Québec solidaire, plus catholique que le pape

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La plus grande fête à saveur politique, dimanche soir, ne devait pas être dans les locaux de Québec solidaire, malgré l’élection (sans surprise) de Gabriel Nadeau-Dubois et de Manon Massé aux postes de co-porte-parole de la formation. Non, c’est plutôt du côté du Parti libéral du Québec que l’on devait sabler le champagne, en constatant la suite de l’autodestruction de la gauche politique.

Si la perspective d’une amorce de dialogue entre le Parti québécois et QS en vue d’alliances ponctuelles pour les prochaines élections générales avait de quoi intéresser les ténors du parti dirigé par Jean-François Lisée, il était peu probable que les militants de QS acceptent de céder du terrain aux péquistes, s’estimant plutôt en mesure, avec un mirobolant 14% d’intentions de vote, de déloger les libéraux au pouvoir depuis 15 ans et de former le prochain gouvernement.

En refusant la main tendue par le PQ – une main tendue en fonction de calculs politiques, certes, mais une main tendue malgré tout -, QS poursuit sa politique de « blanchir plus blanc que blanc », où l’ennemi à abattre n’est pas le parti au pouvoir, mais plutôt n’importe quelle formation de gauche ou de centre-gauche qui pourrait lui faire minimalement ombrage dans la course à la sainteté politique. Après tout, il est plus facile de tenter de prendre des circonscriptions péquistes, où les électeurs sont déjà plus portés à voter au centre, ou à gauche, que d’investir du temps, de l’argent et de l’énergie à vouloir faire vaciller des forteresses libérales, voire des comtés caquistes.

Alors que la gauche est ainsi occupée à s’entre-dévorer, la droite, elle, a le champ libre. Bien entendu, on pourra arguer que la Coalition avenir Québec et le PLQ continueront de se livrer une chaude lutte, mais puisque le gouvernement Couillard ne s’est aucunement gêné pour piller la banque de candidats et le programme de François Legault, autant dire que c’est blanc bonnet, bonnet blanc.

Si QS est embarqué dans une croisade idéologique pour se placer au-dessus des considérations politiciennes, et que les libéraux et caquistes sont bien heureux du statu quo, il reste le cas du PQ. Véronique Hivon avait beau dire que le parti était déçu de la décision des solidaires, et que 87% des membres de ce parti souhaitaient une alliance électorale, son chef a passablement de pain sur la planche pour redorer le blason de sa formation, renforcer les intentions de vote et préparer la stratégie électorale. Après tout, pour clamer être sur le « Chemin des victoires », encore faut-il avoir une victoire à revendiquer.

Le PQ devra donc cesser de simplement contester les actions du gouvernement Couillard; pour intéresser les électeurs, il faut un programme politique concret. Et parler de reporter un éventuel référendum sur la souveraineté à un second mandat péquiste fait bien peu pour titiller qui que ce soit, qu’il s’agisse de souverainistes convaincus ou de péquistes tièdes aux allégeances plus floues.

Non, Jean-François Lisée et ses troupes doivent plutôt passer à l’offensive et proposer un véritable projet de société, une vision du Québec. Se recentrer à droite pour aller grignoter des voix à la CAQ lui fera perdre des appuis à gauche, et le PQ n’a certainement pas besoin de continuer à se faire reprocher d’adopter une position identitaire « nationaliste blanche francophone ». D’autant plus que la Charte des valeurs est encore présente dans l’esprit de bien des gens.

Par ailleurs, une internaute soulignait un point fort intéressant sur Twitter: il est bien plus avantageux d’aller convaincre les Québécois qui restent chez eux le jour du vote que d’espérer faire changer d’avis les solidaires. Le problème du cynisme de la population envers la politique est bien loin d’être réglé, et il faudra plus que des guéguerres sur la pureté idéologique pour en venir à bout.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l’enfance. S’il s’intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n’hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l’économie ou encore les loisirs et le tourisme.
Hugo est également membre de l’équipe éditoriale de Pieuvre.ca.