Trump, Couillard et l’histoire

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De la « discussion constitutionnelle » au retrait de l’Accord de Paris sur le climat, la semaine a été riche en gestes politiques grandiloquents. Quant à savoir si les coups de dés de ces deux dirigeants paieront à terme, c’est une autre paire de manches.

À Washington, d’abord, l’annonce du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris visant à lutter – timidement – contre le réchauffement climatique était attendue. Après tout, Donald Trump en avait fait l’une de ses promesses de campagne. Jeudi, encore, il martelait que cette décision visait à « protéger les travailleurs et les entreprises américains ». Oublions, un instant, que l’économie basée sur le carbone est en perte de vitesse. Oublions aussi que les grands groupes industrielles – et même des pétrolières! – sont toujours plus nombreux à comprendre que les changements climatiques ont déjà un coût économique, et que celui-ci ira en augmentant. Oublions, enfin, que l’armée américaine voit le réchauffement planétaire comme une « grave menace à la sécurité nationale ».

Le fait est que le président américain parle à sa base électorale. Celle qui l’a élu malgré tous les scandales, celle qui veut la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour empêcher tous ces « voleurs d’emplois » de venir s’installer aux États-Unis pour y « voler, violer et piller ». Celle, enfin, qui se voit couper les protections sociales et médicales au nom de l’idéal catastrophiste d’un Parti républicain toujours plus déconnecté des réalités de la vie, et toujours plus poussé vers les extrêmes.

Il est aisé de voir qu’assailli de toutes parts, ses initiatives franchement ralenties, voire complètement bloquées par la politique ou les tribunaux, le président américain désire frapper un grand coup. Peu importe si le retrait en question n’entrera en vigueur qu’en 2020, année électorale aux États-Unis: les électeurs républicains veulent des résultats immédiats, et les détails ne comptent pas.

L’Accord de Paris est-il parfait? Loin s’en faut, mais pour trouver un terrain d’entente entre tous les pays de la planète, il a fallu ménager la sensibilité de tous et chacun. Spécialement quand vient le temps de plaire à l’Inde et à la Chine, deux puissances économiques en croissance qui ne veulent pas que les restrictions environnementales nuisent à leur compétitivité sur les marchés mondiaux.

Cet accord est donc une première étape, en attendant que des gestes plus importants soient posés. Et face au désistement de l’administration Trump, d’ailleurs, il est plus que satisfaisant de voir des États américains, des entreprises et des universités s’unir pour vaincre l’immobilisme national. Face à tous ces hommes blancs vieillissants qui s’accrochent à la réalité des années 1950, le côté progressiste de la société mondiale s’organise, et ce avec ou sans l’appui des dirigeants déconnectés.

Le panier de crabes de Couillard

Plus près de chez nous, le premier ministre Philippe Couillard propose lui aussi un voyage dans le passé, mais d’une trentaine d’années seulement, cette fois. En annonçant le lancement d’une « discussion » constitutionnelle sur la place du Québec dans la fédération canadienne, le chef du gouvernement désire lui aussi inscrire son nom dans les livres d’histoire.

Se pourrait-il que M. Couillard soit celui qui réussisse à amener le Québec à signer la Loi constitutionnelle de 1982? Seul le temps le dira, mais en reprenant sensiblement les mêmes demandes que Robert Bourassa à l’aube des négociations du Lac Meech et en n’imposant pas de date limite pour l’aboutissement de ces discussions, le chef libéral indique, en gros, qu’il se contenterait de peu (ou de rien) en matière de résultats de cette tournée pancanadienne.

Pire encore, à Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a été catégorique: pas question de rouvrir la Constitution. Aucune surprise, là non plus: Justin Trudeau ne serait pas le fils de son père s’il ne refusait pas d’envisager la possibilité de modifier le rapport de force entre la capitale fédérale et le Québec. Et ce malgré le fait qu’il soit lui-même député de cette province.

À l’Ouest, aussi, on n’a pas perdu de temps avant de réagir: l’ineffable Brad Wall, férocement canadian et pro-pétrole, a appelé à une renégociation du régime de péréquation si le Québec obtenait le droit de changer la Constitution. Panier de crabes, boîte de Pandore… les analogies ne manquent pas lorsque vient le temps de parler du texte central de la hiérarchie politique canadienne.

À Québec, le Parti québécois et Québec solidaire ont sauté sur l’occasion pour ressasser leur principal argument: le fédéral n’a que faire des revendications du Québec; pour obtenir gain de cause, il faut se séparer. À voir la réponse de Justin Trudeau, en effet, on peut présumer que M. Couillard, à l’approche des élections et face à l’échec attendu de ses consultations, rentrera gentiment dans le rang. Son objectif politique personnel ne sera pas atteint, mais il pourra au moins brandir de nouveau l’épouvantail souverainiste.

Cette démarche constitutionnelle tombe en effet à pic. Lui aussi taraudé par les journalistes, et plus spécifiquement le Bureau d’enquête de QMI, le premier ministre veut sans aucun doute détourner l’attention de la population. Après tout, il est plus facile d’agiter le spectre de la « chicane » que d’assumer ses éventuelles fautes éthiques.

Deux hommes. Deux chefs politiques. Un seul côté de l’histoire. Est-il bien nécessaire de préciser de quel côté il s’agit?

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l’enfance. S’il s’intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n’hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l’économie ou encore les loisirs et le tourisme.
Hugo est également membre de l’équipe éditoriale de Pieuvre.ca.