Donald Trump Jr et les courriels de la colère

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L’ironie est savoureuse: après avoir martelé pendant des semaines, voire des mois, que la candidate démocrate défaite à la présidentielle américaine, Hillary Clinton, ne méritait pas d’entrer à la Maison-Blanche, voilà que l’actuel locataire des lieux, Donald Trump, se retrouve dans une eau non plus chaude, mais bouillante, justement en raison d’échanges de messages impliquant son fils, Donald Trump Jr.

Récapitulons, d’abord, cette histoire à la fois loufoque, incroyable mais finalement tout à fait logique: au cours de la fin de semaine dernière, le New York Times a publié un article rapportant que l’un des fils du président, Donald Trump Jr, avait tenu en juin 2016 une rencontre avec une avocate russe, Natalia Veselnitskaïa, rencontre à laquelle avait aussi participé Paul Manafort, alors président de la campagne Trump, ainsi que Jared Kushner, gendre du président et conseiller haut placé à la Maison-Blanche (M. Kushner, marié à Ivanka Trump, est entre autres chargé de «régler le conflit israélo-palestinien»).

Selon les premières informations fournies par le camp Trump, cette rencontre aurait uniquement porté sur le programme d’adoption d’enfants russes par des familles américaines. Le hic, c’est que le programme avait été annulé par le Kremlin à la suite de l’entrée en vigueur, en 2012, d’une loi américaine imposant des sanctions sur certaines entités russes soupçonnées de corruption. L’autre pierre dans l’engrenage du témoignage de Trump fils, c’est que Me Veselnitskaïa est largement considérée comme étant employée par le gouvernement russe, justement pour faire pression en faveur de l’annulation de la loi américaine.

Cela n’a pas empêché le Kremlin de nier avec véhémence avoir été au courant de la rencontre, en plus d’affirmer ne pas connaître l’avocate en question.

L’affaire sentait déjà le roussi, mais il n’aura pas fallu 24 heures pour que le dossier prenne des proportions catastrophiques pour l’administration Trump. Le Times a en effet asséné un nouveau coup à l’intégrité douteuse du fils du président en indiquant que l’avocate aurait proposé des informations visant à «salir» la réputation de Mme Clinton – et donc de favoriser la campagne de Donald Trump. De là à parler d’une tentative de collusion à des fins électorales, il n’y a qu’un pas.

Réalisant sans doute qu’il venait de s’engager dans un bourbier particulièrement nauséabond, Donald Trump Jr a retenu, un peu tardivement, les services d’un avocat.

Mardi matin, la bombe éclate: voulant probablement couper l’herbe sous le pied des journalistes du NYT, dont l’un des membres de l’équipe assignée à l’affaire écrivait lundi soir sur Twitter qu’il «continuait de travailler», le fils du président publie sur le réseau social la série complète des courriels ayant mené à la fameuse rencontre de juin 2016. Ce qu’on y trouve? La preuve, écrite noir sur blanc, que Donald Trump Jr et ses conseillers savaient pertinemment que l’avocate russe travaillait pour le Kremlin – elle y est décrite comme une «avocate du gouvernement» -, et que l’objectif de la rencontre consistait à obtenir des informations visant à nuire à Hillary Clinton. «I love it!», aurait écrit Trump fils dans l’échange.

Si les divers articles du New York Times offrent un aperçu plus complet des tenants et aboutissants de l’affaire, une chose est claire: l’équipe de campagne de Donald Trump a clairement, volontairement et sciemment cherché à participer à une tentative de collusion avec une puissance étrangère pour obtenir un avantage sur l’adversaire démocrate, dans le but de gagner la course à la présidence. Que cette démarche ait porté fruit ou non importe peu: l’équipe Trump a commis un crime grave qui pourrait s’apparenter à de la trahison pure et simple.

Que faire, alors? La logique voudrait que Jared Kushner, présent lors de la fameuse réunion, perde immédiatement son poste à la Maison-Blanche et les privilèges qui s’y rattachent. Qu’il ait ou non été au courant des détails des échanges n’y change rien. Quant à Trump Jr, des accusations doivent être rapidement déposées contre lui, et ce en plus d’un passage devant un comité du Congrès qui doit se produire prochainement.

Et le président, là-dedans? Ses porte-paroles répètent à l’envi qu’il n’était pas au courant, mais on connaît la tendance de M. Trump à pratiquer la microgestion de façon quasi-obsessive. Le président ignorait-il vraiment que son fils, son beau-fils et le président de sa campagne participaient à une rencontre avec une avocate liée au Kremlin?

Il s’agit des preuves les plus flagrantes d’une collaboration avec le gouvernement Poutine pour gagner la présidence. Si Hillary Clinton était au pouvoir, les républicains auraient déjà intenté une procédure de destitution. Face à l’un des leurs, les républicains devront bientôt faire un choix: sauver la peau d’un ex-candidat hors normes (et le mot est faible), visiblement corrompu, particulièrement imbu de lui-même et dont les six premiers mois de mandat n’ont été que scandales et immobilisme politique, ou sauver les institutions démocratiques qui sous-tendent le fonctionnement du gouvernement américain. La survie de la démocratie de nos voisins du Sud est en jeu.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l’enfance. S’il s’intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n’hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l’économie ou encore les loisirs et le tourisme.
Hugo est également membre de l’équipe éditoriale de Pieuvre.ca.