Montréal complètement cirque – Tabarnak, la création qui se joue de la religion

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Dans la famille Carabinier-Lépine, donnez-moi le frère, la sœur, la compagne, le beau-frère et même les parents et les neveux, deux petites têtes blondes faisant leur apparition au salut, tout comme leurs grands-parents. Parce que, oui, le Cirque Alfonse, c’est une histoire de famille! Agrémentez le tout de quelques amis, et vous avez là une belle gang de joyeux lurons, qui sauront vous faire passer une bonne soirée.

Dans cette nouvelle création, avec l’Église pour toile de fond (en fait comme sujet du spectacle), la bande ne déroge pas à sa règle d’être à la fête, de chanter, de danser et de nous époustoufler. Car, malgré quelques maladresses et longueurs, le Cirque Alfonse a su une fois de plus imposer sa pâte et offrir un spectacle généreux et riche en performances de haut calibre. Le tout sous la direction de leur fidèle acolyte Alain Francoeur, qui signe ici une mise en scène pleine d’idées et de transitions ingénieuses.

Quand sonner les cloches donne lieu à un jeu de corde et de poulie débouchant sur un numéro de sangles, que les encensoirs se transforment en bolas, les mâts chinois en croix, ou encore que le vitrail dressé au-dessus de la scène devient un agrès aérien, nous pouvons bien parler d’ingéniosité! Et de subversion! Outre ces éléments religieux détournés, le Cirque Alfonse tourne la religion en dérision et transforme l’église en cour de récréation.

Vêtus de chemises à manches longues et de pantalons larges blancs, des tenues très peu seyantes, faisant penser à des enfants de cœur (ici bien dissipés!), les garçons se retrouvent assez vite en bobettes et chaussettes. Le spectacle commence sur un hymne non pas solennel, mais façon concert de rock et plusieurs chansons s’appuieront par la suite sur un vocabulaire pseudo-latin. Même s’il est très appréciable que la musique originale soit jouée sur scène et que ces artistes touche-à-tout se prêtent au jeu de la chanson, un bémol est à apporter à l’interprétation de Julie Carabinier, qui excelle davantage comme artiste de cirque que comme chanteuse.

Quoi qu’il en soit, la troupe prend bien du plaisir et ça se voit. Ils savent communiquer leur joie de vivre et l’adrénaline qu’ils mettent à repousser toujours plus loin les limites des performances. Pyramides à cinq, numéro de mâts chinois hissés par des porteurs, ou numéro de rollers endiablé, le Cirque Alfonse nous offre des prestations originales et scotchantes, qui ont suscité chez ma voisine bon nombre de «Tabarnak»! Sur fond de musique traditionnelle, les six acrobates ont plus d’une corde à leur arc. Ils présentent tous une polyvalence circassienne impressionnante et chaussent même des claquettes.

Nous ne savions pas à quoi nous attendre pour cette nouvelle création de la compagnie présentée en avant-première à Montréal. Même si le thème était donné, les clips et les photos de présentation laissaient planer le mystère tout en piquant la curiosité. Nous n’avons pas été déçus de la surprise!

Entre tradition par son thème et sa musique et innovation à travers l’approche originale des agrès et des numéros, Tabarnak ira loin.

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À propos du journaliste

Camille Pilawa

Camille Pilawa a oeuvré plus de cinq ans auprès de compagnies de théâtre et de cirque montréalaises avant de rejoindre l'équipe du Regroupement québécois de la danse. Elle a notamment travaillé durant deux ans au sein de la compagnie Les 7 doigts de la main et assuré la coordination du volet OFF-CINARS en 2014. Passionnée de spectacle vivant, elle aime mettre sa plume au service de l'art et retranscrire ce qu'un spectacle peut véhiculer.

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