraphrase d’une réplique tout droit sortie de Rocky IV, il est étonnant de constater que le départ de M. Spicer, supposément vivement opposé à l’octroi du poste de directeur des communications à Anthony Scaramucci, un responsable de hedge fund et jusqu’à ce matin contributeur au réseau Fox News, ne représente qu’une « autre » nouvelle bouleversante dans un mandat débordant déjà de scandales, révélations stupéfiantes et autres déclarations incompréhensibles, voire parfois terrifiantes.

Car ces six mois en poste, Sean Spicer les aura passés à défendre l’indéfendable: l’ampleur de la foule lors de la cérémonie d’investiture de M. Trump (« La foule la plus importante de l’histoire, point à la ligne! »), les révélations sur les luttes intestines au sein de la Maison-Blanche, les tweets, les agissements parfois contradictoires de son patron… Spicer aura régulièrement avalé d’énormes couleuvres, ne se privant pas, au passage, d’attaquer les représentants des médias. L’homme était-il vraiment heureux? Fréquemment pris à partie par ces mêmes médias pour son attitude plus que négative, Spicer a, semble-t-il, rapidement suscité l’ire de M. Trump, apparemment en raison de son incapacité à remettre les journalistes à leur place.

Au cours des dernières semaines, l’homme a été graduellement remplacé par son adjointe, Sarah Huckabee-Sanders, qui a été nommée officiellement porte-parole vendredi après-midi, lors du premier point de presse suivant la démission de M. Spicer et la nomination de M. Scaramucci.

Spicer était-il un bon porte-parole? Si l’on décrit son poste comme un emploi où il faut absolument défendre le président, M. Spicer fut un excellent garde du corps, prêt à toutes les entourloupettes pour affirmer quelque chose un jour, puis son contraire le lendemain. Il se serait sans doute senti à l’aise au ministère de la Vérité, dans le roman 1984 de George Orwell.

Mais le poste de porte-parole va au-delà du fait de défendre son patron par tous les moyens. Irriter les journalistes, refuser de répondre à des questions et se mener à des attaques personnelles contre les représentants des médias sont les meilleures façons de s’assurer que ces mêmes journalistes redoublent d’efforts lorsque vient le temps de débusquer des scandales et des informations compromettantes.

De fait, Sean Spicer n’aura mis que très peu de temps à devenir la tête de Turc de la classe médiatique. Qui pourrait oublier les imitations magistrales de Melissa McCarthy, pendant Saturday Night Live? La remise du flambeau à Mme Huckabee-Sanders sera peut-être l’occasion d’apaiser quelque peu les tensions entre la Maison-Blanche et les journalistes, mais rien ne pourra faire oublier l’inoubliable: la Maison-Blanche continue de ressembler à un terrain d’affrontement digne de Lord of the Flies, où les divers camps se livrent une lutte sans merci pendant que le navire amiral politique continue de sombrer, grevés par les scandales agissant comme autant d’écueils acérés.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l’enfance. S’il s’intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n’hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l’économie ou encore les loisirs et le tourisme.
Hugo est également membre de l’équipe éditoriale de Pieuvre.ca.