La Fureur de ce que je pense revient dans le cadre du FTA

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Imaginée par Sophie Cadieux et réalisée par Marie Brassard en 2013, la pièce inspirée de l’œuvre de Nelly Arcan est un moment de théâtre exceptionnel, captivant.

Sur la scène une structure imposante fait face au public et reflète tel un miroir la foule que nous sommes. Certains y verront la représentation de cette foule grâce à laquelle Nelly Arcan s’est sentie vivante et pourtant celle qui participant à son mal-être l’a entraînée dans la mort.

Pour faire parler Nelly Arcan, les Nelly, il ne fallait rien de moins que sept femmes. Six voix, sept corps. Belles et féminines, sexuelles aussi, chacune porte une voix de l’auteure, incarne une de ses obsessions. Petit à petit la lumière les éclaire à l’intérieur des boites superposées et alignées dans lesquelles elles sont enfermées. Tour à tour, elles récitent à travers la vitre qui les sépare du monde, les mots heurtés de Nelly, sa vision de la femme dans la société, sa souffrance personnelle. Par moments dans une litanie collective, elles nous chantent ensemble un espoir, ou un désespoir. Déjà dans Peep Show, Marie Brassard avait joué à détourner la voix. Ici encore, la voix est très travaillée, parfois altérée comme faisant revenir Nelly d’entre les morts, resurgissant de la profondeur de ses entrailles. La septième femme ne parle pas; elle observe, et danse à tout rompre.

Car autant que les voix, ce sont aussi les corps qui s’expriment, dans une chorégraphie minutieuse. Incroyablement sensuels. Tragiquement présents et encombrants. Le corps chez Nelly est un fardeau autant qu’il est une source de plaisir. Elle l’aime et le regarde, mais hait qu’on la regarde. Elle le hait, mais aime qu’on la regarde. Nelly Arcan et ses paradoxes. La complexité de l’état de la femme. Le corps est beau, mais douloureux, c’est lui la sépare de la mort et c’est par lui qu’elle y entrera, à 36 ans.

La forte dramaturgie de Marie Brassard nous offre grâce à des extraits choisis, une grande traversée de l’oeuvre de Nelly. La création sonore d’Alexander Macsween ainsi que les conceptions scénographiques et d’éclairage contribuent grandement à donner puissance et élégance aux textes de Nelly Arcan sans jamais tomber dans le superficiel. C’est une œuvre percutante, portée avec beauté et intensité par sept comédiennes extraordinaires. On en ressort un peu floué(e), dérangé(e), mais ému(e) d’avoir touché du bout des yeux, des oreilles et du cœur, le fond d’une belle âme, tiraillée entre extase et douleur.

Dans le cadre du FTA

À l’Usine C

Les 3 et 4 juin

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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