Pékin et le nouvel empire de 900 milliards

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Le président chinois Xi Jinping a donné le coup d’envoi à une démonstration, sur deux jours, de ce que certains qualifient de plus ambitieux plan de développement jamais présenté en comparant son pays à un explorateur pacifique qui désire transformer le monde avec des galions remplis d’or et non pas des navires de guerre, des fusils ou des épées.

S’exprimant lors de l’ouverture d’un sommet de haut vol à propos de « l’initiative Belt and Road » de la Chine, M. Xi a salué cette croisade de plusieurs milliards de dollars comme un moyen de bâtir une version moderne de l’ancienne Route de la soie et de lancer un nouvel « âge d’or » de la mondialisation.

« La gloire de l’ancienne Route de la soie démontre que la dispersion géographique n’est pas insurmontable », a-t-il déclaré devant 29 chefs d’État réunis à Pékin pour l’occasion, y compris les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Erdogan.

Toutefois, alors que M. Xi s’exprimait, sa nouvelle politique diplomatique et économique subissait une attaque frontale de la part de l’Inde, qui a vertement fait savoir qu’elle boycotterait les discussions concernant le plan chinois évalué à 900 milliards. Selon le Times of India, dont The Guardian a repris les propos, New Delhi dit croire que l’initiative « n’est rien de plus qu’une entreprise coloniale qui laisserait des communautés endettées et détruites dans son sillage ».

M. Xi a plutôt présenté un autre point de vue, dimanche, parlant plutôt du « projet du siècle » et d’une vision inclusive afin de lancer une nouvelle ère de mondialisation. Lors d’un discours de 45 minutes, le chef du Parti communiste chinois s’est engagé à mettre tout son poids derrière une frénésie de construction s’étendant à travers l’Asie, l’Europe et l’Afrique, voire jusqu’en Amérique.

« L’initiative de la Belt Road s’appuie sur l’ancienne Route de la soie… mais est également ouverte à tous les autres pays », a indiqué le leader chinois, promettant d’engager 125 milliards dans cette initiative.

Pour Tom Miller, l’auteur d’un livre sur ce projet, plusieurs pays ont accueilli très favorablement cette velléité dépensière de la part des Chinois. Ainsi, le premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn a parlé d’un projet « unique, historique, extraordinaire et incroyable ». « Plusieurs d’entre nous dans le monde en développement – particulièrement en Afrique – continuent de voir la Chine comme un modèle économique couronné de succès et un allié fiable dans la lutte contre la pauvreté et dans notre quête de prospérité », a-t-il dit, en décrivant Belt and Road comme la plus importante collaboration économique du 21e siècle.

Dans la foulée de ces commentaires positifs, on trouve également des détracteurs qui suspectent Pékin d’utiliser ce projet « gagnant-gagnant » pour attirer des pays moins puissants dans son orbite économique et renforcer sa force géopolitique. En privé, des diplomates occidentaux disent s’inquiéter des véritables intentions de la Chine et de la marge de manoeuvre dont disposerons les entreprises chinoises dans les projets liés à l’initiative. Seul un leader du G7, le premier ministre italien Paolo Gentiloni, se trouve à Pékin pour assister au sommet.

Dans un communiqué publié samedi, l’Inde, le détracteur le plus actif du plan, a mis la Chine en garde contre la poursuite de projets qui créeraient « des dettes insurmontables pour les communautés », nuiraient à l’environnement ou empiéteraient sur la souveraineté d’autres nations. De telles initiatives « doivent s’appuyer sur des normes universellement reconnues, la bonne gouvernance, l’état de droit, l’ouverture, la transparence et l’égalité », a fait savoir le pays.

La Chine a répliqué à son voisin, son agence de presse officielle attaquant les « négativistes » qui, a-t-elle soutenu, tournaient en rond autour du plan du président Xi comme des vautours. La Belt Road « n’est pas, et ne sera jamais du néocolonialisme dissimulé », a argué l’agence Xinhua dans un éditorial.

Aux yeux de Peter Cai, membre du Lowy Institute en Australie, ce forum de deux jours représente la plus récente tentative du président Xi pour redorer son blason en tant que leader mondial responsable dans une ère post-Trump, post-Brexit. « Les deux champions de la mondialisation, selon moi – les États-Unis et la Grande-Bretagne – battent tous les deux en retraite dans ce domaine… Je vois cette initiative comme étant une opportunité stratégique intéressante pour la Chine, afin que celle-ci se présente comme le nouveau champion de la mondialisation. »

Pour M. Cai, un blitz de construction chinois est une bonne nouvelle pour l’Asie, qui souffre d’un important déficit en termes d’infrastructures, mais le chercheur argue également qu’il est encore trop tôt pour savoir si les rêves ambitieux du président chinois se réaliseront ou non. « Certains projets se déroulent à l’étrange, mais nous parlons de projets d’infrastructures s’étalant sur plusieurs années – certains viennent à peine de commencer », dit-il. « À cette étape-ci, il est trop tôt pour passer un jugement. »

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Pieuvre.ca