Montréal complètement cirque – Il n’est pas encore minuit, l’acrobatie de groupe dans son plus simple appareil

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Que se passe-t-il à minuit ? On ne le sait pas. Est-ce que le temps s’arrête ou est-ce la vie qui reprend son cours après ce moment suspendu? La compagnie XY et ses vingt-deux acrobates ne s’encombrent pas de narration superflue. Pas de scénographie non plus. Il n’est pas encore minuit est une réflexion performative, pour ne pas dire une déclaration acrobatique, sur notre devoir de coordonner nos forces vives avec tout ce qu’elles portent de complémentarité.

« Seul, on court plus vite. Ensemble, on va plus loin. »

Le cirque, c’est avant tout un tour de force de coopération, une prise de risque à plusieurs basée sur une grande écoute. C’est à cet endroit précisément que se trouve l’essence de cette pratique artistique et le plus beau message qu’elle peut nous porter. C’est aussi ce que l’on retient du spectacle de la compagnie XY présenté ces jours-ci à la Tohu.

À vingt-deux, le défi est d’autant plus grand. Acrobates de haut calibre, porteurs et voltigeurs créent des chorégraphies acrobatiques entre le sol et les airs, portés et lancés les plus fous dans un chaos ordonné. Pendant une heure, on se croirait quasiment face à une improvisation généralisée et pourtant il est clair que chaque action est anticipée, chaque pas mesuré, chaque geste calibré.

À vingt-deux, les configurations sont illimitées et la scène grouille de toutes sortes d’explorations de ces potentialités. Constructions humaines et cascades de corps s’entremêlent et s’enchaînent à un rythme effréné telles un jeu de domino en trois dimensions. XY prouve que les limites de l’acrobatie peuvent être sans cesse repoussées. Tout ne fonctionne pas toujours, et la première montréalaise était chargée d’une intense fébrilité. Ils n’en sont pourtant pas à leurs premières représentations, mais il paraît alors évident qu’il n’y aura jamais de risque zéro, aucune certitude de résultat. Au cirque comme dans la vie? Chaque lancé de voltigeur est un pari, basé sur un socle de confiance absolue dans le collectif, chaque mouvement individuel provoquant un nombre imprévisible de répercussions sur le reste du groupe. Aussi hier soir, si on était tenté de ne penser les choses qu’en termes de performance technique, toutes les tentatives n’étaient pas des succès. Mais l’important tient dans le fait que chaque tentative échouée porte en elle la réussite du groupe dans sa capacité à rattraper, à sécuriser, à embrasser la chute comme si elle faisait bel et bien partie du plan. Car la chute finalement, fait toujours partie des plans si on est prêt à la recevoir et continuer, toujours, ensemble.

Un spectacle léger et très humain à la fois.

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.