Contre les fausses nouvelles: l’éducation aux médias

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L’avalanche de fausses nouvelles, de rumeurs, d’informations erronées et d’opinions présentées comme des vérités fait en sorte qu’il est de plus en plus difficile pour le « consommateur d’information » de séparer les faits de la fiction. C’est pourquoi l’éducation aux médias se révèle d’une importance primordiale.

C’est du moins ce qui s’est dégagé de l’atelier sur la désinformation numérique organisé par l’Université d’Indiana et l’International Fact-Checking Network qui s’est tenu lundi dans le cadre de la conférence internationale sur le web et les médias sociaux, à Montréal. Selon les résultats d’un sondage effectué auprès des participants lors de cet atelier, favoriser l’esprit critique arriverait juste devant la mise sur pied des initiatives de vérification des faits et le développement d’outils pour repérer l’origine de l’information.

« Impossible d’éradiquer les fausses nouvelles alors qu’il y a encore des Américains qui croient que la Terre est plate! Mais nous pouvons aider les gens à choisir de l’information fiable plutôt que des faussetés », a lancé en boutade le professeur R. Kelly Garrett de l’École de la communication à l’Université d’État de l’Ohio. Un enseignement d’autant plus important que nous sommes tous susceptibles de tomber dans le panneau des fausses nouvelles, pense le professeur dont les recherches portent sur les nouvelles en ligne et les biais de perception.

Plusieurs autres spécialistes présents à cet atelier abondaient dans le même sens. « Le cerveau a une capacité limitée à traiter de l’information. Or, le volume d’information auquel nous sommes exposés ne cesse d’augmenter. Il adopte donc des stratégies pour être plus efficace », a expliqué Kristina Lerman, de l’Université Southern California. « Des recherches ont démontré que nous empruntons des raccourcis mentaux qui nous aident à prendre des décisions rapides, mais moins précises. Pour aller plus vite, on choisit les informations les plus saillantes », explique-t-elle. Par exemple, en consultant seulement les premiers résultats d’une recherche Google. C’est ce qu’on appelle le biais de position.

Dans une expérience menée en 2015 et 2016 auprès de 7804 jeunes Américains, le rôle que joue ce biais a révélé toute son importance. « La grande majorité des jeunes à qui l’on demandait de valider de l’information s’en tenaient aux trois premiers résultats » a dévoilé Joel Breakstone, de l’Université Stanford. Il souligne que la majorité de ces jeunes ne cherchaient pas à savoir quelle était la source de l’information, ni qui était derrière cette source, ni quelles étaient les preuves apportées pour soutenir l’information donnée. Parfois, seule une image pouvait suffire pour donner une impression de crédibilité à l’information. Enfin, la plupart des participants étaient incapables de départager les vrais tweets des faux, d’identifier des pages Web publicitaires et de reconnaître du contenu parrainé ou biaisé. « Et ce ne sont pas uniquement les jeunes qui sont comme ça, a indiqué M. Breakstone. Des recherches similaires avec des adultes ont obtenu des résultats similaires. » Un constat préoccupant dans la mesure où de plus en plus de personnes ne s’informent que sur internet.

Bien entendu, Google et Facebook ont leur rôle à jouer pour favoriser l’information crédible sur leurs plateformes et discriminer les fausses nouvelles. Mais il semble utopique de penser que cela débarrassera internet des informations fausses ou biaisées. C’est pourquoi l’éducation aux médias serait une arme essentielle, estime M. Breakstone qui a contribué à mettre au point un tel programme et qui a été téléchargé plus de 3,5 millions de fois depuis sa mise en ligne. Par ailleurs, il semble que l’éducation aux médias serait en grande demande dans les écoles, aux États-Unis, où un nombre croissant d’écoles et de bibliothèques enseignent aux étudiants comment identifier de l’information fiable sur internet.

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À propos du journaliste

Agence Science-Presse