La lourde lumière du Parfum de l’hellébore

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Le sujet central du roman Le parfum de l’hellébore, écrit par Cathy Bonidan, est loin d’être facile et léger, mais il est empreint d’une grande humanité et d’une ouverture d’esprit fascinante. Dans ce roman lumineux et plein d’espérance, les destins de chacun vont se croiser, entre mélancolie et espoir.

Cathy Bonidan nous livre un premier roman tout en finesse et délicatesse mettant à l’avant le thème de la maladie mentale. Chose qui n’est pas simpliste à faire dû au contenu complexe. Elle joint sensibilité, amitié et amour derrière les grilles d’un centre psychiatrique pour enfants, où s’épanouissent les hellébores; fleurs qu’on croyait autrefois capables de guérir la folie.

Tout d’abord, le roman se sépare en deux parties. La première partie renferme des lettres d’Anne envoyées à sa meilleure amie Lizzie, ainsi que des extraits du journal intime de Béatrice, une patiente de l’hôpital psychiatrique. Ce choix de point de vue subjectif et fragmenté est très réussi et nous fait entrer aisément dans la vie de ces personnages sensibles et touchants. Il n’y a pas de narrateur omniscient; nous sommes confrontés directement à la vision et aux sentiments de ces jeunes filles. Béatrice a un regard particulier sur ce centre hospitalier : bien qu’elle y soit en tant que patiente, elle nous explique qu’il s’agit d’un choix personnel et non l’inverse. Elle est dotée d’une intelligence profonde et d’une maturité impressionnante pour son jeune âge. Anne, de son côté, devient stagiaire dans le centre, grâce à son oncle qui en est le directeur. Elle est encore une jeune femme exaltée et incomprise, à la recherche de réponse à toutes ses questions. Elle détient une vivacité d’esprit rafraîchissante et d’un puissant désir de savoir.

Une deuxième partie vient donner un tout autre chemin au récit. Nous revenons cette fois à une construction plus classique, dotée d’un narrateur omniscient. Cinq décennies plus tard, nous suivons Sophie, une jeune femme en préparation d’une thèse sur les conditions d’internement des adolescents dans les centres psychiatriques du siècle dernier. Le hasard des rencontres va la mettre sur les traces des patients du centre Falret où Anne y travaillait. Ce qui est regrettable, dans cette partie, est le deuil que nous devons faire face aux jeunes femmes que nous apprenons à connaître à travers leurs écrits, grâce à cette mise en forme intimiste. Cependant, ce retour à une mise en forme classique n’est pas déplaisant pour autant. D’autres voix et points de vue se laissent entendre. De plus, nous avons accès aux états d’âme de Sophie sans toutefois s’éloigner de notre protagoniste. D’ailleurs, c’est grâce à cette deuxième partie que nous pouvons comprendre le dénouement.

Cependant, cette seconde partie semble être moins bien maîtrisée. Elle change complètement de direction. La quête originale, qu’on peut décrire comme l’épanouissement d’Anne de fille à femme, se transforme en une histoire d’amour à l’eau de rose. L’auteure allonge le récit en laissant découvrir la correspondance d’Anne et Lizzie au compte-goutte et tombe un peu trop dans le sentimentalisme et la romance, au lieu de poursuivre dans son idée initiale de la maladie mentale qui était beaucoup plus intéressante et surtout moins clichée. Sans toutefois effacer les traces de romances, ne pas en faire le sujet central serait aussi captivant. Même plus.

L’auteure nous donne, d’ailleurs, accès à un roman entièrement féministe où il met en scène une jeune femme récoltant le vécu des autres patients de l’hôpital pour mieux grandir et faire grandir les autres. Cette quête lui donne un deuxième sens à sa vie et lui fait réaliser beaucoup sur l’humain et ses capacités. Elle entreprend, donc, des études en psychologie pour réussir cette mission qu’elle s’est donnée. Ayant eu un passé trouble, elle se reprend en main pour mieux aider ceux qu’elle côtoie. Elle apprend à se connaître à travers la vie des malades qu’elle rencontre. Surtout grâce à la jeune Béatrice qui souffre d’anorexie ou encore Gilles, le jeune autiste, qui sont tous deux, des personnages marquants et incompris des autres.

Dans les années 1950, où les femmes commençaient à prendre la parole et à s’affirmer en tant qu’êtres égaux aux hommes, nous suivons Anne dans son désir de découvrir et faire découvrir aux autres certains aspects de la maladie mentale. Ce qui est très inspirant. Chaque personne réagit de manière différente lorsqu’ils sont confrontés à la maladie mentale ou ils peuvent aussi ne pas savoir comment réagir. Ces aspects sont bien exposés dans le roman, notamment à travers Anne et Béatrice, ces deux femmes si différentes, mais si intelligentes et complémentaires. Il est complexe de tracer le quotidien d’un centre psychiatrique pour enfants et la maladie mentale y est abordée sans sous-entendus, avec franchise et respect.

En dépit de la violence et la lourdeur de certaines situations, il s’agit d’une histoire vivante, pleine de surprises et d’imprévus, de décisions qui, parfois, deviennent douloureuses à porter, mais le tout, raconté avec pudeur et une sérénité qui nous entraîne sur des sentiers lumineux où chacun va à la rencontre de son identité et son intégrité.

Cathy Bonidan relate l’histoire de maladies souvent mal jugées et de femmes fortes qui se sont battues pour aller de l’avant.

À découvrir!

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À propos du journaliste

Kim Benoit-Lapointe

Passionnée d’arts et de culture, Kim a toujours su prendre des chemins qui la porteront jusqu’à ses buts. Diplômée de l’Université de Montréal en journalisme, elle croit fortement qu’il faut promouvoir davantage toutes formes d’art provenant d’ici ou d’ailleurs. Journaliste et critique de cinéma et littérature pour Pieuvre.ca, elle s’engage à toujours respecter ses convictions et transmettre ses passions à qui le veut bien. Elle s’est, aussi, jointe à la grande équipe Radio-Canadienne en tant qu’adjointe à la réalisation pour ICI Première, ainsi qu'au magazine Châtelaine comme gestionnaire des communautés.

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